‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 76 sur 173 · Consécration de V autel · texte numérisé non relu

Consécration de V autel

La cérémonie de consécration d'un autel n'est décrite par le Lévitique et l'Exode que pour l'origine, mais Ezéchiel a envisagé l'hypothèse d'une réinstallation et voici les prescriptions qu'il fixe. Le premier jour, les prêtres offriront un jeune taureau comme sacrifice expiatoire. On mettra de son sang aux quatre cornes de l'autel ^ sur les quatre faces de la moulure et tout autour du rebord, afin de le purifier et de faire l'expiation à son sujet. Ce taureau sera brûlé hors du sanctuaire^.

Cette opération correspond au hattat du prêtre-oint, tel qu'il est rapporté par le Lévitique^, en ce que le sacrifice d'expiation du grand-prêtre ou prêtre-oint comporte une nouvelle consécration de l'autel, comme nous l'avons observé plus haut. Suivant la manière qui caractérise ses prophéties, Ezéchiel n'a pas cru devoir entrer ici dans tous les détails de la cérémonie.

Le second jour et pendant septjours de suite, on sacrifiera comme expiatoire un bouc sans défaut ; puis, comme holocauste, un jeune taureau sans défaut et un bélier sans défaut sur lesquels les prêtres répandront du sel. Au bout de ces sept jours, l'autel pourra entrer en service^. Il est aisé de reconnaître que l'expiatoire du bouc représente le hattat

1) C'est-à-dire aux quatre angles; cf. l'image qu'en tire Zacharie, IX, 15, où il faut lire Din au lieu de lan ou encore DDl « leur sang » (LXX : to atax aÙTtov). Certains copistes, choqués par cette image violente, auront altéré le texte.

2) Ezéchiel, XLIII, 18-21.

3) Lévit., IV; voir ci-dessus, chap. I, iv, 1.

4) Ezéchiel, XLIII, 22-27.

de la communauté, comme cela a été constaté plus haut à propos de Lévit., IX, 3 ei Nombres, XV, 24 '.

En somme, l'autel, du fait qu'il a été construit par les prêtres et la communauté, est considéré comme imprégné de leur principe de vie, notamment de leurs tares et de leurs péchés- : on l'en dépouille par les expiatoires correspondants. La consécration proprement dite est obtenue par un holocauste où l'on sacrifie un taureau et un bélier.

Il est surprenant, tant la chose est évidente, que les commentateurs n'aient pas vu le lien 3, on peut dire l'identité, des prescriptions formulées par Ezéchiel avec le hatUit du prêtre et celui de la communauté tels que le Lévitique les décrit. Si Ezéchiel rejoint la théorie sacerdotal du hattat et applique les prescriptions du Lévitique, nest-ce pas la preuve que celles-ci ne sont pas d'invention postexilique ?

Dans le Gode sacerdotal, la consécration de l'autel va de pair avec celle du prêtre-oint; elle comporte une double opération : purification par le sang des victimes et consécration par onction d'huile. La valeur respective des deux rites est nettement marquée dans l'Exode : « Tu purifieras l'autel par ton expiation sur lui et tu l'oindras pour le sanctifier ; » et encore : « Sept jours durant tu feras l'expiation sur l'autel et tu le sanctifieras'*. » L'autel est alors sacrosaint {qodesh qodashim), c'est-à-dire qu'il aura le pouvoir de sanctifier tout ce qui le touchera '\ Il est seulement question d'onction d'huile lorsque les textes ne visent que la consécration proprement dite*^.

1) Ci-dessus, chap. I, iv, 2.

2) Cela est dit dans Exode, XXIX, 36, pour l'autel et dans Umt., XVI, 16, pour le sanctuaire. La même crainte de limprégner d'une force ou d'un esprit dangereux explique la prescription de ne pas employer le fer pour construire l'autel [Exode, XX, 22). D'après Mishna, Middot, III, 4, il était prescrit d'extraire d'un « sol vierge », sis h Bcth-Kéréni en Juda, la pierre à bâtir de l'autel et de la rampe qui y accédait.

3) Bertholct, Hesekiel.(Hand'Commentar de Marti), p. 22i, à la suite de Steynis, fait simplement le rapprochement avec la consécration du grand-prétre .

4) Exode, XXIX, 36-37.

5} Voir ci-dessus, p. 41.

6) Nombres, Vil, 1; cf. Exode, XL, 10: Uvil., VIII. Il : l...

Page 1