PRÉFACE VII
réalisait surtout par le travail efficace de la raison et de l’activité humaines. La raison introduisit à son tour, pour ainsi dire subrepticement, ses règles précises dans les recettes d’exécution pratique ; en attendant le jour où elle arriverait à tout dominer. De là une période nouvelle, demi-rationaliste et demi-mystique, qui a précédé la naissance de la science pure. Alors fleurirent les sciences intermédiaires, s’il est permis de parler ainsi : l'astrologie, l’alchimie, la vieille médecine des vertus des pierres et des talismans, sciences qui nous semblent aujourd’hui chimériques et charlatanesques. Leur apparition a marqué cependant un progrès immense à un certain jour et fait époque dans l’histoire de l'esprit humain. Elles ont été une transition nécessaire entre l’ancien état des esprits, livrés à la magie et aux pratiques théurgiques, et l’esprit actuel, absolument positif, mais qui, même de nos jours, semble trop dur pour beaucoup de nos contemporains.
L'évolution qui s’est faite à cet égard, depuis les Orientaux jusqu'aux Grecs et jusqu’à nous, n’a pas été uniforme et parallèle dans tous les ordres. Si la science pure s’est dégagée bien vite dans les mathématiques, son règne a été plus retardé dans l’astronomie, où l'astrologie a subsisté parallèlement jusqu'aux temps modernes. Le progrès a été surtout plus lent
en chimie, où l’alchimie, science mixte, a conservé
ses espérances merveilleuses jusqu’à la fin du siècle dernier.
L'étude de ces sciences équivoques, intermédiaires entre la connaissance positive des choses et leur interprétation mystique, offre une grande importance pour le philosophe. Elle intéresse également les savants désireux de comprendre l’origine et la filiation des idées et des mots qu’ils manient continuellement. Les artistes, qui cherchent à reproduire les œuvres de l'antiquité, les industriels, qui appliquent à la culture matérielle les principes théoriques, veulent aussi savoir quelles étaient les pratiques des anciens, par quels procédés ont été fabriqués ces métaux, ces étoffes, ces produits souvent admirables qu'ils nous ont laissés. L'étroite connexion qui existe entre la puissance intellectuelle et la puissance matérielle de l’homme se retrouve partout dans l’histoire : c’est le sentiment secret de cette connexion qui fait comprendre les rêves d'autrefois sur la toute-puissance de la science. Nous aussi nous croyons à cette toute-puissance, quoique nous l’atteignions par d’autres méthodes.
Telles sont les vues qui m’ont amené à m'occuper des Origines de l’Alchimie, à chercher à faire revivre cette doctrine perdue, à retracer l’histoire de ses adeptes, de ses laboratoires et de ses idées. Je me suis cru appelé à cette étude. En effet, les débuts de la science
que je cultive depuis tant d'années m'ont souvent pré-