‹ Les origines de l'alchemieChapitre 29 sur 72 · MS · texte numérisé non relu

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prement dite; et celle de la matière première. constituant, à proprement parler, l’âme des corps. La comparaison même de celle-ci, faite par Platon, avec l’or qui sert aux travaux de l’artisan, se retrouve appliquée au bois. Seulement la notion métaphysique de la matière première universelle de Platon est transformée et concrétée en quelque sorte, par un artifice de métaphysique matérialiste que nous retrouvons dans la philosophie chimique de tous les temps : elle est identifiée avec le mercure des philosophes. C’est là une notion toute nouvelle et très originale, notion plus ancienne d’ailleurs que Synésius, s’il est vrai que Dioscoride ait déclaré déjà, vers le temps de l'ère chrétienne, que « certains regardent le mercure comme contenu dans tous les métaux ».

L'origine de cette opinion est facile à apercevoir, en rappelant que Platon désigne sous le nom d'eaux tous les corps liquides et tous les corps fusibles, l'or et le cuivre notamment. Les métaux fondus offrent en eflet un aspect et des propriétés remarquables, semblables à celles du mercure ordinaire. Il n'est pas surprenant que ces caractères communs aient été attribués à une substance spéciale, en qui résidait par excellence, disait-on, la liquidité métallique : c'était l’un des attributs momentanés du mercure des philosophes. Le mercure, joint au soufre et à l’arsenic des philosophes, symboles d’autres qualités fondamentales, constituent à proprement parler les éléments chimiques, comme Geber le déclare formellement au vire siècle (p. 207).

Stéphanus d'Alexandrie (vers 630) se rapproche

encore davantage que Synésius des idées et du langage du T'imée et des Pythagoriciens. C'est un auteur enthousiaste et mystique, comme les alchimistes gnostiques Zosime et Synésius. Il croit fermement au pouvoir illimité de la science. « La science peut tout, dit-il; elle voit clairement les choses que l’on ne peut apercevoir et elle peut accomplir les choses impossibles (1).» C’est aussi un néoplatonicien chrétien, qui débute par invoquer la sainte Trinité.

« La multitude des nombres (2), dit encore Stéphanus d’après les Pythagoriciens, est composée d’une seule unité. indivisible et naturelle, qui la produit à l'infini, la domine et l’'embrasse, parce que cette multitude découlede l'unité. Elle estimmuable,immobile; les nombres résultent de son développement circulaire οἵ sphérique. » De même Zosime écrivait déjà : « Tout vient de l'unité; tout s’y classe ; elle engendre tout. »

Stéphanus expose plus loin (3) : « Que Dieu a fait l'univers avec quatre éléments... Ces quatre éléments (l'air, le feu, la terre et l’eau), étant contraires entre eux, ne peuvent se réunir, si ce n'est par l’interposition d’un corps qui possède les qualités des deux extrêmes : ainsi le feu du vif-argent se joint à l’eau par l’intermède de la terre, c’est-à-dire de la scorie. L'eau est jointe avec le feu du vif-argent par l'air du cuivre etc. Le feu, étant chaud et sec, engendre la chaleur de l’air et la sécheresse de la terre. L'eau

(1) Ms. 2.327, fol. 63.

(2) Ms. 2.327, 2e Praxis, fol. 40. --- IDELER, Physici,etc., t. IL, p.202. — Le texte publié par IpeLer paraît être celui de saint Marc; il diffère

souvent beaucoup de celui du manuscrit 2.327. (3) Ve Praxis. — Ioecer, t. Il, p. 220.

humide et froide engendre l'humidité de Pair et le froid de la terre; la terre froide et sèche engendre le froid de l’eau et la sécheresse du feu, etc. Réciproquement, l’air chaud et humide engendre la chaleur du feu et l'humidité de l’eau, etc. » Des théories médicales connexes, sur le froid et le chaud, le sec et l'humide, le sang et la bile, sont ici entremêlées et manifestent la profession de Stéphanus (1).

Les paroles précédentes rappellent encore celles de Platon (2) : « C’est donc de feu et de terre que Dieu dut former l’univers; mais il est impossible de bien unir deux corps sans un troisième, car il faut qu'entre eux se trouve un lien qui les rapproche tous deux. » Nous retrouvons encore l’application, matérialisée suivant un sens chimique, d'une notion de la métaphysique platonicienne ; notion qui a reparu au siècle dernier sous le nom du médiateur plastique, interposé entre l'âme et le corps.

Stéphanus précise davantage, toujours dans un langage pythagoricien; il montre les relations numériques qui établissent une parenté mystique entre l’alchimie et l'astronomie, autre ordre de conceptions non moins intéressantes dans l’histoire de la science. Après avoir établi que chacun des quatre éléments, ayant deux qualités, résulte de l'association de trois éléments, dont deux associés à lui-même et qu'il conserve; il ajoute : « Cela fait douze combinaisons, résultant de quatre éléments pris trois à trois

(1) Voir aussi ses Théories sur la Nutrition, ms. 2.327, fol. 61. — IDELER, t. IL, p. 220.

(2) PLarox, Timée, ἵν Ὁ. ot, trad. de ἢ, MarrTix.

c'est pourquoi notre art est représenté par le dodécaèdre, qui répond aux douze signes du zodiaque (1). » Les quatre saisons répondent aux quatre éléments, aux quatre régions du corps humain, etc. De même les sept transformations, les sept couleurs, les sept planètes (2). Les relations établies par le Démiurge, autre conception platonicienne, entre les métaux et les planètes sont développées plus loin (3).

Mais achevons d’exposer ce qui est relatif à la transformation de la matière, d’après Stéphanus. « Il faut dépouiller la matière (de ses qualités), en tirer l’âme, la séparer du corps, pour arriver à la perfection (4)... Le cuivre, est comme l’homme : il a une âme et un corps. Quelle est son âme et quel est son corps? L'âme est la partie la plus subtile... c’est-à-dire l’esprittinctorial. Le corps est la chose pesante, matérielle, terrestre et douée d’une ombre... Après une suite de traitements convenables, le cuivre devient sans ombre et meilleur que l'or... Il faut expulser l'ombre de la matière pour obtenir la nature pure et immaculée... Il faut donc dépouiller la matière, et comment la dépouiller ? Si ce n’est par le remède igné (mercure). Et qu'est-ce que dépouiller ? si ce n’est appauvrir, corrompre, dissoudre, mettre à mort et enlever à celuici toute sa nature propre et sa grande mobilité; afin que l'esprit, subsistant et manifestant le principe tinc-

(Π} ΝΞ. 2.327, fol, 55, — Inecer, til, p. 221.

[2] Ms. 2.327, fol. 55. — Ineuer, t. Il, p. 221.

(3) Ms. 2.327, fol. 73, 9e Praxis. — Ce morceau est plus abrégé dans Ideler, p. 247.

(4) Ms. 2.327, fol. 46, 50 et 60. — Voir aussi [DELER, t. Il, p. 210, 21e Ὁ- 24:1-

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