‹ Les origines de l'alchimeChapitre 31 sur 46 · RENE · texte numérisé non relu

RENE

ÉNIGME SIBYLLIN (voir P. 136)

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TEINTURE EN POURPRE D'APRÈS LE PSEUDO-DÉMOCRITE (voir PAGE 180)

Le fragment sur la teinture en pourpre attribué à Démocrite n’a rien de chimérique : c’est une description technique, positive et dont le sujet rappelle les assertions de Diogène Laerce et de Pétrone. En tous cas, ce fragment est ancien ; il nous donne des renseignements nouveaux sur les procédés employés par les anciens pour teindre en pourpre. On sait quelle lumière ont jetée sur cette question les travaux et les expériences de M. de Lacaze-Duthiers (1); mais il s'est occupé surtout de la pourpre animale tirée des Mollusques, tandis qu’il s’agit, dans notre fragment, de la pourpre d'origine végétale.

Les anciens, en effet, ont connu la pourpre végétale. Pline, Dioscoride et Pausanias parlent de la cochenille produite par un Ilex et font même mention de l'insecte qui la sécrète. Vitruve cite aussi la racine de garance. Les divers passages des auteurs anciens où la question est traitée ont été réunis et : discutés avec détail par le grand érudit Saumaise (2). Il a eu

(1) Mémoire Sur la pourpre, p. 1 à 84. (Annales des Sc. natur.. 4° série, Zoologie, t. XII.)

(2) Plinianæ Exercitationes, p. 805 à 817, et à la suite, dans : de Homony mis Hyles Tatricæ, de cocco tinctorio, p. 93,in-folio, 1680.

connaissance du fragment actuel, et il en a même cité quelques lignes, peut-être d’après un manuscrit différent des nôtres. Je me suis aidé de ses commentaires pour retoucher la dernière partie de la traduction qui suit. Ce fragment a été connu aussi de plusieurs autres érudits du xvue siècle. Boulanger, de Zmperatore et Imperio Romano, p. 618 et 619 (Lyon, 1618), l’a même imprimé, mais en deux morceaux séparés, disposés différemment et sous une forme qui laisse subsister plus d’une obscurité. (Voir À. Schmidt, Forschungen auf den Gebicte des Alterthum, p. 169; Berlin, 1842.) La publication complète de notre texte et la collation des divers manuscrits que je vais donner lèvera ces doutes. La traduction française m’a paru d’ailleurs utile pour compléter nos connaissances sur la teinture en pourpre des anciens.

Après avoir reconnu l'existence de ce texte et son intérêt, désirant donner plus d'autorité à ma publication, j'ai prié M. Omont, employé au département des manuscrits à la Bibliothèque nationale, de vouloir bien faire copier le texte original; il a eu l'extrême obligeance de s’en charger lui-même, ainsi que de la collation des textes des divers manuscrits. J'ai aussi comparé moi-même le texte du manuscrit de saint Marc. M. Omont ayant bien voulu faire un essai de traduction, je me suis borné à reviser cette dernière sur quelques points, et je réclame l'indulgence pour une œuvre étrangère à mes travaux habituels. Elle présente encore diverses obscurités, que les chimistes experts en teinture pourront éclaircir ou rectifier.

Voici le texte et la traduction littérale (1) :

(1) Democriti Physica et Mystica.

Mss. de Paris. .

A. — ms. grec 2.327, xve siècle, fol. 24vo-23. B. — » 2.325, xive OU Xi » » Bvo-gvo. C. — 2.275, XVe » » J7vo-8vo.

D. — » 2.326, XVE » » 1 et verso.

Le ms. À présente le texte le meilleur.

Mss. de Venise. M. — Saint Marc. x° ou xit siècle, fol. 66 v° et 67 v:.

vo. — 12. M. 6. — M. tv ävaloyiav Tv mpornv. — 13. M. morhaet. — 14. D. dnd nAüvov. — 15. M. lt. — M. véodapag. — M. tra era tauta. — 16. D. Gore. — M. 6gke roy Auxyäv. — 17. BC. M. Eger. — 18. M. cite nadiv Date, xal perk tata. — 19. D. omis évanobeGpzyuévors. — M. ivonobe- Gpaymévnv. — M. êv oùpw fuépus Ovo. — 20. M, dxepyopeva sioiv réôs, — 21. D. dyxououv, Awdixivnv. — xpiuvd. SAUMAISE. — C. Éyyovouv. — 22. M. moppôpros x mob dpi Yevôpievos. — 23. npotépuv. SAUMAISE. — 26. D. xal xoyyUliov. — BC. xai ro xoyx. bis reretitum. — M. repète xai vd xoykwxoyyülov ro AGuxdv. — D. ô. — 27. M. ô. — M. Goravn, xal rd tic dverrépas. — 29. M. ioateux.

« Mettant dans une livre de pourpre... posez sur le feu jusqu’à ébullition, puis, enlevant du feu la décoction, mettez le tout dans un vase, et retirant la pourpre, versez la décoction sur la pourpre et laissez tremper une nuit et un jour. Puis, prenant 4 livres de lichen marin (1}, versez de l’eau de façon qu’il y ait au-dessus du lichen quatre doigts d’eau, et qu’il puisse devenir épais; filtrez alors, faites chauffer et versez sur la laine. Mettez avec ce qui est le moins compact de façon à atteindre le jus au fond et laissez deux nuits et deux jours. Prenez ensuite et faites sécher à l'ombre, versez le jus, puis prenez le jus lui-même et dans deux livres de ce jus mettez de l’eau, de façon à reproduire la première quantité. Faites de même jusqu’à ce qu'il devienne épais, puis l'ayant filtré mettez la laine comme tout d’abord, et laissez une nuit et un jour. Prenez ensuite et rincez dans l'urine, puis séchez à l’ombre; prenez de l’orcanète (2), mettez 4 livres d’oseille et faites bouillir avec de l'urine jusqu’à ce que l’oseille soit réduite, et ayant clarifié l’eau mettez l'orcanète, faites cuire jusqu'à ce qu’elle soit épaissie et, ayant filtré à nouveau l’orcanète,

(1) ORSEILLE.

(2) Laccha. — Le mot orcanète est indiqué comme traduction commune pour les deux mots laccha et anchusa, par les dictionnaires. { Voir SAUMAISE.)

mettez la laine, puis lavez de nouveau avec l'urine et après cela avec de l’eau. Faites sécher de même à l'ombre, exposez aux vapeurs des algues marines trempées dans l’urine.

« Voici ce qui entre dans la préparation de la pourpre : l’algue qu'on appelle fausse pourpre, le coccus (1), la couleur marine (2), le crismos (Graminée?), l'orcanète (3), la garance d'Italie, le phyllanthion des plongeurs (4), le ver de pourpre (5), le rose d'Italie; ces couleurs sont estimées par nos prédécesseurs. Il ÿ en a qu’il faut éviter et qui sont de nulle valeur : la cochenille de Galatie, la couleur d’Achaïe, qu'on appelle laccha, celle de Syrie qu’on appelle rhizion (6) et le coquillage de Lybie, et la coquille d'Égypte de la région maritime, qu’on appelle pinna (7), et l'isatis (8) de la région supérieure, et la couleur de Syrie que l’on appelle murex. Ces couleurs (ne) sont (pas) solides, ni estimées parmi nous, excepté celle de l'isatis. »

(1) Sorte de cochenille.

(2) Onsæiice.

(3) Ancuusa.

{41 Probablement une gorte de fucus.

(5) Autre variété de cochenille. Les anciens en avaient fort bien observé l'insecte. {Voir SaumaisE.)

(6) Racine d’une sorte de garance ?

{7} Voir le Mémoire de M. de Lacaze-Durmers.

(8) PasrEL.

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MS. 2.327, FOL. 280 — LISTE DES MÉTAUX (v. P. 232)

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