THÉORIES DES ALCHIMISTES ET THÉORIES MODERNES
$1. — Le Mercure des philosophes.
’ALCHIMIE était une philosophie, c'est-àdire une explication rationaliste des métamorphoses de la matière. Nulle part, dans les procédés des premiers théoriciens grecs qui sont venus jusqu’à nous, le miracle n'apparaît; bien que les formules magiques semblent avoir été
mêlées aux pratiques, lors des débuts de la science, au temps de Zosime par exemple. Mais elles semblent avoir disparu, en même temps que la théorie proprement dite s’est développée. Michel Psellus déclare formellement que les destructions et transformations de matière se font par des causes naturelles, et non en vertu d'une incantation et d’une formule secrète.
A travers les explications mystiques et les symboles dont s'enveloppent les alchimistes, nous pouvons
entrevoir les théories essentielles de leur philosophie; lesquelles se réduisent en somme à un petit nombre d'idées claires, plausibles, et dont certaines offrent une analogie étrange avec les conceptions de notre temps.
Tous les corps de la nature, d'après les adeptes grecs, sont formés par une même matière fondamentale. Pour obtenir un corps déterminé, l'or par exemple, le plus parfait des métaux, le plus précieux des biens, il faut prendre des corps analogues, qui en diffèrent seulement par quelque qualité, et éliminer ce qui les particularise; de façon à les réduire à leur matière première, qui est le mercure des philosophes. Celui-ci peut être tiré du mercure ordinaire, en lui enlevant d'abord la liquidité, c’est-à-dire une eau, un élément fluide et mobile, qui l'empêche d'atteindre la perfection. Il faut aussi le fixer, lui ôter sa volatilité, c'est-à-dire un air, un élément aérien qu’il renferme; enfin d’aucuns professent, comme le fera plus tard Geber, qu'il faut séparer encore du mercure une terre, un élément terrestre, une scorie grossière, qui s’oppose à sa parfaite atténuation. On opérait de même avec le plomb, avec l’étain ; bref, on cherchait à dépouiller chaque métal de ses propriétés individuelles. Il fallait ôter au plomb sa fusibilité, à l'étain son cri particulier, sur lequel Geber insiste beaucoup ; le mercure enlève en effet à l’étain son cri, dit aussi Stéphanus.
La matière première de tous les métaux étant ainsi préparée, Je veux dire le mercuredes philosophes, il ne restait plus qu’à la teindre par le soufre et l’arsenic ;
de l'existence des corps pondérables et la notion phénoménale de leurs qualités, envisagées jusque-là par les alchimistes comme des substances réelles. Mais pour comprendre le passé il convient de nous reporter à des opinions antérieures et qui paraissaient claires aux esprits cultivés, il y a un siècle à peine. Les doctrines des alchimistes et des platoniciens à cet égard diffèrent tellement des nôtres, qu'il faut un certain effort d’esprit pour nous replacer dans le milieu intellectuel qu’elles étaient destinées à reproduire. Cependant, il est incontestable qu’elles constituent un ensemble logique, et qui a longtemps présidé aux théories scientifiques. Ces doctrines, que nous apercevons déjà dans le pseudo-Démocrite, dans Zosime, et plus nettement encore dans leurs commentateurs, Synésius, Olympiodore et Stéphanus, se retrouvent exposées dans les mêmes termes par Gcber, le maître des Arabes (voir p. 208), et après lui, par tous les philosophes hermétiques.
Non seulement les matériaux employés par ceux-ci dans la transmutation : le soufre, l'argent, la tutie, la magnésie, la marcassite, etc., rappellent tout à fait ceux du pseudo-Démocrite et de ses successeurs grecs; mais Geber dit formellement que l’on ne saurait réussir dans la transmutation, si l’on ne ramène les métaux à leur matière première.
L'esprit humain s’est attaché avec obstination à ces théories, qui ont servi de support à bien des expériences réelles. Ce fut aussi la doctrine de tout le moyen âge. Dans les écrits attribués à Basile Valentin, écrits qui remontent au xv* siècle, l’auteur affirme de même
terme accompli des métamorphoses, le corps parfait par excellence : non seulement à cause de son éclat, mais surtout parce qu'il résiste mieux que tout autre métal aux agents chimiques.
Les corps simples, qui sont aujourd’hui l’origine certaine et la base des opérations chimiques, ne se distinguent cependant pas à première vue des corps composés. Entre un métal et un alliage, entre un élément combustible, tel que le soufre ou l’arsénic, et les résines et autres corps inflammables combustibles composés, apparences ne sauraient établir une distinction fondamentale. Les corps simples dans Îla nature ne portent pas une étiquette, s'il est permis de s’exprimer ainsi, et les mutations chimiques ne cessent pas de s’accomplir, à partir du moment où elles ont mis ces corps en évidence. Soumis à l’action du feu ou des réactifs qui les ont fait apparaître, ils disparaissent à leur tour ; en donnant naissance à de nouvelles substances, pareilles à celles qui les ont précédées.
Nous retrouvons ainsi dans les phénomènes chimiques cette rotation indéfinie dans les transformations, loi fondamentale de la plupart des évolutions naturelles ; tant dans l’ordre de la nature minérale que dans l’ordre de la nature vivante, tant dans la physiologie que dans l’histoire. Nous comprenons pourquoi, aux yeux des alchimistes, l’œuvre mystérieuse n'avait ni commencement ni fin, et pourquoi ils la symbolisaient par le serpent annulaire, qui se mord la queue : emblème de la nature toujours une, sous le fond mobile des apparences.
une multitude d’autres manipulations et de métamorphoses qu'ils ignoraient. Mais aussi nous savons de toute certitude que la transmutation des métaux ne s’accomplit dans le cours d'aucune de ces opérations.
Jamais un opérateur moderne n’a vu l’étain, le cuivre, le plomb se changer sous ses yeux en argent ou en or par l’action du feu, exercée par les mélanges les plus divers; comme Zosime et Geber s’imaginaient le réaliser. La transmutation n’a pas lieu, même sous l'influence des forces dont nous disposons aujourd’hui, forces autrement puissantes et subtiles que les agents connus des anciens.
Les découvertes modernes relatives aux matières explosives (1) et à l’électricité mettent à notre disposition des agents à la fois plus énergiques et plus profonds, qui vont bien au delà de tout ce que les alchimistes avaient connu. Ces agents atteignent des températures ignorées avant nous; ils communiquent à la matière en mouvement une activité et une force vive incomparablement plus grande que les opérations des anciens. Ils donnent à ces mouvements une direction, une polarisation, qui permettent d'accroître à coup sûr et dans un sens déterminé à l'avance l'intensité des forces présidant aux métamorphoses.
Par là même, nous avons obtenu à la fois cette puissance sur la nature et cette richesse industrielle que les alchimistes avaient si longtemps rêvées, sans jamais pouvoir y atteindre. La Chimie et la Mécanique ont transformé le monde moderne. Nous métamor-
(1) Voir mon traité : Sur la force des matières explosives, t. II, p. 350 (1883).
point datent d’un siècle. Elles ont été répétées et diversifiées de mille façons, par des milliers d’expérimentateurs, sans avoir été jamais trouvées en défaut.
L'existence constatée d’une différence aussi radicale entre la transmutation des métaux, si longtemps espérée en vain, et la fabrication des corps composés, désormais réalisable par des méthodes certaines, jeta un jour soudain. C'était à cause de l'ignorance où l’on était resté à cet égard jusqu'à la fin du xvui siècle que la chimie n’avait pas réussi à se constituer comme science positive. La nouvelle notion démontra l’inanité des rêves des anciens opérateurs, inanité que leur impuissance à établir aucun fait réel de transmutation avait déjà fait soupçonner depuis longtemps. Chez les alchimistes grecs, les plus anciens de tous, le doute n'apparaît pas encore ; mais le scepticisme existe déjà du temps de Geber, qui consacre plusieurs chapitres à le réfuter en forme. Depuis, ce scepticisme avait toujours grandi, et les bons esprits en étaient arrivés, même avant Lavoisier, à nier la transmutation; non en vertu de principes abstraits, mais en tant que fait d'expérience effective et réalisable.
$ 4. — L’Unité de la matière. — Les multiples de l'hydrogène et les éléments polymères.
Assurément, cette notion de l'existence définitive et immuable de soixante-six éléments distincts, tels que nous les admettons aujourd’hui, ne serait jamais venue
petite variation. La combinaison ne s'opère donc pas suivant une progression continue, inais suivant des rapoorts entiers, multiples les uns des autres, et qui varient par sauts brusques. De là, pour chaque élément, l’idée d’une molécule déterminée, caractérisée par son poids, et peut-être aussi par sa forme géométrique. Cette molécule demeurant indestructible, au moins dans toutes les expériences accomplies jusqu'ici, elle a pu être regardée comme identique avec l’atome de Démocrite et d’Epicure. Telle est la base de la théorie atomique de notre temps. |
Ainsi chaque corps simple serait constitué par un atome spécial, par une certaine particule matérielle insécable. Les forces physiques, aussi bien que Îles forces chimiques, ne sauraient faire éprouver à cet atome que des mouvements d'ensemble, sans possibilité de vibrations internes; celles-ci ne pouvant exister que dans un système formé de plusieurs parties. Ïl en résulte encore qu’il ne peut y avoir dans l’intérieur d’un atome indivisible aucune réserve d'énergie immanente.
Telles sont les conséquences rigoureuses de la théorie atomique. Je me borne à les exposer et je n'ai pas à discuter ici si ces conséquences ne dépassent pas les prémisses, les faits positifs qui leur servent de base; c'est-à-dire si les faits autorisent à conclure non seulement à l'existence de certaines masses moléculaires déterminées, caractéristiques des corps simples, et que tous les chimistes admettent; mais aussi à attribuer à ces molécules le nom et les propriétés des atomes absolus, comme le font un certain nombre de savants.
Ces réserves sont d'autant plus opportunes que les
de prendre le poids même de l’un de nos éléments, celui de l'hydrogène, comme unité; dans la supposition que les poids atomiques de tous les autres corps simples en étaient des multiples. Cette hypothèse, embrassée et soutenue pendant quelque temps par M. Dumas, réduit toute la théorie à une extrême simplicité. En effet, tous les corps simples seraient dès lors constitués par les arrangements divers de l’atome du plus léger d’entre eux. Malheureusement, elle n’a pas résisté au contrôle expérimental, c'est-àdire à la détermination exacte, par analyse et par, synthèse, des poids atomiques vrais de nos corps simples. Cette détermination a fourni, à côté de quelques poids atomiques à peu près identiques avec les multiples de l'hydrogène, une multitude d'autres nombres intermédiaires.
Mais dans les conceptions théoriques, pas plus que dans la vie pratique, l’homme ne renonce pas facilement à ses espérances. Pour soutenir la supposition de Prout, ses partisans ont essayé d’abord de réduire à moitié, puis au quart, l’unité fondamentale.
Or, à ce terme, une objection se présente : c’est que les vérifications concluantes deviennent impossibles. Ea effet, nos expériences n'ont pas, quoi que nous fassions, une précision absolue; et il est clair que toute conjecture numérique serait acceptable, si l’on plaçait l'unité commune des poids atomiques au delà de la limite des erreurs que nous ne pouvons éviter.
Ce n’est pas tout d’ailleurs; le fond même du système est atteint par cette supposition. La réduction du nombre fondamental, au-dessous d’une unité
$ 5. — Les éléments isomères et polymères.
Il existe en réalité certains éléments, comparables entre eux, et qui possèdent en même temps des poids atomiques identiques. Tels sont le cobalt et le nickel, par exemple. Ces deux métaux sont semblables par la plupart de leurs propriétés et ils produisent deux séries de composés parallèles, en s’unissant avec les autres éléments. Or ici interviennent de nouvelles et plus puissantes analogies. En effet un tel parallélisme dans les réactions de deux corps et dans celles de leurs composés, joint à l'identité de leurs poids atomiques, n'est pas sans exemple dans la science : en particulier, 1l n’est pas rare de Île rencontrer dans l'étude des principes organiques, tels que les carbures d'hydrogène, les essences de térébenthine et de citron, par exemple; ou bien encore les acides tartrique et paratartrique. Ces deux essences, ces deux acides sont formés des mêmes éléments, unis dans les mêmes proportions et avec la même condensation, mais pourtant avec un arrangement différent. En outre, les deux carbures, les deux acides sont susceptibles d’engendrer des combinaisons parallèles : c’est là ce que nous appellons des corps isomères. Or le nickel et le cobalt se comportent précisément de la même manière. Il est certainement étrange de trouver un semblable rapprochement entre des principes composés, tels que des carbures ou les acides, et ces deux métaux, ces
binaisons parallèles avec l’hydrogène, avec les métaux et même avec l'oxygène et la plupart des autres éléments. Or, l’analogie chimique de ces éléments se retrouve dans la comparaison numérique de leurs poids atomiques : le poids atomique du soufre est sensiblement double de l'oxygène; celui du sélénium en est presque quintuple, et celui du tellure est huit fois aussi considérable que celui de l'oxygène, c’est-à-dire quadruple de celui du soufre.
Ici encore nous retrouvons des analogies remarquables dans l'étude des combinaisons des carbures d'hydrogène. Ces poids atomiques d'éléments multiples les uns des autres rappellent les corps polymères, c’està-dire les composés condensés de la chimie organique. On connaît en effet des carbures d'hydrogène, formés des mêmes éléments unis dans la même proportion relative, mais tels que leurs poids moléculaires et leurs densités gazeuses soient multiples les uns des autres. La benzine et l'acétylène, par exemple, sont des carbures d'hydrogène de cet ordre : ils sont formés tous deux par l'association d’une partie en poids d'hydrogène avec six parties de carbone. Mais la vapeur de la benzine, sous le même volume, est trois fois aussi lourde que celle de l’acétylène. Ce n’est pas tout : la benzine dérive de l'acétylène, par une condensation directe : elle en est le polymère. Réciproquement, nous savons transformer par expérience ces composés polymères dans un sens inverse, revenir du carbure condensé à son générateur; nous savons transformer notamment la benzine en acétylène, par la chaleur et par l'électricité.
Cette ressemblance entre les carbures polymères et
même variation de température, sur les carbures d’hydrogène, croît proportionnellement à leur poids moléculaire. Pour la benzine gazeuse, par exemple, il faut trois fois autant de chaleur que pour l’acétylène, pris sous le même volume. Or, le contraire arrive pour les corps simples multiples les uns des autres : lorsqu'on les prend sous le même volume gazeux, ou plus généralement sous leurs poids moléculaires respectifs, la quantité de chaleur qui produit une même variation de température dans les corps simples véritables demeure exactement la même. Par exemple, un litre d'hydrogène et un litre d'azote absorbent la même quantité de chaleur : identité d'autant plus frappante que le poids du second gaz est quatorze fois aussi considérable que celui du premier. Le travail de la chaleur est donc bien différent dans les deux cas, suivant qu’il s’agit des corps simples et des corps composés, et il établit une diversité essentielle entre les vrais éléments chimiques, tels que nous les connaissons aujourd’hui, et les polymères effectifs, c’est-à-dire les corps obtenus par la condensation expérimentale d’un même radical composé. Assurément il y a là quelque chose d’un ordre tout particulier; il existe une propriété fondamentale, tenant à la constitution mécanique des dernières particules des corps, qui différencie nos éléments présents des corps composés proprement dits : c’est là une distinction dont nous n'avons pas encore sondé toute la profondeur.
Or, les poids moléculaires, c’est-à-dire les condensations de matière sous la forme gazeuse, vont en croissant de l’un à l’autre de ces trois éléments. En effet leurs équivalents ou poids atomiques respectifs, poids proportionnels aux condensations gazeuses, sont égaux à 35, 5 pour le chlore, à 80 pour le brome, à 127 pour l'iode. Non seulement les poids croissent ainsi par degrés ; mais ces degrés offrent une certaine régularité : l'équivalent ou poids atomique du brome étant à peu peu près la moyenne entre ceux du chlore et de l’iode. Le groupe entier constitue ce que l’on a appelé une triade.
Des remarques analogues ont été faites pour d’autres groupes d'éléments : par exemple, pour la famille des sulfuroïdes, constituée par l'oxygène, le soufre, le sélénium et le tellure, éléments dont les équivalents ou poids atomiques sont à peu près multiples d’une même unité. Ces éléments s'unissent avec l'hydrogène, en formant des composés gazeux, composés acides pour les trois derniers, et, dans tous les cas, renfermant leur propre volume d'hydrogène. Ces éléments se combinent pareillement aux métaux.
Le groupe formé par l'azote, le phosphore, l’arsenic et l’antimoine constitue une troisième famille, non moins caractérisée, celle des azotoïdes, dont les composés hydrogénés sont aussi des gaz, mais contiennent une fois et demie leur volume d’hydrogène. Les poids atomiques croissent aussi suivant une progression régulière.
C’est ainsi que l’on a été conduit à une véritable classification, asssemblant les corps simples suivant des
ment acquis. L'histoire des sciences prouve que l’esprit humain, une fois qu’il accepte l’à peu près comme une démonstration, dans les théories positives des phé-
nomènes naturels et surtout dans les combinaisons numériques, dérive bien vite vers les fantaisies arbitraires de l'imagination.
$ 7. — Les séries périodiques.
Un pas de plus a été franchi dans cette voie; une tentative hardie, touchant peut-être à la chimère, a été faite pour construire des séries numériques, qui comprennent tous les corps simples actuels dans leur réseau et qui prétendent même embrasser tous les corps simples susceptibles d'être découverts dans l'avenir. Je veux parler des séries périodiques parallèles, ou pour employer un langage plus franc et plus précis, des progressions arithmétiques, suivant les-, quelles M. Chancourtois d’abord, puis MM. Newlands, Lothar Meyer et Mendeleef ont cherché de nos jours à grouper tous les nombres qui expriment les poids atomiques de nos éléments, ou des corps prétendus tels.
C'est encore par l'étude des séries de la chimie organique que l'on a été conduit à de telles progressions arithmétiques. La chimie organique, en effet, est coordonnée autour d’un certain nombre de grandes séries de corps, liés les uns aux autres dans chaque série par des lois précises; je dis liés non seulement
loïdes, comme les carbures d'hydrogène. Il y a pourtant cette différence, que les groupes des carbures d'hydrogène sont construits a posteriori et d’après les expériences synthétiques et positives de la chimie organique; tandis que les nouveaux groupes d'éléments minéraux sont formés a prior…t et par voie purement hypothétique.
Quoiqu'il en soit, une sorte de table à deux entrées a été construite : elle comprend tous nos éléments connus, classés selon certaines progressions arithmétiques. Les familles naturelles des éléments, telles qu’elles ont été définies plus haut, font la base de cette classification.
Rappelons d'abord la famille des chloroïdes : elle comprend le chlore, le brome, l’iode, auxquels on a adjoint le fluor, premier terme un peu divergent. En fait, les différences numériques entre les poids atomiques de ces quatre éléments sont représentées par les chiffres suivants : 16, 5; 44, 5 et 47. Ces trois différences constituent à peu près une progression, dont la raison serait le nombre 16, ou bien le nombre 15.
De même la famille des sulfuroïdes, laquelle comprend l'oxygène, le soufre, le sélénium et le tellure, offre les trois différences que voici entre les poids atomiques de ses termes successifs : 16; 47, 6; 47, 8; nombres à très peu près multiples de 16 : c'est la même raison que tout à l’heure.
Le lithium, représenté par 7, le sodium par 23, le potassium par 30,1, forment un troisième groupe d'éléments, tous éléments métalliques cette fois : on
Ces quatre séries, caractérisées par les rapports de lcurs combinaisons, embrassent une multitude de composés connus. Elles rappellent certains groupes généraux de carbures d'hydrogène. En effet, les uns de ceux-ci, tels que l’éthylène, pris sous la forme gazeuse, sont susceptibles de se combiner avec un volume égal d'hydrogène, de chlore et des autres éléments. D’autres carbures, tels que l’acétylène, sont aptes à se combiner de préférence avec un volume gazeux d’hydrogène, de chlore, etc., double du leur. D’autres carbures s'unissent avec un volume triple, ou quadruple des gaz élémentaires et spécialement d'hydrogène, etc. Or, si l’on compare entre eux les carbures d’hydrogène monovalents, bivalents, trivalents, on reconnaît qu'on peut les grouper d’une facon très simple, en les rangeant par classes telles, que dans une classe de carbures renfermant le même nombre d’atomes de carbone, les carbures consécutifs diffèrent les uns des autres par deux équivalents d'hydrogène et, par conséquent, par des poids atomiques croissant de 2 en 2 unités. Cette différence constante entre les termes primordiaux des diverses séries se retrouve nécessairement entre les termes suivants, c'est-à-dire entre les termes des séries homologues comparés entre eux. Les carbures les plus légers par leur. poids atomique, dans chaque classe renfermant un nombre donné d'atomes de carbone, sont en même temps les moins saturés, ceux dont la valence est la plus considérable; car la valence croit proportionnellement au nombre d’atomes d'hydrogène unis avec une même quantité de carbone. Ces rapprochements numériques, cette clas-
croissent comme les multiples de 16, et qui est applicable aux corps particuliers compris dans chacune des familles ; et, d'autre part, la petite progression, croissant suivant les multiples de 2, et qui est applicable aux familles elles-mêmes, comparées entre elles dans leurs termes correspondants. En combinant ces deux progressions, on construit un tableau théorique, qui renferme l'ensemble des poids atomiques des corps simples, répartis sur la série des nombres entiers, jusqu’à la limite des poids atomiques les plus élevés. Tel est le système : je l’ai présenté dans son ensemble, avec les artifices ingénieux de ses arrangements. Cependant, en réalité, les poids atomiques des éléments des quatre familles fondamendales, comprenant environ quinze éléments, sont les seuls qui se trouvent coordonnés suivant des relations tout à fait vraisemblables. On peut disposer encore de même certaines séries de métaux, telles que le groupe formé par le lithium, le sodium, le potassium. Cela fait, il restait plus de la moitié des éléments connus, qui demeuraient en dehors de tout rapprochement précis. Les auteurs du système n'ont pas hésité à les grouper aussi, de façon à les ranger, chacun à sa place, dans leur tableau. Mais il est facile pour tout esprit non prévenu de reconnaître que ce dernier groupement repose sur des comparaisons purement numériques, et qui sont loin d’avoir la même solidité que les précédentes, si même elles ne sont tout à fait arbitraires. Quoi qu'il en soit, les rapprochements que le système des séries périodiques opère ne se bornent pas là. On sait en effet qu’il existe entre les poids atomiques des
grande à des cadres si élastiques; on doit surtout se garder de leur attribuer les découvertes passées ou futures, auxquelles ils ne conduisent point en réalité d'une manière précise et nécessaire.
En fait et pour être sincères, nous devons dire qu’en dehors des anciennes familles naturelles d'éléments, reconnues depuis longtemps, ce ne sont guère là que des assemblages artificiels. Le système des séries périodiques, pas plus que le système des multiples de l'hydrogène, n’a fourni jusqu'ici aucune règle certaine et définie pour découvrir soit les corps simples trouvés dans ces dernières années, soit ceux que nous ne connaissons pas encore. Aucun de ces systèmes n’a fourni davantage une méthode positive, qui permette d’entrevoir, même de très loin, la formation synthétique de nos éléments; ou qui mette sur la voie des expériences par lesquelles on pourrait essayer d'y atteindre. De grandes illusions se sont élevées à cet égard.
Ce n'est pas que de tels systèmes ne soient utiles dans la science; ils servent à exciter et à soutenir l'imagination des chercheurs. Ceux-ci se résignent difficilement à rester sur le pur terrain expérimental et ils sont poussés dans la région des constructions et des théories, par ce besoin d'unité et de causalité, inhérent à l'esprit humain. Aussi serait-il trop dur, et inutile d’ailleurs, de vouloir proscrire toute tentative de ce genre. Mais, quelle que soit la séduction exercée par ces rêves, il faudrait se garder d'y voir les lois fondamentales de notre science et la base de sa certitude, sous peine de retomber dans un enthousiasme mystique pareil à celui des alchimistes.
chloroïdes ou celle des sulfuroïdes, par exemple. En effet, le soufre, le sélénium ne reproduisent jamais les mêmes composés, en s’unissant avec l'oxygène, l'hydrogène ou l'azote; et ils ne peuvent être régénérés par les condensations du plus simple d’entre eux. Tandis que toutes les formes du carbone, quelle qu’en soit la variété, représentent réellement les états inégalement condensés d’un même élément (1): toutes ces formes dérivent du carbone gazeux, état primordial, le moins condensé de tous, et dont l’analyse spectrale révèle l’existence momentanée à une très haute température (2). Cependant, peut-être est-ce là une simple différence de degré dans la facilité des métamorphoses. En somme, le carbone, envisagé sous ses états et ses degrés de condensation, équivaut à lui seul à une classe entière de corps simples. L’oxygène, le soufre, le sélénium, le tellure pourraient représenter au même titre, les états divers d'un élément commun. Il y a plus : l'ozone, corps doué de propriétés spécifiques très singulières et comparables à celles d’un véritable élément, a été réellement formé au moyen de l'oxygène : son existence autorise jusqu’à un certain point les conjectures précédentes.
Peut être en est-il aussi de même de certains groupes de métaux : chacun d’eux répondant par lui-même et par la série particulière de ses combinaisons à quelqu’un de ces états du carbone, qui engendrent des sérics correspondantes de dérivés. Il y a cette différence toute-
(1) «{nnales de Chimic et de Physique, 4° série, t. IX, p. 476 et suiv. (2) Voir mes Mémoires sur les états du carbone : Annales de Chimie et de Physique, 4° série, t. XIX, p. 307 et 308, 413, 427.
ceptible d'un certain nombre d'états d'équilibre stable, en dehors desquels elle ne saurait se manifester. L'ensemble de ces états stables renfermerait les corps simples aujourd’hui connus, les corps simples que l’on pourra découvrir un jour, et même former synthétiquement; en supposant que l’on arrive jamais à en découvrir la loi génératrice. Mais on a toujours raisonné en assimilant ces états multiples d'équilibre de la matière à nos corps composés actuels, formés par l'addition d’éléments plus simples.
Or, on peut concevoir les choses tout autrement. Il est possible que les états divers d’équilibre, sous lesquels se manifeste la matière fondamentale, ne soient ni des édifices composés par l'addition d’éléments différents, n1 des édifices composés par l’addition d'éléments identiques, mais inégalement condensés. Il ne paraît pas nécessaire, en un mot, que tous ces édifices moléculaires représentent les multiples entiers d'un petit nombre d'unités pondérales élémentaires. On peut tout aussi bien imaginer que de tels édifices offrent, les uns par rapport aux autres, des relations génératrices d’un autre ordre : telles, par exemple, que les relations existant entre les symboles géométriques des diverses racines d’une équation; ou plus généralement, entre les valeurs multiples d’une même fonction, définie par l’analyse mathématique. La matière fondamentale représenterait alors la fonction génératrice, et les corps simples en seraient les valeurs déterminées.
Dans cette hypothèse, plus compréhensive que celles que l’on formule d'ordinaire sur la constitution de la
de ses manifestations ne puisse être regardée comme le point de départ nécessaire de toutes les autres, rappelle à quelques égards les idées des anciens alchimistes. Elle offrirait cet avantage d'établir une ligne de démarcation tranchée entre la constitution de nos éléments présents et celle de leurs combinaisons connues. Elle rendrait compte de la différence qui existe entre la chaleur spécifique des éléments actuels et celle des corps composés et carbures polymères (voir p. 297). Elle se concilierait d’ailleurs parfaitement avec les hypothèses dynamiques que l’on énonce aujourd’hui sur la constitution de la matière.
Les divers corps simples, en effet, pourraient être constitués tous par une même matière, distinguée seulement par la nature des mouvements qui les animent. La transmutation d’un élément ne serait alors autre chose que la transformation des mouvements qui répondent à l’existence de cet élément et qui lui communiquent ses propriétés particulières, dans les mouvements spécifiques correspondants à l'existence d’un autre élément. Or, si nous acceptons cette manière de voir, nous n’apercevons plus aucune relation nécessaire de multiplicité équivalente entre les nombres qui caractérisent le mouvement primitif et ceux qui caractérisent le mouvement transformé.
Cette conception, que j'ai développée devant la Société Chimique de Paris en 1863, ne recourt, en définitive, pour expliquer l'existence des éléments chimiques, qu’à celle de nos corps simples actuels et des corps du même ordre, ramenés en quelque sorte à la notion de matière première.
trables, sur lesquels roulent nos observations. C'est là aussi un symbole, une fiction destinée à satisfaire l'imagination. Les fluides électrique, magnétique, calorifique, lumineux, que l’on admettait au commencement de ce siècle comme supports de l'électricité, du magnétisme, de la chaleur et de la lumière, n’ont certes pas, aux yeux des physiciens de nos jours, plus de réalité que les quatre éléments, eau et terre, air et feu, inventés autrefois, au temps des Îoniens et au temps de Platon, pour correspondre à la liquidité et à la solidité, à la volatilité et à la combustion. Ces fluides supposés ont même eu dans l’histoire de la science une existence plus brève que les quatre éléments : ils ont disparu en moins d’un siècle et ils se sont réduits à un un seul, l’éther, auquel on attribue des propriétés imaginaires et parfois contradictoires. Mais déjà l’atome des chimistes, l’éther des physiciens semblent disparaître à leur tour, par suite des conceptions nouvelles qui tentent de tout expliquer par les seuls phénomènes du mouvement.
Toutes ces théories d’atomes, d'éléments, de fluides naissent d’une inclination invincible de l'esprit humain vers le dogmatisme. La plupart des hommes ne supportent pas de demeurer suspendus dans le doute et l'ignorance ; ils ont besoin de se forger des croyances, des systèmes absolus, en science comme en morale. Dans les matières où elle n’a pas réussi à établir des lois, c’est-à-dire des relations certaines et invariables entre les phénomènes, l'intelligence procède par analogies, et elle tourne dans un cercle d'imaginations abstraites qui ne varient guère. Assurément, je le ré-
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AXXNn (xpvsoypayux ywpis puaou).
Xpvcwots.
Al.
An.
Xpusoypagerx (1. xpuooypagta).
A ompou xarafapn,.
Apyvpov (1. Apyupou) ypuats.
Kasatrepou oxAnpuax.
Aonpou moumsts.
Pages. lL'itres.
Aommou moimots Acyurriou.
Ad.
An.
Xpuorou Grmhootç (1. Gixwats).
12 An.
An.
O aomuos ouros (l. outuc) apeouta (1. œpatoutat). Katæyos (l. xaroyoc) avrouons (1. xyrouonc).
Aveotç avyouons (l. «yyouonç).
Kartoos avyouons (L. «yxousnc).
Dapuaxa otunrixa.
Ilop (pupus) nounaic.
LLop? (was) Bapn-
13 An.