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Le fragment sur la teinture en pourpre attribué à Démocrite n’a rien de chimérique : c’est une description technique, positive et dont le sujet rappelle les assertions de Diogène Laerce et de Pétrone. En tous cas, ce fragment est ancien; il nous donne des renseignements nouveaux sur les procédés employés par les anciens pour teindre en pourpre. On sait quelle lumière ont jetée sur cette question les travaux et les expériences de M. de Lacaze-Duthiers (1); mais il s’est occupé surtout de la pourpre animale tirée des Mollusques, tandis qu'il s’agit, dans notre fragment, de la pourpre d'origine végétale.
Les anciens, en effet, ont connu la pourpre végétale. Pline, Dioscoride et Pausanias parlent de la cochenille produite par un Ilex et font même mention de l'insecte qui la sécrète. Vitruve cite aussi la racine de garance. Les divers passages des auteurs anciens où la question est traitée ont été réunis et discutés avec détail par le grand érudit Saumaise (2). Il a eu
(1) Mémoire sur la pourpre, p. 1 à 84. (Annales des Sc. natur.. 4) série, Zoologie, τ. XII.)
(2) Plinianæ Exercitationes, p. 805 à 817, et à la suite, dans : de Homonymis Hyles latricæ, de cocco tinctorio, p. 93, in-folio, 1689.
connaissance du fragment actuel, et il en a même cité quelques lignes, peut-être d’après un manuscrit différent des nôtres. Je me suis aidé de ses commentaires pour retoucher la dernière partie de la traduction qui suit. Ce fragment a été connu aussi de plusieurs autres érudits du xvrre siècle. Boulanger, de Imperatore et Imperio Romano, p. 618 et 619 (Lyon, 1618), l’a même imprimé, mais en deux morceaux séparés, disposés différemment et sous une forme qui laisse subsister plus d’une obscurité. (Voir A. Schmidt, Forschungen auf den Gebicte des Alterthum, p. 169; Berlin, 1842.) La publication complète de notre texte et la collation des divers manuscrits que je vais donner lèvera ces doutes. La traduction française m'a paru d’ailleurs utile pour compléter nos connaissances sur la teinture en pourpre des anciens.
Après avoir reconnu l'existence de ce texte et son intérêt, désirant donner plus d'autorité à ma publication, j'ai prié M. Omont, employé au département des manuscrits à la Bibliothèque nationale, de vouloir bien faire copier le texte original; il a eu l'extrême obligeance de s’en charger lui-même, ainsi que de la collation des textes des divers manuscrits. J'ai aussi comparé moi-même le texte du manuscrit de saint Marc. M. Omont ayant bien voulu faire un essai de traduction, je me suis borné à reviser cette dernière sur quelques points, et Je réclame l’indulgence pour une œuvre étrangère à mes travaux habituels. Elle présente encore diverses obscurités, que les chimistes experts en teinture pourront éclaircir ou rectifier.
Voici le texte et la traduction littérale (1) :
(1) Democriti Physica et Mystica.
Mss. de Paris.
A—=ms grec 2.327 xve siècle, fol. 24vo-25.
B— » 2.325, XIVE OU XIE » » 8vo-gvo.
Ci » 22270, xve » » 7vo-8vo.
D*—= » 24320, VEN; » 1 et verso.
Le ms. À présente le texte le meilleur.
Mss. de Venise. M. — Saint Marc. xt ou χιϑ siècle, fol. 66 v° et 67 v°.
AHMOKPITOY ΦΥΣΙΚΑ ΚΑΙ MYZTIKA
Βαλὼν εἰς λίτραν μίαν πορφύρας διοβόλου λίτρας σχωρίας θ8 εἰς οὔρου ζβ, ἐπίθες ἐπὶ πυρᾶς ὥστε λαβεῖν βράσιαχτα, εἶτα λαβὼν ἀπὸ τοῦ πυρὸς τὸζέμα, βάλε εἰς λεχάνην, προβχλὼν τὴν πορφύραν, καὶ ἐπιχέας τὸ ζέμα τῇ πορφύρᾳ ἔχ βρέχεσθαι νυχθήμερον ἔν. Εἶτα λαβὼν βρύων θαλασσίων λίτρας δ΄, βάλε ὕδωρ dote εἶναι ἐπάνω τῶν βρύων τετραδάχτυλον, χαὶ ἔχε ὡς ἂν παχυνθῇ, καὶ διυλίσας τὸ διύλισμα θέρμανον, χαὶ συνθεὶς τὴν ἐρέαν κατάχεε, χαυνότερα δὲ συντεθήτω,, Date φθάσαι τὸν ζωμὸν ἕως τοῦ πυθμένος, xal ἔασον νυχθήμερα δύο Εἶτα λαβὼν μετὰ ταῦτα ξήρανον ἐν ox, τὸν δὲ ζωμὸν ἔχχεον, εταὶ λαβὼν τὸν αὐτὸν ζωμὸν χαὶ βαλὼν λίτρας δύο, βάλε ἐν τῷ ζωμῷ ὕδωρ ὥστε γενέσθαι τὴν πρώτην ἀναλογίαν, καὶ ἔχε ὡσαύτως ἕως ἂν παχυνθῇ, εἶτα ὑλίσας βάλε τὴν ἐρέαν ὡς τὸ πρῶτον, χαὶ ποιησάτω νυχθήμερον ἕν. Eita λαβὼν ἀπόπλυνον εἰς οὐρον, καὶ ξήρανον ἐν σχιᾷ, ἔπειτα λαβὼν λαχχᾶν σ χαὶ λαβὼν λαπάθου λίτρας δ΄, ἔχζεσον μετὰ ΕΝ ὡς λυθῆναι τὸ λάπαθον, καὶ ὑλίσας τὸ ὕδωρ, βάλε λαχχᾶν » χαὶ ἔψη ἕως παχυνθῇ, χαὶ διυλίσας πάλιν τὸν λαχχᾶν, βάλε τὴν ἐ ἐρέαν, εἶτα πλύνον οὔρῳ, μετὰ ταῦτα ὕδατι, ἔπειτα ξηράνας δμοίως ἐν σχιᾳ θυμία ὄνυξι θαλασσίοις ἐπανοδεθρεγμένοις ἐν οὔρῳ σσβ. Εἷς δὲ τὴν χατασχευὴν - ’ V , / 5 2 ms / τῆς πορφύρας τὰ εἰσερχόμενα εἰσὶ ταῦτα. φῦχος, ὃ καλοῦσι ψευδοκογχύλιον, καὶ χόχχον, καὶ ἄνθος θαλάσσιον, ἄγχουσαν λαδικίνην, Χρὴ υνὸς, ἐρυθρόδανον τὸ ἱταλιχὸν, φυλάνθιον τὸ δυτιχὸν, σχώληξ ὃ πορφύριος, ῥόδιον τὸ ἰταλικόν. Ταῦτα τὰ ἄνθη προτετίμηνται παρὰ τῶν προγενεστέρων. Καὶ εἰσὶ φευχτὰ οὐ τίμια, ἔστι δὲ ὃ τῆς Γαλατίας σχώληξ, καὶ τὸ τῆς ᾿Αχαίας ἄνθος, ὃ χαλοῦσι λαχχᾶν, χαὶ τὸ τῆς Συρίας, ὃ καλοῦσι δίζιον, καὶ τὸ χκογχύλιον τὸ λιθυχὸν, χαὶ ὃ αἰγύπτιος χόγχος, ὃ
! - # ASC LS 4 Ὁ =] / τῆς παραλίου, ὃς καλεῖται πίννα, καὶ À ἴσατις βοτάνη τῆς ἀνωτέρας,
\ \ Ὁ / , - 5 πω Ψ LA χαὶ τὸ τῆς Συρίας, ὃ καλοῦσι xoyyov. Ταῦτα ἐστιν ἀχίνητα, οὔτε τιυ. \ 2 € “ À? CRU ὃ
unrà παρ᾽ ἡμῖν, πλὴν τῆς ἰσάτιδος.
2. D. Ἑλὼν. — ΒΟ. εἶ. — D. λιτρισχωρίας. — M. σχορείαν. — 6. M. ὃς. — 7. M. ἕως. — διυλήσας. — 10. M. μὴ èxy£es. — D. ἔχχεε. — 11. M. βαλὼν εἰς τὸν αὐτὸν ξωμὸν ὀρύων λίτρας
ποιήσει. — 14. D. ἀπὸ πλῦνον. — 15. M. εἶτα. — M. τέσσαρας. — M. εἶτα μετὰ ταυτα. --- 16. 2). ὥστε. --- M. δάλε τὸν λαχχὰν. — 17. BC. M. ἕἔψει. — 18. M. εἶτα πάλιν ὕδατι, xat
μετὰ ταῦτα. — το. D. omis ἐναποδεδρεγμένοις. — M. ἐνυποόε-- Gpeyuévnv. — M. ἐν οὔρω ἡμέρας δύο. — 20. M. ἀπερχόμενα εἰσὶν τάδε. — 21. D. ἄγχουσαν, λωδικχίνην. — χριμνὸς. SAUMAISE. — C. ἔγχουσαν. — 22. M. πορφύριος Ex τοῦ ἐρῶ γενόμενος. — 23. προτέρων. SAUMAISE. — 26. D. χαὶ χογλύλιον. — BC. καὶ τὸ ΧΟΥχ. bis repetitum. — M. repète καὶ τὸ χοχλωχογχύλιον τὸ λιθυχὸν. — D. δ. — 27. M. ὃ. — M. θοτάνη, καὶ τὸ τῆς ἀνωτέρας.
« Mettant dans une livre de pourpre... posez sur le feu jusqu’à ébullition, puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase, et retirant la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant 4 livres de lichen marin (1), versez de l’eau de façon qu’il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d’eau, et qu’il puisse devenir épais; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine. Mettez avec ce qui est le moins compact de façon à atteindre le jus au fond et laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre, versez le jus, puis prenez le jus lui-même et dans deux livres de ce jus mettez de l’eau, de façon à reproduire la première quantité. Faites de même jusqu’à ce qu'il devienne épais, puis l'ayant filtré mettez la laine comme tout d’abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l'urine, puis séchez à l’ombre; prenez de l’orcanète (2), mettez 4 livres d’oseille et faites bouillir avec de l'urine jusqu’à ce que l'oseille soit réduite, et ayant clarifié l’eau mettez l’orcanète, faites cuire jusqu’à ce qu’elle soit épaissie et, ayant filtré à nouveau l’orcanète,
. [1] ORSEILLE.
(2) LaccHa. — Le mot orcanète est indiqué comme traduction commune pour les deux mots laccha et anchusa, par les dictionnaires. (Voir SAUMAISE.)
mettez la laine, puis lavez de nouveau avec l'urine et après cela avec de l’eau. Faites sécher de même à l'ombre, exposez aux vapeurs des algues marines trempées dans l'urine...
« Voici ce qui entre dans la préparation de la pourpre : l’algue qu’on appelle fausse pourpre, le coccus (1), la couleur marine (2), le crismos (Graminée ὃ), l’orcanète (3), la garance d'Italie, le phyllanthion des plongeurs (4), le ver de pourpre (5), le rose d'Italie; ces couleurs sont estimées par nos prédécesseurs. Il y en a qu’il faut éviter et qui sont de nulle valeur : la cochenille de Galatie, la couleur d’Achaïe, qu’on appelle laccha, celle de Syrie qu’on appelle rhizion (6) et le coquillage de Lybie, et la coquille d'Égypte de la région maritime, qu’on appelle pinna (7), et l’isatis (8) de la région supérieure, et la couleur de Syrie que l’on appelle murex. Ces couleurs (ne) sont (pas) solides, ni estimées parmi nous, excepté
celle de l’isatis. »
(1) Sorte de cochenille.
(2) ORSEILLE.
(3) ANCHUSA.
(4) Probablement une sorte de fucus.
(5) Autre variété de cochenille. Les anciens en avaient fort bien observé l'insecte. (Voir SAUMAISE.)
(6) Racine d’une sorte de garance ‘
(7) Voir le Mémoire de M. de Lacaze-DUTHIERS.