CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES
lapsus. « Ensuite aussi, ajoute-t-il, par des motifs religieux, «n ce qu'elle faisait ainsi expier à une famille jéhoviste la ruine de sa propre famille égorgée au nom du môme parti. » 'C'est prêter à tous les acteurs de ces drames une subtilité théologique excessive ; mais c'est aussi s'appuyer sur une -double erreur. Reuss a voulu dire qu'en voyant disparaître la dynastie d'Achab, Athalie conçut le projet d'anéantir dans ses petits-enfants, la race de David. C'est là une conception dramatique qui oublie la fusion qui s'était opérée entre les deux dynasties, au point que leurs princes, comme nous l'avons vu, portaient les mêmes noms. Quant au motif religieux, on ne voit pas, — nous avons longuement insisté sur ce point, — que l'une ou Tautre dynastie ait été moins -attachée au culte de Yahvé. D'ailleurs, Athalie n'eut pas l'intention de mettre Joas à mort, car il est bien invraisemblable que cet enfant royal ait pu rester dans le temple les six ans de règne de la reine sans qu'elle Tapprît.
Renan abien vu l'impossibilité dans laquelle nous sommes d'admettre le récit des crimes d'Athalie tel que nous l'offre le chapitre XI. Et sans s'en expliquer dans le détail, il suppose qu'Athalie faisait successivement disparaître ceux des jeunes princes, ses petits-fils, qui approchaient de leur majorité et ne pouvaient manquer de déposséder la reine-mère. Si cette explication était la bonne, le rédacteur n'eût eu aucun motif delà modifier et il nous l'aurait certainement conservée ; elle se heurte d'ailleurs aux mômes difficultés. Athalie n'ayant régné que six ans, les enfants qui étaient en bas âge à son avènement ne pouvaient pas encore, à sa mort, faire figure de prétendants. Il restait encore quelques années à l'activité de la reine-mère avant de recourir au crime.
En présence de l'impossibilité où nous sommes d'expliquer le mobile de ce massacre des innocents imputé à Athalie et, d'autre part, étant donné le peu de valeur historique de ce chapitre XI qui seul en fait mention, le doute n'est-il pas permis sur la réalité de l'acte lui-même ? Ne serait-ce pas une invention tardive, comme tant d'autres que
nous avons relevées, et destinée à légitimer, à glorifier cette révolte militaire que Ton avait fini par placer sous l'égide du grand-prêtre et sous l'autorité des prophètes ?
Athalie fut victime d'une conspiration militaire, comme Font été tant de rois d'Israël ou de Damas, comme le seront Joas lui-môme et son fils Amasias. La mention historique de ces révoltes sanglantes est toujours brève : « Ses officiers se soulevèrent contre lui, formèrent un complot et le tuèrent '... » La môme aventure survint à Athalie ; mais le rédacteur y ajoute des développements suspects parce que le cycle des récits concernant la famille d'Achab ne pouvait se fermer sur une mention aussi banale. On a travesti les événements et leur cause ; on a glorifié le grand-prêtre qui n'avait pas pris part à l'action, légitimé les forfaits de Jéhu et on a achevé d'écraser la famille d'Achab sous le poids du crime le plus atroce : Athalie faisant égorger ses petits-fils.
Ainsi, les partisans du sanctuaire unique et delà centralisation du culte à Jérusalem discréditaient définitivement cette famille puissante qui leur portait ombrage et qui, par l'éclat de ses règnes, constituait l'argument le plus fort contre leurs prétentions.
En inventant le massacre des petits-fils d'Athalie par la reine-mère, ils rompaient moralement le lien qui rattachait la race de David à celle d'Achab et le culte de Yahvé au sanctuaire de Samarie. Dans ce sacrifice sanglant la dynastie de Juda reprenait une pureté nouvelle.
La preuve que c'est bien ainsi qu'il faut interpréter ce chapitre, nous est fournie par le texte môme lorsque l'auteur tirant la morale de Tavcnture, conclut à une nouvelle alliance : « Et Joad fit lo pacte entre Yahvé, le roi et le peuple, pour qu'il devînt le peuple de Yahvé '^. »
1) II Rois, Xn, 21.
2) II Bois, XI, 17 en supprimant la fln du rerset : « ...et entre le roi et le peuple » qui manque aux Chroniques et à certains mss. des LXX.
APPENDICE I Sacrifices israélites.