‹ Les origines cananéennes du sacrifice IsraéliteChapitre 93 sur 173 · CHAPITRE m. — MITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

CHAPITRE m. — MITES ISRAELITES MUS PAR LE SACRIFICE

donne sa chevelure en sacrifice à la place de soi-même^, car l'intention est ici bien différente'^. Il s'agit de sortir de l'état de sainteté dans lequel le nazir s'est placé : cette sainteté a son siège particulier dans la chevelure et pour s'en dégager, pour l'éliminer, il n'a d'autre ressource que de consumer sa chevelure dans le feu du sacrifice. C'est bien un esprit de vie qu'il abandonne ainsi, mais un esprit dévie spécial de sainteté qui se superposait au sien propre. Du sacrifice de communion offert par le nazir, outre la poitrine et la cuisse droite, le prêtre reçoit l'épaule du bélier ainsi qu'un gâteau et une galette azymes. Dès lors le vœu est levé et le nazir, libéré des prescriptions imposées, peut notamment boire du vin. On notera qu'ici le sacrifice de communion est nettement un rite de sortie de la consécration-^.

• 10. — Sacrifice pour amener la pluie.

Les anciennes populations de l'intérieur de la Syrie étant surtout agricoles, leur existetice dépendait de la quantité d'eau qui tombait et assurait la réussite de la récolte. La sécheresse amenait la plus cruelle misère. Le premier des biens que Yahvé promet aux Israélites, s'ils gardent ses lois, ce sont les pluies nécessaires en leur temps ^. Le Deutéronome explique qu'à l'inverse de l'Egypte, où il suffit de jeter la semence sur la terre qui s'irrigue comme un jardin ^\

1) Stade, Bihl. Théologie des Allen Testament, I, p. 132 et suiv,

2) Pour bien saisir le rite on peut en rapproclier les prescriptions de Deutér., XXI, 10-14, visant la captive faite à la guerre et qu'un Israélite veut épouser. Elle devra quitter la robe avec laquelle elle a été prise, se couper la chevelure et les ongles, et rester en interdit un mois durant. Elle se dépouillait ainsi de sa personnalité, de son âme. Le mariage l'intégrait dans la communauté.

3) C'est ce qu'ont déjà constaté MM. Hubert et Mauss, Mélanges (VUistoirc des Religions, p. 79, quand ils disent: on pourrait l'appeler sacrifice de désacralisation.

4) Lévit., XXVI, .S-4 ; Dealer., XXVIII, 12; cf. I /?oi>, VIII, .35-36; Jérémic,V, 24 ; Ezéchiel, XXXIV, 26. Voir encore, chap. IV, | 11.

5) Le texte Dealer., XI, 10 dit : « Arroser avec ton pied ». Il s'agit d'un

'iOA LES OlUdlNES CANANKI-NNES IH SA( HIIKi: ISRAKIJTi:

Gaiiaaii e.^1 un pa^b clc jin)iil.i-in :^ « l li.- |nc»iiico »^iii altend tout de la pluie du ciel'. Le rite le plus usuel pour [)allier le manque d'eau et auieii< r i.i iihiic, ((msi-tjni .1 r<jKin<lre rituellement de l'eau. « Verse de l'eau, disait Habiji 'A(jiba, à la fôte des tabernacles, car c'est la fùte de la pluie, afin que la pluie soit bénie |)oui- loi-. » Nous allons expliquer un des -r;iii(ls ac'lcs alh-ihiu's au j)r<)j)L('ie Élie en nous fondant sur cette coutume^.

Depuis trois ans, sous x\cliab, la sécheresse régnait et « la famine était grande à Samarie » quand, pour sortir dr cotte affliction, Elie fut mis en concurrence avec les prupli l» de Ba'al sur le GarmeH. Ceux-ci immolent un taureau, le dépècent et disposent les quartiers sur un autel. La condition fixée est de n'y pas mettre le feu; c'est le Dieu lui-même qui doit se manifester en consumant les chairs \ Depuis le matin jusqu'à midi, les prophètes de lîa'al uiuitiplient les invocations : « () Ha'al, exauce-nous! « lis poussent de grands cris^, se tailladent le corps à coups d'épée et de

système éléval<Mr<>, probablement le shndouf qu'on trouve rej)ré>.'i .n

ancien vase syrien du Louvre.

1) Dealer., XI, lô-ll ; cf. 17: Si Dieu est eu colère, il ferme le ciel, les pluies ne tombent plus, la terre ne produit plus son fruit et en peu de toiu|-- les habitants sont exterminés.

2) Passage de la Tosephta cité par P. Fielni: diiis son édition du traité d« la Mishna, liosch ha-sckana, p. 41. Sur ce rite du <« versement » qu'on accomplissait à la fête des tabernacles, cf. H. Hubert, Revue des Études >uji?«s XXXVI, p. 317 ; Isidore Lévy, ibid., XLIil, p. 195; Laçrange, Études sur hs religions sémitiques, 2* édil., p. 167. Le passage caractéristique est Zacharie, XIV, 16-19.

.3) Pour ceu.x qui désireraient étendre les comparaisons, signalons : Bel, Quelques rites pour obtenir la pluie en temps dr sécheresse ; Goldzlher, dans Pevue de Vllist. des ftelig., 1905, II, p. 226 et suiv.; Jaussen, Oumm el-Gheilh, dans Ifevue biblique, liK)6, p. 674-r>K2, à compléter par C.lermont-Ganneau, Becueil d'Arch. or., VIII, p. 28. et suiv. ; Brockelmann, Fin syriscUer Begenzauber, dans Arehiv fur /ieligionswissenschaft, 1906, p. 518-620; Goidziher, Oriental. Studien, dédiées à Noeldeke, I, p. 308 et suiv. ; Doutté, Merrâkech, p. 382 et suiv.

4) I /îoij, XVIII.

5) Même thème de folklore, feu divin consumant le sacrifice: Juges, VI, 19-21 (Gédéon) et XIII, 15-23 (Manoé); Uvit., IX, 24 ; cf. Gen., XV, 19 et suiv. ; Uvit., X. 2 ; IS'ombres, XI, 1-3; XVI, 35; Il Rois, I, 10. Ce feu dévorant, c'est Dieu lui-même, Peut., IV, 24.

6) Ces cris, suggérés probablement A l'auteur du n-i it par ceux qu'on

CII.VPITRH III. — • RITES. ISRAKLITES MUS l'Ait ii: -ACKIMGE 205

lance, au point que le sang ruisselle sur eux. Gela dure sans résultat jusqu'à l'heure de Ja minha, c'est-à-dire jusque vers 3 heures de l'après-midi.

Vient alors le tour d'Élie. Il érige un autel avec douze pierres, l'entoure d'un fossé, dispose le bois, dépèce un taureau et en j)Iace les quartiers sur les l)riches. Puis, par tr<)i- foi^. il oîdonne : « Emplissez d'eau quatre cruches et repaïuU /.-les sur la victime et sur le bois H » L'eau ruisselle autour (le Tautel, le fossé lui-même est plein d'eau. A l'heure de la//?i'/i/?c/,Elie invoque Yahvé qui se manifeste aussitôt sous forme d'une flamme qui consume la victime, le bois, les pierres de l'autel et absorbe l'eau du fossé. Elie se met en prière sur le sommet du Garmel, courbé vers la terre, la tôte entre les genoux et, peu après, la pluie commence à tomber.

L'auteur biblique a utilisé, pour manifester la puissance d'Elie, un rite très répandu qui nous est décrit comme étant déjà en usage à ^lispa au temps de Samuel. Ici, le rite se lie incidemment à une bataille contre les Philistins mais il devait se pratiquer chaque année à la fête de l'automne, dite des tabernacles, et assurait les pluies prochaines.

Après avoir rejeté, nous dit-on, les dieux étrangers, les Israélites s'assemblent à Mispa sur le conseil de Samuel et celui-ci s'engage à prier Yahvé pour eux. Gomme dans le récit concernant Elie et par les mômes rites (libation d'eau, sacrifice et prière), Simuel veut démontrer au peuple que Yahvé est aussi capable-, sinon plus, d'amener la pluie que les dieux du pays dont c'était la spécialité séculaire-^. Le même problème faisait l'objet de la dispute d'Élie avec les

devait proférer dans le rite destiné à amener la pluie, correspondent aux trompettes de la fête des tabernacles.

1) Cela fait douze libations, comme le nombre de pierres, donc une libation pour chaque tribu d'Israël ; cf I Rois., XVIII, 31v

2) Autre expérience concluante de Samuel, mais envisagée comme une punition, car on est au temps de la moisson du froment, dans I Sam., XII, 17-19.

3) Celte idée est bien exposée par Osée, II, 7 et suiv., et fournit le développement de sa prophétie ; cf. Amos, IV, 7-8. Au temps de Joël, II, 19, il ne fait plus de doute que Yahvé envoie à son peuple le blé, le vin et Ihuile. Développement dans Psaumes, LXV, 10 et suiv.

prophètes de Ba'al ; il se pose également à Jérémie à la suite d'une sécheresse qui entraînait la famine ^ Jérémie ne dit plus alors que les holocaustes et les oblations n'ont aucune valeur-, il implore Vahvé d'accorder la pluie et il n'hésite pas à mettre dans sa prière une pointe de contrainte; il y va de l'honneur du nom de Yahvé, car, dit-il au verset 22 : « En est-il, parmi les vaines divinités des nations, qui répandent la pluie ? Ou bien est-ce le ciel qui dispense les ondées :' N'est-ce point toi,ô Yahvé, notre Dieu?»

Il n'est pas douteux que le rite en question est d'origine cananéenne. Rohertson Smith a très ingénieusement relevé l'expression, conservée jusque dans les auteurs arabes, de « terrain de Ba'al » pour tout terrain fécondé par la nature ou le dieu de l;i naliiro, par opposition à celui que l'homme arrose pu -on industrie 3. De là, comme l'a noté le P. Lagrange « terrain de Ba'al », est, en territoire sédentaire, le terrain arrosé par la pluie, tandis que dans le désert, c'est l'oasis ou le terrain arrosé par une source.

Donc, les Israélites s'assemblent à Mispa, ils puisent de l'eau et la répandent devant Yahvé. Ils jeûnent le jour de cette cérémonie et font l'aveu de leur faute'*. Samuel prend un agneau sans défaut et l'offre en holocauste à Yahvé, en même temps qu'il prie pour Israël. Yahvé l'exauce on déchaînant un grand orage ^.

Nous inclinons à tenir le rite du versement de l'eau qu'on pratiquait à Jérusalem, à la fontaine de la Vierge, j)Our un des éléments qui ont inspiré à Ézéchiel sa vision, à première vue si étrange, de la source qui, jaillissant du seuil du temple, devait féconder le désert de Juda et assainir les eaux do la mer Mo!* ' ''■ T ' l;i fontaine

1) Jérémie, XIV.

2) Jtîrémic, XIV, 12 ; cf. ci-dessus, p. 25.

3) n. SmiUj, nrlùj. of Seniitfs, p. 97 el suiv.. avec la roctiflcation de Lêgran^^e, Etudes sur les relig. sémUiques, 2' édit

4) I Samuel, VU, 6.

C) I S.imurl. VU. y-10.

r.) Kz.chicI, XLVII, 1-12.

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