CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
du récit qui relate la fuite de David devant la révolte d'Absalon :
II Samuel, XV, 24. Voici aussi Sadoq et [Abyatar^] portant l'arche d'alliance de Dieu. Ils la déposèrent à terre ^ jusqu'à ce que le peuple fût sorti de la ville.
25. Alors le roi dit à Sadoq [et à Abyatar] : « Ramenez ^ Tarche de Dieu dans la ville. Si je trouve grâce aux yeux de Yahvé, il me ramènera et me la fera revoir ainsi que sa demeure.
26. « Que s'il dit : «Je ne veux plus de toi », me voici,qu'il me traite comme il le jugera bon.
27. « Voyez ^, dit le roi à Sadoq [et à Abyatar], les prêtres^, retournez ^ en paix à la ville avec vos deux fils, Ahima'as et Jonathan ''.
28. w Voyez, je m'attarderai dans la traversée du désert jusqu'à ce qu'un message me parvienne de votre part. »
29. Sadoq et Abyatar ramenèrent l'arche de Dieu à Jérusalem et y restèrent.
Ainsi, le récit original prenait soin de maintenir les prêtres Sadoq et Abyatar sur le même pied. On l'a remanié pour donner tout le rôle à Sadoq ; mais la retouche a été si maladroite que la rectification n'offre aucune difficulté et ne laisse place à aucune incertitude. La mention des lévites permet de conjecturer que le remaniement est postexilique et se place entre la rédaction du Code sacerdotal et celle du livre des Chroniques.
Les récits sur l'enfance de Samuel, quelle que soit la part de la légende, attestent l'importance du sanctuaire de Yahvé à Silo et combien la grande figure du prêtre *Eli dominait
1) Le dernier rédacteur a remplacé ce nom par « avec tous les lévites », correction maladroite que contredit le v. 29.
2) BifTer « tandis qu'Abyatar montait ».
3) Le rédacteur ayant supprimé le nom d'Abyatar, a mis ce verbe au singulier; cf. les versets 27 et 29.
4) Même observation.
5) Ce mot est au singulier dans le texte. Nous rectifions d'après le verset 35; cf. II Samuel, XIX, 12; XX, 25.
6) Au singulier dans le texte, ce que contredit le mot iltekem, « avec vous », à la fin du verset 27.
7) Texte : « Et avec vous, ton fils Ahima*as et Jonathan, fils d'Abyatar, vos deux fils. »> Les corrections sont ici très apparentes.
les souvenirs qui s'y attachaient. Si mal intentionné que soit le rédacteur du livre de Samuel i s.u ( -ind. il n. tr nv.à reprocher à 'Éli qu'une certaine faiblesse pour ses fils, Hophni et Pinehas, vers la fin de sa vie. On remarquera que l'organisation du sacerdoce à Silo est du type ancien, c'est' à-dire que le titre de prêtre est plus spécialement affecté à ceux qui pratiquent les sacrifices, en l'espèce les deux fils d'*Eli. Celui-ci occupe une situation éminente. Outre la gestion môme du sanctuaire, il se réservait de consulter la divinité. On peut supposer qu"Eli a installé lui-même le culte de Yahvé à Silo ; on ne nous donne pas le nom de son père et le renseignement du livre des Chroniques qui le rattache à Ithamar, le plus jeune des fils d'Aaron,n'a aucune valeur. On nous dit qu'*Eli jugea, c'est-à-dire gouverna, Israël pendant quarante ans ^ Cette formule consacre le prestige des personnages qui ont joué un rôle important dans l'histoire israélite antérieurement à la royauté. Il se peut qu"Eli ait été un chef vaillant comme Gédéon qui, nous l'avons vu, se consacra au développement d'un sanctuaire à la suite de ses succès guerriers. A l'exemple de Mika, 'Eli s'adjoignit ses fils comme prêtres *, se réservant de porter l'ephod devant Yahvé et d'offrir l'encens ^. Les fidèles adressaient leur prière à la divinité en se tenant devant la porte du sanctuaire, là môme où 'Eli avait coutume de s'asseoir *. Il les réconfortait par une bonne parole : a Va en paix, et que le Dieu d'Israël t'accorde ce que tu lui as demandé •'. »
Nous ignorons jusqu'à quel point sont justifiées les accusations portées contre Hophni et Pinehas. Il n'est pas impossible, étant donné les intentions des auteurs de nos récits.
1) I Samuel, IV, 18.
2) I Sam., I. 3.
3) I Sara., II, 28.
4) I Sam., I, 9. Lire : « Anna se leva après qu'ils eurent mangé dans la chambre {ba-lbhka au lieu de be-shilo, qui n'est pas en situation) et elle se présenta devant ^ tli\ c i va-titya^^eb li-phenè Yahvé, au lieu de ve-akarè shato). »
6) I Sam., I, 17.