PRÉFACE XIII
confirment pleinement les résultats fournis par l’étude des Manuscrits des Bibliothèques, auxquels je me suis particulièrement attaché.
Non seulement j’ai fait une analyse complète des principaux Manuscrits parisiens ; mais j’ai pu, grâce à l’esprit libéral du gouvernement italien, comparer les textes que nous possédons avec ceux d’un Manuscrit de saint Marc à Venise, legs de Bessarion, le plus beau et le plus vieux de tous; car les paléographes déclarent qu’il remonte à la fin du x° siècle, ou au commencement du xi® siècle de notre ère. Les ouvrages qu’il renferme sont d’ailleurs les mêmes que les nôtres. Les Manuscrits de Venise, aussi bien que ceux de Paris, sont formés par des traités dont les copies existent aussi dans les principales Bibliothèques d'Europe. Ces traités constituent une véritable collection, d’un caractère semblable dans les divers Manuscrits. J'ai traduit un grand nombre de fragments de ces traités; traduction difficile à cause de l’obscurité des textes et des fautes mêmes des copistes : je réclame à cet égard toute l’indulgence du lecteur. Parmi ces traductions, j'appellerai particulièrement l’attention sur les passages où Stéphanus expose la théorie de la matière première et du mercure des philosophes et sur un morceau d'Olympiodore, qui relate les doctrines des philosophes ioniens, d’après des sources aujour-
d’hui perdues et qui les compare avec celle des maîtres
de l’Alchimie. Peut-être les historiens de la philosophie grecque y trouveront-ils quelque nouvelle lumière, sur un sujet à la fois si intéressant et si obscur.
Je crois avoir réussi à établir par mes analyses le mode général de composition de cette collection de traités, sorte de Corpus des Alchimistes grecs, formé par les Byzantins, en même temps que les extraits de Photius et de Constantin Porphyrogénète.
J'en ai mis en lumière les auteurs, j'ai relevé tous les traits qu’il m'a été possible de retrouver sur leur individualité et j'ai montré notamment comment ils se rattachent d’abord à une école Démocritaine, florissante en Egypte vers les débuts de l’ère chrétienne, puis aux Gnostiques et aux Néoplatoniciens.
J'ai retrouvé non seulement la filiation des idées qui les avaient conduits à poursuivre la transmutation des métaux; mais aussi la théorie, la philosophie de la nature qui leur servait de guide; théorie fondée sur l'hypothèse de l'unité de la matière et aussi plausible au fond que les théories modernes les plus réputées aujourd’hui. Cette théorie, construite par les Grecs, a été adoptée par les Arabes et par les savants du Moyen Age, au milieu des développements d’une pratique industrielle sans cesse perfectionnée. Mais dans ce genre de doctrines, pas plus que dans les autres théo-
ries physiques ou naturelles, le Moyen Age n'a été