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Les crimes d^Athalie

Au début de ce chapitre nous avons vu l'importance que la doctrine Israélite attachait à l'alliance avec Yahvé, alliance par le sang que 'renouvelaient et renforçaient les sacrifices solennels. On voulait que cette alliance ait été pratiquée à nouveau dans diverses circonstances et l'on n'a pas craint, à cet effet, de dénaturer les événements historiques. L'exemple le plus remarquable, peut-être, nous est fourni par le récit -des crimes d'Athalie. Nous possédons plusieurs descriptions des méfaits attribués à la fille de Jézabel. A mesure que les documents sont plus récents, l'accusation devient plus précise et l'idée se développe que l'avènement de Joas consacre une alliance nouvelle de Yahvé avec le peuple de Juda.

Au regard du cycle d'Élie, qui s'efforce de représenter' l'usurpateur Jéhu comme un instrument de Dieu et qui <:harge de crimes Athalie et la famille d'Achab 3, on peut

1) II Sam., XXI, 9, où il faut lire ha-rishonim ei bi-tehillat.

2) Nous avons publié l'essentiel de cette étude dans la Bibliothèque de vuU garisation du musée Guimet, t. XXXIX.

3) Rappelons la suite des rois contemporains d'Israël et de Juda au temps de la dynastie d'Omri :

Israël Juda

Omri (887-876) ; Josaphat (873-849) ;

Achab. fils d'Omri (876-854) ; Joram, fils de Josaphat (849-842),

Ochozias, fils d'Achab (854-853) ; épouse Athalie, fille d'Achab ;

Joram, fils d'Achab (853-842) ; Ochozias, fils de Joram et d'Athalie

Jéhu, usurpateur (842-815) ; (842).

Athalie (842-837) ;

Joas, fils dOchozias (837-798).

invoquer les témoignages concordants de la stèle de Mésa et de I Rois, XXII. A la bienveillance dont 1< cycle d'Élie couvre l'usurpateur et meurtrier Jéhu, s'oppose la rude apostrophe du prophète Osée : «... Dans peu de temps, dit Yahvé, je vengerai sur la maison de Jéhu le sang de Yezréel et je ferai cesser le règne de la maison d'Israél ^. » Le sang de Yezréel ! C'est le meurtre de Je/ il» l par Jéhu. Les auteurs du cycle d'Elie essaieront, plus tard, de justifier les crimes de Jéhu par des prophéties et parles calomnies dont ils chargeront la mémoire de la dynastie d'Achab. Il nous faut reprendre tous ces points.

Mésa, roi de Moab, est le contemporain d'Athalie. Sur sa stèle, il mentionne Omri, roi d'Israël et grand-père d'Athalie; il parle également du fils d'Omri, mais sans donner son nom. Nous savons par la Bible et par les inscriptions assyriennes que ce fils est Achab. Quand Mésa dit qu'il s'est réjoui contre la maison d'Achab et qu'Israël est ruiné à jamais, il est à présumer qu'il vise ainsi la chute de la dynastie d'Omri et le massacre de toute cette famille royale par l'usurpateur Jéhu. Cet événement s'est accompli en 842 avant notre ère, donc la stèle de Mésa a été érigée très peu après.

Cette stèle n'est pas seulement importante par les renseignements historiques qui viennent contrôler et compléter les sources bibliques ; elle est d'un intérêt hors de pair par les données qu'elle fournit sur les croyances comparées de Moab et d'Israël '^. Mésa parle de Kamosh, le dieu de Moab, dans les termes mômes qu'emploie i ail un roi d'Israël ou de Juda en parlant de Yahvé. C'est la même conception que le malheur qui s'abat sur le pays est dû à la colère divine. Si Israël a opprimé Moab pendant quarante ans, c'est que Kamosh était irrité contre Moab. Quand, au contraire, Mésa s'empare d'une ville sur les Israélites, c'est à Kamosh que

1) Osée, I, 4.

2) Pour toutes ces questions nous renvoyons à nos Monuments palestiniens et judaïques {Musée du Louvre), 1912, p. 4-21.

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