‹ Les origines de l'alchemieChapitre 9 sur 72 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

LES FAITS Pages CHAPITRE I. — Les métaux chez les Egyptiens........ 211 Caarrree Il. — La temture dés métaux. 212....:.....2 238 LIVRE QUATRIÈME LES THÉORIES

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A Chimie est née d’hier : il y a cent ans à peine qu’elle a pris la forme d’une science moderne. Cependant les progrès

rapides qu’elle a faits depuis ont concouru, plus peut-être que ceux d’aucune autre science, à transformer l’industrie et la civilisation matérielle, et à donner à la race humaine sa puissance chaque jour croissante sur la nature. C’est assez dire quel intérêt présente l’histoire des commencements de la Chimie. Or ceux-ci ont un caractère tout spécial : la Chimie n’est pas une science primitive, comme la

éométrie ou l'astronomie; elle s’est constituée sur ,

les débris d’une formation scientifique antérieure; formation demi-chimérique et demi-positive, fondée elle-même sur le trésor lentement amassé des découvertes pratiques de la métallurgie, de la médecine, de l’industrie et de l'économie domestique. Il s’agit de l’alchimie, qui prétendait à la fois enrichir ses adeptes en leur apprenant à fabriquer l'or et l’argent, les mettre à l'abri des maladies par la préparation de la panacée, enfin leur procurer le bonheur parfait en les identifiant avec l'âme du monde et l'esprit universel.

L'histoire de l’alchimie est fort obscure. C’est une science sans racine apparente, qui se manifeste tout à coup au moment de la chute de l’empire romain et qui se développe pendant tout le moyen âge, au milieu des mystères et des symboles, sans sortir de l’état de doctrine occulte et persécutée : les savants et les philosophes s’y mêlent et s’y confondent avec les hallucinés, les charlatans et parfois même avec les scélérats. Cette histoire mériterait d’être abordée dans toute son étendue par les méthodes de la critique moderne. Sans entreprendre une aussi vaste recherche qui exigerait toute une vie de savant, je voudrais essayer de percer le mystère des origines de l’alchimie et montrer par quels liens elle se rattache à la fois aux procédés industriels des anciens Égyptiens, aux théories spéculatives des philosophes grecs et aux rêveries mystiques des Alexandrins et des gnostiques.

Dans mon étude, je m’appuierai d’une part sur les travaux modernes concernant les métaux dans l'an-

tiquité, principalement sur le mémoire de Lepsius relatif aux « métaux dans les inscriptions égyp-

tiennes » (1); d’autre part je recourrai aux plus anciens documents écrits sur l’alchimie.

Je ne me suis pas borné à consulter les doctes histoires de la chimie, composées par H. Kopp et par Hoœfer; j'ai relu moi-même tous les passages des auteurs grecs et latins sur ce sujet; j'ai eu également connaissance des papyrus égyptiens, magiques et alchimiques, de Leide, écrits en grec vers le im° ou iv£ siècle, et qui sont analysés dans les Lettres de Reuvens à M. Letronne. J'ai entre les mains la photographie et la copie de deux feuillets de l’un d’entre eux, jusqu'ici inédit. M. Leemans, le savant directeur du musée de Leide, a bien voulu copier aussi pour moi deux autres articles de ce papyrus. M. Révillout, professeur d’Égyptologie au Louvre, m'a fourni le concours précieux de son érudition, pour l’histoire de la fin du paganisme en Égypte. Je dois aussi des renseignements très importants à M. Maspéro, notre grand égyptologue, qui ἃ même eu connaissance des débris d’un ancien laboratoire, trouvé à Dongah, près de Siout. M. Derenbourg, si compétent pour les études arabes, m'a signalé les ouvrages en cette langue qui traitent de l’histoire de l’alchimie; et il a eu l'obligeance de traduire pour moi plusieurs pages du Xïtab-al-fihrist, recueil encyclopédique écrit au 1x° siècle et dans lequel se trouvent les nomset les titres des livres d’alchimie connus à cette époque.

(1) Traduit par W, BerEenD, dans la Bibliothèque de PÉcole des hautes études, 30° fascicule, 1877.

Enfin, j'ai procédé à un examen très détaillé des manuscrits alchimiques grecs, conservés à la Bibliothèque nationale depuis le temps de François I°", et que M. Omont m'a communiqués avec une obligeance inépuisable. Je les ai étudiés pendant près d’une année. J’ai même pu faire venir de Venise, grâce à la libéralité du gouvernement Italien, un manuscrit grec, écrit sur parchemin, conservé dans la Bibliothèque de Saint-Marc, lequel remonte au ΧΙ ou ΧΙ siècle de notre ère : c'est le plus ancien manuscrit connu de cette espèce.

Plusieurs auteurs et traités contenus dans les manuscrits remontent à la même époque que les papyrus. Ces auteurs, ces traités, et même certains passages qui en sont extraits ont été cités dès le vurr° siècle par les polygraphes byzantins et rappelés aussi par les Arabes. Non seulement ces-manuscrits m'ont procuré des renseignements nouveaux et inédits sur les sources de l’alchimie; mais la comparaison de quelques-uns de leurs textes, avec ceux de Platon et des philosophes grecs, fournit des lumières inattendues sur les théories qui guidaient les premiers alchimistes ; elle fait comprendre pourquoi ils se déclaraient eux-mêmes, dès le τνὸ siècle de notre ère, «les nouveaux commentateurs d’Aristote et de Platon (1) ». Le nom de philosophie chimique ne date pas de notre temps; dès ses premiers jours, la Chimie a prétendu être une philosophie de la nature.

Voici le plan du présent ouvrage, établi d’après l’ensemble des données que je viens d’énumérer.

(1) Ms. 2,327 de la Bibliothèque nationale, [9 195.

Je dirai d’abord quelle idée les premiers alchimistes se faisaient des origines de leur science, idée qui porte le cachet et la date des conceptions religieuses et mystiques de leur époque; je préciserai cette corrélation, en comparant l’état des croyances aux n° et ru siècles de notre ère et les faits cités par les historiens, avec les textes mêmes que les alchimistes grecs nous ont laissés. Ces textes, contemporains des écrits des gnostiques et de ceux des derniers néoplatoniciens, établissent la filiation complexe, à la fois égyptienne, babylonienne et grecque, de l’alchimie. Ils comprennent, je le répète, des papyrus conservés dans le musée de Leide, et des manuscrits écrits sur parchemin, sur papier coton οἵ sur papier ordinaire, lesquels existent dans la plupart des grandes bibliothèques d'Europe, notamment dans la Bibliothèque nationale de Paris.

Tel est le sujet traité dans le Livre I du présent ouvrage, livre consacré aux sources.

Dans le Livre IT, j'étudie les personnes, c’est-à-dire les alchimistes dont les noms figurent dans les papyrus et sont inscrits en tête des traités grecs contcnus dans nos manuscrits.

ἘΞ Eire ITIeSt réservé aux Jus; Je Veux dire qu’il précise la filiation positive de l’alchimie, en résumant ce que nous savons des connaissances usuelles des Égyptiens relatives aux métaux, et en les rapprochant des recettes alchimiques relatées par les papyrus et les manuscrits.

Ce n’est là d’ailleurs qu’une partie de la question. A côté des praticiens, il y eut de bonne heure des

théoriciens, qui avaient la prétention de dominer et de diriger les expérimentateurs. Les Grecs surtout, occupés à transformer en philosophie les spéculations mystiques et religieuses de l'Orient, construisirent des théories métaphysiques subtiles sur la constitution des corps et leurs métamorphoses. Ces théories se manifestent dès l’origine de l’alchimie; elles dérivent des doctrines de l’école Ionienne et des philosophes naturalistes sur les éléments, et plus nettement encore des doctrines platoniciennes sur la matière première, qui est devenue le mercure des philosophes. Elles ont été reprises successivement par les Arabes et par les adeptes du moyen âge, et elles ont été soutenues jusqu'au temps de Lavoisier.

Le Livre IV expose ces éhéories j'y montre en effet dans les doctrines des écoles [onienne, Pythagoricienne et Platonicienne les racines des théories alchimiques, telles que les Grecs d'Alexandrie les ont conçues, puis transmises aux Arabes et par ceux-ci aux auteurs Occidentaux du moyen âge; et je termine en comparant ces doctrines avec les idées que les chimistes se forment aujourd’hui sur la constitution de la matière.

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