CHAPITRE I. — LES SACRIFICES ISRAELITES i
plus, des gâteaux sans levain pétris dans l'huile, des galettes sans levain enduites d'huile et de la farine échaudée dans l'huile. Une pièce de chaque espèce de ces gâteaux sans levain sera donnée au prêtre qui aura aspergé l'autel avec le sang de la victime.
Le vocable todali désigne spécialement un rite oral consistant ca actions de grâces rythmées ou chantées. Il désigne par extension le sacrifice de communion auquel ce rite oral est annexé. Le Lévitique fixe la composition des offrandes ; quant à la cérémonie, on n'a sur elle que des allusions éparses. Voici quelques indications. On se préparait dès la veille au soir et l'on se mettait en état de pureté*. Le matin, on se rendait au temple, en cortège, au son des cantiques et des actions de grâces 2. Là, après s'être prosterné ^ et avoir présenté les offrandes, après s'être livré à des ablutions ^, on procédait au sacrifice tandis que l'assemblée tournait autour de l'autel ^ et psalmodiait les louanges sacrées^. Le Psalmiste s'émerveille à ce spectacle :
Ps., LXVIII, 25. Voyez le cortège de [Yahvé]
le cortège de mon Dieu, de mon Roi, dans le sanctuaire !
26. Les chanteurs marchent en tête, puis les musiciens entourés de jeunes filles jouant du tambourin.
On proclamait : « Bénissez Yahvé "^î » et on ajoutait la formule liturgique : « Car II est bon et sa grâce est éternelle^. « C'est la formule-type par laquelle débutent plusieurs psaumes qui ne font que la développer^. Ces psaumes et nombre d'autres ont dû être composés
1) Psaumes, XV et XVIII, 3-6.
2) Ps., XLII, 5, où il faut lire be-sod et probablement adiVim; cf. Ps., G, 4.
3) Ps., V, 8; XCV, (>, où trois postures sont mentionnées : se prosterner, se courber, se mettre à genoux.
4) Ps., XXVI, 6.
ô) Ps., XXVI, 6. On se rendra compte de l'importance de ce rite, très développé chez tous les sémites, en lui comparant le tawâf arabe.
6) Ps., XXVI, 7.
7) Ps., LXVIII, 27.
8) Jérémie, X.XXIII, 11, nous dit qu'on prononçait cette formule en apportant un todafi. Très net aussi dans Esdras, III, IL Dans Néhémie, XII, 27, la cérémonie consiste essentiellement en une récitation de louanges et de cantiques qu'accompagne un sacrifice de communion (c*". Néhémie, XII, 43). Voir Psaumes, C, 4-5; CVII, 92.
9) Psaumes, CVI, 1; CVII, 1; CXVIII, 1 ; CXXXVI, 1.
\0e LES ORIGINES CANANÉENNES DU SACRIFICE ISRAELITE
pour être récités dans celte cérémonie bien qu'un seul porte la suscription : « Psaume pour (sacrifice) todah^. »
L'adjonction d'un rite oral particulier et d'une procession donnait h ce sacrifice de communion une valeur plus haute que souligne la prescription, notée dans le paragraphe suivant, de le consommer le jour même. Aussi, le Lévitique en fait-il un sacrifice distinct; mais là encore il enregistre simplement une coutume antérieure à l'exil. Déjà Jérémie cite le todah à côté de l'holocauste, du sacrifice de communion, de la minha et du sacrifice d'encens*.
Ceux qui accordaient aux rites oraux une valeur supérieure, étaient portés à mettre le todah au-dessus de l'holocauste et c'est l'argument que développe le psaume L. Pour son auteur, Dieu n'a pas besoin qu'on lui offre des taureaux ni des béliers en holocauste, mais il se réjouit que des fidèles cimentent son alliance par le sacrifice de communion 3 et spécialement par le todah : a Sacrifie à Dieu des todah >», recommande-t-il *. « Avec de tels sacrifices, insiste Yahvé, tu pourras m'appeler au jour de détresse, je te tirerai du danger^. » Précisément, c'est ce que fait Jonas :
Quant à moi, en faisant entendre des louanges,
je te sacrifierai.
Ce que j'ai voué, je l'acquitterai :
le salut vient de Yahvé ^.
Le rite oral tend à devenir indépendant du rite manuel cl i ^^ suffire à lui-môme, notamment lorsque Jérusalem est en ruine. Cette idée s'exprime dans ce passage du Paalmiste :
Je veux célébrer le nom de Dieu par des cantiques
et l'exalter par des actions de grâces. Car elles sont plus agréables à Yahvé qu'un taureau,
un jeune taureau aux (belles; cornes et aux sabots f puissants)".
1) Psaumes, C, 1.
2) Jérémie, XVII, 2<î; cf. XXXIII, 11. Le dUtinguo que propose Eerdmans, Das Uuch Lcviticus, p. 21-22, pour la mention du lodali dans Jérémie, XV'II, 26, ne nous parait pas admissible. Voir aussi H Chron., XXIX, 31; XXXIII. 16. L'expression complète est zebah todah ou zebaJt lia-todah {Lévit, \ll, 12; XXII, 29; Psaumes, LVI, 13; CVII, 22; CXVI, 17) ou zebati todat shelamim {UvU., VII, 13; 15).
3) Psaumes, L. 16.
4) Psaumes, L. 14 et 23. On traduit souvent à lorl : «• Vu çruise de sacrifice, offre à Dieu des actions de grâces », en comprenant de simples louanges.
5) Psaumes, L. 15.
6) Jonas, II, 10. Ce verset s'oppose au précédent qui raille ceux qui se confient aux idoles et font ainsi bon marché de leur salut.
7) Psaumes, LXIX, 31-32. Comme nous l'avons dit plus haut, p. 22, note 2,