‹ Les origines de l'alchimeChapitre 1 sur 46 · GEORGES STEINHEIL, ÉDIFLURK 2, RUE CASIMIR DELAVIGNE · texte numérisé non relu

GEORGES STEINHEIL, ÉDIFLURK 2, RUE CASIMIR DELAVIGNE

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réussi à concilier avec le sentiment non moins impératif de la liberté humaine. En tout cas l'univers matériel entier est revendiqué par la -science, et personne n'ose plus résister en face à cette revendication. La notion du miracle et du surnaturel s’est évanouie comme un vain mirage, un préjugé suranné.

Il n'en a pas toujours été ainsi; cette conception purement rationnelle n’est apparue qu’au temps des Grecs; elle ne s'est généralisée que chez les peuples européens, et seulement depuis le xvin® siècle. Même de nos jours, bien des esprits éclairés demeurent engagés dans les liens du spiritisme et du magnétisme animal.

Aux débuts de la civilisation, toute connaissance affectait une forme religieuse et mystique. Toute action était attribuée aux dieux, identifiés avec Îles astres, avec les grands phénomènes célestes et terrestres, avec toutes les forces naturelles. Nul alors n'eut osé accomplir une œuvre politique, militaire, médicale, industrielle, sans recourir à la formule sacrée, destinée à concilier la bonne volonté des puissances mystérieuses qui gouvcrnaient l’univers. Les opérations réfléchies et rationnelles ne venaient qu’ensuite, toujours étroitement subordonnées.

Cependant ceux qui accomplissaient l'œuvre elle-

même ne tardèrent pas à s’apercevoir que celle-ci se

ses espérances merveilleuses jusqu’à la fin du siècle dernier.

L'étude de ces sciences équivoques, intermédiaires entre la connaissance positive des choses et leur interprétation mystique, offre une grande importance pour le philosophe. Elle intéresse également les savants désireux de comprendre l'origine et la filiation des idées et des mots qu'ils manient continuellement. Les artistes, qui cherchent à reproduire les œuvres de l'antiquité, les industriels, qui appliquent à la culture matérielle les principes théoriques, veulent aussi savoir quelles étaient les pratiques des anciens, par quels procédés ont été fabriqués ces métaux, ces étoffes, ces produits souvent admirables qu'ils nous ont laissés. L’étroite connexion qui existe entre la puissance intellectuelle et la puissance matérielle de l’homme se retrouve partout dans l’histoire : c’est le sentiment secret de cette connexion qui fait comprendre les rêves d'autrefois sur la toute-puissance de la science. Nous aussi nous croyons à cette toute-puissance, quoique nous l’atteignions par d’autres méthodes.

Telles sont les vues qui m’ont amené à m'occuper des Origines de l’Alchimie, à chercher à faire revivre cette doctrine perdue, à retracer l’histoire de ses adeptes, de ses laboratoires et de ses idées. Je me suis cru appelé à cette étude. En effet, les débuts de la science

que je cultive depuis tant d'années m'ont souvent pré-

ses idées. Or, tel est le rôle que je me propose de remplir.

Je demande la permission d'entrer dans quelques détails sur la composition de cet ouvrage; ne fut-ce que pour marquer au Public mon respect, en lui disant quelles sont mes références et mes autorités.

Depuis bien des années, je réunissais des notes sur l'histoire de la chimie, lorsque le voyage que je fis en Orient en 1869, à l’occasion de l'inauguration du canal de Suez, la visite des ruines des villes et des temples de l’ancienne Egypte, depuis Alexandrie jusqu’à Thèbes et Philæ, l'aspect enfin des débris de cette civilisation qui a duré si longtemps et s’est avancée si loin dans ses industries, reportèrent mon esprit vers les connaissances de chimie pratique que celles-ci supposent nécessairement.

Les alchimistes prétendaient précisément faire remonter leur science à l’Egypte. C’était la doctrine sacrée, révélée par Hermès à secs prêtres. Mais où retrouver les traces positives de cet ordre de connaissances ? Mariette, que j'entretins souvent à ce sujet, ne put rien m'apprendre. Un mémoire de Lepsius, sur les métaux Egyptiens, traduit en 1877 pour la Bibliothèque des Hautes Etudes, me fournit cependant de premières ouvertures. En le comparant avec ce que je savais déjà des premiers alchimistes,

par l'Encyclopédie méthodique et par les histoires de

cieux manuscrits; je surmontai les difficultés du déchiffrement et celles plus grandes encore, qui résultaient de ma connaissance un peu lointaine de la langue grecque, à l'étude de laquelle j'avais renoncé depuis quarante années. Elle se retrouva cependant dans ma mémoire, plus fraîche que je n'osais l’espérer. J’exposai mes premiers résultats dans deux articles publiés par la Nouvelle Revue, au commencement de l’année 1884; articles que Îles * nombreux lecteurs de cette Revue ont bien voulu accueillir avec une faveur, dont j'ai conservé les sympathiques témoignages.

Mais ce n'était là qu’une entrée en matière. Depuis lors je n'ai cessé d'approfondir l'étude des manuscrits et de rechercher tous les textes des auteurs anciens se rapportant à la chimie, textes plus nombreux et plus explicites qu'on ne le croit communément. J'y ai récolté une multitude de renseignements, qui ont donné à mon œuvre plus de précision ct de solidité.

C'est ainsi que mon premier travail s’est transformé en un livre, composé de première main et d’après des documents en grande partie inédits.

Les Papyrus grecs que nous a légués l’ancienne Égypte, et qui sont conservés dans les Musées de Leide, de Berlin et du Louvre, à Paris, m'ont procuré

pour cet objet les plus précieux renseignements. Ils

de l’Alchimie. Peut-être les historiens de la philosophie grecque y trouveront-ils quelque nouvelle lumière, sur un sujet à la fois si intéressant et si obscur.

Je crois avoir réussi à établir par mes analyses le mode général de composition de cette collection de traités, sorte de Corpus des Alchimistes grecs, formé par les Byzantins, en même temps que les extraits de Photius et de Constantin Porphyrogénète.

J'en ai mis en lumière les auteurs, j'ai relevé tous les traits qu’il m'a été possible de retrouver sur leur individualité et j'ai montré notamment comment ils se rattachent d'abord à une école Démocritaine, florissante en Egypte vers les débuts de l’êre chrétienne, puis aux Gnostiques et aux Néoplatoniciens.

J'ai retrouvé non seulement la filiation des idées qui les avaient conduits à poursuivre la transmutation des métaux; mais aussi la théorie, la philosophie de la nature qui leur servait de guide; théorie fondée sur l'hypothèse de l'unité de la matière et aussi plausible au fond que les théories modernes les plus réputées aujourd'hui. Cette théorie, construite par les Grecs, a été adoptée par les Arabes et par les savants du Moyen Agc, au milieu des développements d'une pratique industrielle sans cesse perfcctionnée. Mais dans ce genre de doctrines, pas plus que dans les autres théo-

rics physiques ou naturelles, le Moyen Age n'a été

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