‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 152 sur 173 · CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — MYTHES SACRIFICIELS ISRAELITES Î

du temple de Yahvé et du palais royal, pour l'envoyer à Hazaël, roi d'Arain, et celui-ci se retira de Jérusalem. » Ce texte est décisif et nous convainc encore que l'histoire de ce temps, telle que nous la présente le livre des Chroniques, est de tout point contraire à la réalité.

Mais le travail de déformation tendancieuse avait été commencé par le rédacteur du livre des Rois. Nous avons vu déjà que tout ce qui concernait Élie et Elisée était purement légendaire. Le chapitre Xï du second livre des Rois va nous placer en plein mythe sacrificiel.

Il est remarquable qu'on ne nous ait conservé aucun renseignement sur, l'activité d'Athalie pendant son règne. Par contre, nous possédons un long récit de sa mort et de l'avènement de Joas, qui forme à lui seul le chapitre XI du second livre des Rois. La critique moderne estime que ce chapitre est constitué par la fusion de deux récits provenant de deux sources différentes, et Stade, qui a développé cette idée, se fonde sur ce que la mort d'Athalie y est relatée deux fois. Dans l'une des versions primitives, le jeune Joas, après avoir été sacré dans le temple, est entraîné au palais et placé sur le trône tandis qu'on tue Athalie par Fépée. Dans l'autre version, Athalie, entendant le bruit de l'émeute, pénètre dans le temple ; mais les soldats la saisissent, l'entraînent et la mettent à mort devant une porte du palais *.

A vrai dire, cette reconstitution des deux sources est plus que douteuse, car il n'y a nullement deux récits de la mort d'Athalie. La seconde mention est un rappel incident pour constater que « la ville resta tranquille quand on fit mourir Athalie par Tépée au palais ». L'ensemble, au contraire, nous paraît un récit fort habile, très cohérent, dont l'inten-

1) Le texte II Rois, XI, 16 esta traduire: « elle pénétra dans le palais royal par le chemin de l'entrée des chevaux ; et elle mourut là ». C'est-àdire dans le palais et non devant la porte comme suppose Stade pour mieux opposer les deux versions. On trouve confirmation du texte dans II Chron.i XXIII, 15. Josèphe, Antiq., IX, 7, 3, imagine qu'Athalie fut tuée dans la vallée du Cédron.

tion est de donner le premier rôle, dans la conspiration sanglante, au prêtre du temple de Jérusalem. Et dans ci il* direction, il est très vraisemblable, comme on l'adiiK d'ailleurs généralement, que le chef du soulèvement Yeho yada ou Joad, n*était pas prêtre, mais commandant de h garde. Le changement de ce militaire en prêtre a entraîné dans le livre des Chroniques une modification plus profonde aux soldats sont substitués les lévites et les prêtres K La rectification est logique puisque le grand-prêtre ne commandait pas aux soldats.

Ce chapitre XI, si suspect dans ses développements tendancieux, est le seul qui mentionne les crimes d'Athalie : « Cependant Athalie, la mère d'Ochozias, lorsqu'elle apprit que son fils était mort, fit périr toute la race royale. » L'expression est d'une étrange imprécision. N'était le long récit qui suit, on ignorerait qu'il s'agit des petits-fils de la reine. Or, Ochozias étant mort âgé de 23 ans, ses fils étaient tous en bas âge. Comment Athalie les aurait-elle fait mettre à mort, puisqu'elle n.e pouvait tenir le pouvoir que de leur existence même ? Vivants, une longue régence lui était normalement assurée ; disparus, elle perdait légalement toute autorité. Puisqu'on se plaît à supposer à la reine-mère de l'ambition et du caractère, comment aurait-elle commis un acte aussi contraire à ses intérêts ?

La difficulté est réelle et l'on s'en aperçoit à l'embarras des commentateurs. Edouard Reuss avance deux raisons peu convaincantes : « Cet acte de cruauté s'explique, dit-il, d'abord par le désir qu'elle avait d'écarter tous les prétendants pour s'emparer du pouvoir. » Je crains de ne pas saisir la pensée du savant exégète, mais ce titre de prétendants appliqué à des enfants en bas âge donne l'impression d'un

1) Il est à présumer que la qualité de prêtre donnée à Joad n'est pas antérieure à la rédaction du livre des Chroniques, qui, d'ailleurs, dans sa liste de I C/iron., V, ne compte pas Joad parmi les grands prêtres de Jérusalem, et que le chapitre XI du second livre des Bois a été corrigé d'aprè» les Chroniques. Notamment II Rois, XI, 10 est une addition au livre des Bois faite d'après le livre des Chroniques.

Page 1