CHAPITRE IV. MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
jeune frère d'Aliiyya et d'Ahimelek, installé comme prêtre du sanctuaire royal de Gabaon '.
La fortune d'Abyatar sombra à la mort de David. Quand fut proche la lin du vieux roi, les prétendants à la succession s'agitèrent et n'attendirent pas sa disparition pour s'installer à sa place. Adoniya, le fils aîné de David, prit les devants, mais Salomon l'emporta. Abyatar s'était déclaré pour Adoniya - et Sadoq pour Salomon. Quand celui-ci prit le pouvoir, Abyatar fut déchu de sa fonction et relégué à Anatot: «: Vat'en à Anatot, dans tes terres, car tu es passible de mort. Toutefois, je ne te ferai pas mourir, parce que tu as porté l'arche de YahVé^ devant David, mon père, et parce que tu as partagé toutes ses vicissitudes ^. » Le scribe qui a remanié nos textes a ajouté une phrase dont la tendance est très nette : « Salomon chassa ainsi Abyatar du sacerdoce de Yahvé pour accomplir la parole que Yahvé avait prononcée contre la maison d"Eli à Silo^. »
Ainsi il n'a pas suffi aux Sadoqites de profiter de l'usurpation de Salomon pour s'assurer la prêtrise et évincer la maison rivale, il leur a fallu consacrer cette situation par une intervention divine. L'événement historique qui amena la chute d'Abyatar devint l'accessoire; le principal fut l'accomplissement d'une prophétie.
Dans cet aperçu sur les prêtres du règne de David, nous ne pouvons laisser dans l'ombre une autre catégorie de personnages revêtus de la prêtrise, mais dont on n'est pas
1) Voir l'étude ci-après sur les Gabaonites.
2) I Rois, I.
3) D'après les LXX et le syriaque. On a proposé aussi de lire « l'éphod •» au lieu de l'arche.
4) I Rois, II, 26.
5) I Rois, II, 27. Le verset 35 dit que Sadoq prit la place d'Abyatar, d'où Buhl, dans Realency cl., de Hauck, VIII, p. 254, conclut qu'Abyatar occupait une place plus importante que Sadoq.
^84 LES oaiGLNES CANANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
encore parvenu à déterminer les fonctions. Dans une liste officielle des grands fonctionnaires, on lit : « Et les fils de David étaient prêtres ^ » Dans une liste postérieure : « Et aussi 'Ira, le Yaïrite, était prêtre de David^ y)^kohenle-David. Il ne peut plus être question ici d'un simple titre honorificjue. Cette foriinil<\ comparée à celle de kohanlm le-Yahvé'^ employée également dans le livre de Samuel, marque nettement une fonction religieuse ayant pour objet le roi David. Cependant, aucun document ne nous permet de supposer qu'à l'imitation du roi d'Egypte, David ait eu des prétentions à la divinité; mais il peut être question d'un culte rendu à sa «e/j/^e^A. L'Assyrie nous fournit une analogie. Les palais des rois d'Assour sont ornés de nombreuses sculptures entièrement consacrées à exalter le monarque. Comme on l'a remarqué ^, aucun des grands dieux n'y apparaît, mais de nombreux génies propitiateurs, armés d'eau lustrale, purifient inlassablement au moyen de la pomme de cèdre l'objet qu'on appelle généralement l'arbre de vie et qui, selon nous, n'est qu'une stèle plus ou moins enguirlandée incorporant l'âme ou nephesh du roi. Cette hypothèse s'appuie sur la découverte des stèles royales dans un réduit du palais d'Assour. On conçoit, dans ces conditions, qu'un prêtre ait été choisi pour les soins à donner à la nephesh du roi. Cette fonction aurait été dévolue d'abord aux fils du roi ^, mais après la mort d'Amnon et celle d'Absalon, l'emploi échut à *Ira,le Yaïrite.
1) II Samuel, VIII, 18. Le rédacteur de I C/tron., XVIII, 17, ne sachant déjà plus de quoi il s'agissait, interprète : « et les lils de David étaient les premiers auprès du roi », le-yad ha-melek.
2) II Sam., XX, 26. Peut-être le même personnage figure dans XXIII, 38 sous la forme 'Ira, le Yitrite. Dans ce cas, c'est ce dernier ethnique qu'il faudrait corriger, car il est à présumer qu'il a subi rinflinMice de l'ethnique qui le suit immédiatement ; Gareb, le Yitrite.
3) I Sam., I, 3.
4) L. Heuzey, dans Edmond Pottier, Les Ànliquitis assyriennes do musée du Louvre, p. 49-61.
5) En s'appuyant sur II Sam., XX, 26 et aussi sur I - \\ 111. i:. on doit peut-être lire dans II Sam., VIII, 18: « et les fils de David étaient kohanim [la-melek] ». Si le texte des Chroniques n'était pas si sujet à cauUon on pourrait conserver : le-yad ha-melek en comprenant yad dans le sens de «<?" phesh. Comparer \c yad d'Absalon de II Samuel, XVUI, 18.