‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 146 sur 173 · CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES

quaient bien avant l'installation des Israélites dans la région, reçoit, par ce récit, une explication qui calme les scrupules des piétistes.

Dès avant l'arrivée des Israélites, Gabaon était ville royale * et elle le resta longtemps. Son sanctuaire était réputé et, dans la région de Jérusalem, son haut-lieu tint le premier rang - jusqu'à la construction du temple de Salomon. Ce dernier venait y sacrifier. Une nuit — passée probablement dans le sanctuaire, — Yahvé lui apparut en songe et lui promit, avec la 'sagesse, la richesse et la gloire ^. Le livre des Chroniques, qui n'est pas suspect d'exalter les vieux lieux de culte, confirme Timportance du haut-lieu de Gabaon à l'époque de David et assure que l'on y pratiquait les sacrifices royaux '*. Cela va nous aider à comprendre comment s'est réellement effectuée, sous le règne de David, la mise à mort des sept fils de Saùl à Gabaon, « devant Yahvé ».

Depuis trois ans une sécheresse désolait le pays. Pour parer à cette détresse, le sacrifice humain était la ressource ultime. David prit sept fils de Saûl et les sacrifia sur le haut-lieu de Gabaon. Le dernier rédacteur a modifié le récit en faisant intervenir, fort mal à propos, les Gabaonites. Puisque le sacrifice était pratiqué dans leur ville, il a supposé que c'était l'œuvre de la population du lieu, oubliant ainsi que Gabaon était sanctuaire royal ayant à sa tête les prêtres investis par le roi, Sadoq ^, et probablement aussi à cette époque, Abyatar. Il a attribué l'intervention des Gabaonites au ressentiment qu'ils vouaient à Saùl et il a transformé ce sacrifice humain en une application de la loi du

chronisme —aux Gabaonites fendeurs de bois et porteurs d'eau, dans Deu.

1er., XXIX, 10.

1) Josué, X, 2.

2) I Rois, III, 4.

3) I Rois, III, Ô-15 ; cf. IX, 2 ; II Chron., I, 3 ; 13.

4) I Chron., XVI, 39 ; XXI, 29.

5) 1 Chron., XXI, 29.

sang. Son récit est donc à modifier en supprimant Tintervention des Gabaonites qui n'ont rien à voir dans cette affaire. Voici comment se restitue l'épisode.

Il y eut sous le règne de David une famine qui dura trois années consécutives. David consulta Yahvé qui répondit : « C'est à cause du sang répandu par Saiil et sa maison ^ » Le roi demanda à Yahvé - : « Que dois-je faire à leur sujet et comment pratiquerai-je l'expiation sur eux -^ ? » Yahvé répondit : « Que Ton me livre sept des fils de Saùl et qu'on les pende à Gabaon sur la montagne ^. « Le roi répondit : « Je les livrerai. »

Le récit offre une grande incertitude touchant le mode de sacrifice, parcequel'on ignore à quel'supplice correspond le verbe yaqa , La tradition suppose qu'il s'agit de pendaison ; mais Robertson Smith a suggéré qu'il s'agissait plutôt de précipitation du haut d'un rocher', et cela s'appliquerait bien à notre cas puisqu'il est dit que les sept (corps) tombèrent en môme temps ^. Un sacrifice semblable est rapporté par le livre des Nombres, mais également avec une transposition, car il est probable que le sacrifice fut offert à Ba'al- Peor lui-même, le texte assurant que les Israélites s'adonnaient à ce culte ''.

Pour en finir avec le sacrifice pratiqué par Davi<l a ( iabaon, relevons encore un trait intéressant : Des fils de San! « furent

1) Le rédacteur a ajouté de sa main à II Samuel, \XI, 1 : • qui a fait périr les Gabaonites » et il a développé dans une incidente, peu en situation, ce qu'il fallait entendre par lA. L'incidente est si maladroite que nos versions la mettent souvent entre parenthèses. De plus, au verset 1, il faut lire: *al« Shaoul ve-*al heyto damim, comme on l'a proposé depuis longtemps.

2) Le texte dit : • aux Gabaonites ».

3) Il faut lire dans II Sam., XXI, 3 : ou-ba-ma akapper ['alehem]. Le mol akapper est inexplicable autrement. La traduction « et comment expierai-je » ou « quelle expiation vous offrir » n'est pas admissible. Le verbe akapper « je pratiquerai l'expiation ». «je ferai expier » est un des résidus les plus typiques de l'ancien récit ; il suffirait à lui seul à nous révéler l'arrangement auquel on a procédé.

4) D'après la leçon des LXX au verset 6. r>) R. Smith, ndig. ofthe Sémites, p. 398.

6) II Sam., XXI, 9; cf. II Chron., XXV, 12.

7) ^'ombres, K\\\ 1-4.

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