‹ Les origines de l'alchimieChapitre 15 sur 86 · STE · texte numérisé non relu

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a dans tout ceci une attache rabbinique, et comme un premier indice des sources et des doctrines secrètes de la franc-maçonnerie au moyen âge.

Zosime parle également de Salomon, roi de Jérusalem, et de sa sagesse (r), ainsi que de la traduction de la Bible, de l’hébreu en grec et en égyptien (2), traduction qu’il attribue à un interprète unique. Ce dernier renseignement est fort ancien; car il diffère de celui qui avait cours au rv° siècle sur cette traduction, d’après le pseudo Aristée, et qui s’est maintenu dans les mots « version des Septante »; je veux dire le conte des soixante-dix vicillards, choisis comme interprètes des Écritures Saintes.

L'art sacré des Égyptiens et la puissance de l'or qui en résulte, écrit encore Zosime, n’ont été revélés qu'aux Juifs (3), par fraude, et ceux-ci l’ont fait connaître au reste du monde.

« Ne touche pas la pierre philosophale de tes mains ;tu n'es pas de notre race, tu n'es pas de Ja race d'Abraham » (4), dit Marie la Juive, l’un des auteurs fondamentaux de l’alchimie : plusieurs traités lui sont attribués, ainsi que l’invention du bain-marie.

Nous rencontrons ici ce mélange de fables hébraïques et orientales, qui caractérise les trois premiers siècles de notre ère. Il se manifeste plus clairement encore dans les origines gnostiques de l’alchimie,

(2) Ms. 2.240, fol, 98 ; Ms. de saint Marc, fol. 190, vo. (3) Μόνοις δὲ Ιουδαίοις ἐξέδωσαν λάθρα ταύτα ποιεῖν χαὶ ypapeiv, x παραδιδόναι ; Ms. 2.327, fol. 252, vo.

(4) Ms. de saint Marc, fol. 178; Ms. 2,327, fol. 214, vo.

dont nous parlerons bientôt. Observons d’ailleurs que le rôle favorable attribué aux Juifs est en opposition avec les préjugés de certaines sectes gnostiques. Mais par contre 1] s’accorde avec ce fait que le prophète gnostique Marcus était né en Palestine. En tout cas, un tel mélange nous reporte vers le second siècle de notre ère, au temps où l’autorité des livres des Juifs était invoquée et opposée à celle des auteurs helléniques, et où les chrétiens ne méprisaient pas encore les Juifs ; comme ils ne manquèrent pas de le faire, dès que leur religion fut devenue celle des em-

pereurs.

δά, — Sources Gnostiques.

L'étude des papyrus et des manuscrits conduit à. préciser davantage l’époque et le point de contact entre l’alchimie et les vieilles croyances de l'Égypte et de la Chaldée. En effet, ce contact coïncide avec Île contact même de ces croyances et de celles des chrétiens au πὸ et au mf siècle. Les premiers alchimistes étaient gnostiques.

D’après Reuvens (1), lé papyrus n° 75 de Leide renferme un mélange de recettes magiques, alchimiques, et d'idées gnostiques ; ces dernières empruntées aux doctrines de Marcus (2).

(1) ττὸ Lettre à M. Letronne, p. 8 à ro.

(2) Monuments Egyptiens du musée de Leide publiés par Leemans, p. 85 (1846). Les mêmes : Livraison in-8°, publiée en 1839, p. 18 et 34.

Les auteurs de nos traités, Zosime, Synésius, Olympiodore, sont aussi tout remplis de noms et d'idées gnostiques. « Livre de vérité de Sophé l'Égyp- « tien : c’est ici l’œuvre divine du Seigneur des « Hébreux et des puissances Sabaoth. » Ce titre déjà cité reparaît deux fois : une fois seul (τὴ, une autre fois (2) suivi des mots : « Livre mystique de Zosime le Thébain. » On reconnaît l’analogue de l'Évangile de la Vérité et de la Pistis Sophia de Valentin, ainsi que la parenté de l’auteur avec les Juifs et avec les gnostiques. En effet les mots « Seigneur des Hébreux et Sabaoth » sont caractéristiques.

Quant au nom de Sophé l’'Egyptien, c’est une forme équivalente à celui de Souphis, c’est-à-dire du Chéops des Grecs. Le livre qui lui est ici attribué rappelle un passage d’Africanus, auteur du m° siècle de notre ère, qui a fait un abrégé de l'historien Manéthon, abrégé compilé plus tard par Eusèbe (3). « Le roi Souphis, dit Africanus, a écrit un livre sacré, que j'ai acheté en Egypte, comme une chose très précieuse » On vendait donc alors sous le nom du vieux roi des livres apocryphes, dont les auteurs réels étaient parfois nommés à la suite, comme dans le titre de notre ouvrage de Zosime.

Le Serpent ou Dragon qui se mord la queue (ouroboros) est plus significatif encore : c’est le

(2) Fol. 25r.

(3) Collection Didot, p. 548. 'Eusèbe a altéré ce passage, en substituant aux mots : j'ai acheté, etc; ceux-ci : livre que les Egyptiens regardent comme très précieux.

symbole de l’œuvre, qui n’a ni commencement ni fin (1). Dans les Papyrus de Leiïde (2), il est question d’un anneau magique, sur lequel ce serpent est tracé. Il est aussi figuré deux fois dans le manuscrit 2.327, en tête d’articles sans nom d’auteur, dessiné et colorié avec le plus grand soin, en deux et trois cercles concentriques, de couleurs différentes, et associé aux formules consacrées : « La nature se plaît dans la nature, etc. (3). » [l est pourvu de trois oreilles, qui figurent les trois vapeurs, et de quatre pieds, qui représentent les quatre corps ou métaux fondamentaux : Plomb, cuivre, étain. fer.

Les derniersdétails rappellent singulièrement la salamandre, animal mystérieux qui vit dans le feu, lequel apparaît déjà à Babylone (4) et en Égypte (5), et dont Aristote(6), Pline, Sénèque et les auteurs du siècle suivant rappellent souvent les propriétés mystérieuses. Il en est aussi question dans les papyrus de [,6146 (7) et

(1) Ms. 2.250, fol. 45 : Le Serpent Ouroboros dontle commencement est la fin et dont la fin est le commencement.

(2) REuvENS, 1re lettre, p. 24.

(3) Ms. 2.327, fol. 196 (trois cercles : rouge, jaune et vert) et fol. 279 (deux cercles rouge et vert),

(4) Ex ipsa quæ magi tradunt contra incendia, quoniam ignes sola animalium extinguat, si vera ferunt : Pine, 1. XXIX, ch. 1v, section 23.

(5) D'après Gessner (de Quadrup. oviparibus) c'était en Égypte le symbole d’un homme brülé, et il cite Horus (Horapollon) in Hieroglyphicis.

(6) Aristote, Hist. des animaux, 1. V, ch. x1x. — Αὕτη γὰρ ὥς φησὶ, διὰ τοῦ πυρὸς βαδίζουσα χατασόέννυσε τὸ πῦρ. — Galien accentue davantage le doute et rappelle des expériences positives : Ἢ σαλαμάνδρα μέχρι μὲν τινὸς ὑπὸ πυρὸς ουδέν πάσχει. Cependant il dit qu’à la fin elle est brûlée.— GaALIEN, sur les Mélanges, livre II; éd. de Kühn, I, 814, 1821.

(7) Quatrième livraison de la publication de M. Leemans, planche XII.

parmi les pierres gravées gnostiques de la collection de la Bibliothèque Nationale : elle jouait un certain rôle dans les formules magiques et médicales de ce temps.

A la suite de la figure du serpent, on lit dans le manuscrit 2.327 un exposé allégorique de l’œuvre : « Le dragon est le gardien du temple. Sacrifie-le, écorche-le, sépare la chair des os et tu trouveras ce que tu cherches. » Puis, viennent successivement l’homme d’airain, qui change de couleur et se transforme dans l’homme d’argent; ce dernier devient à son tour l’homme d’or (1). Zosime a reproduit tout cet exposé avec plus de développement (2). Les mêmes allégories se retrouvent ailleurs dans un texte anonyme (3), sous une forme qui semble plus ancienne : l’homme d’airain est plongé dans la source sacrée, il change non seulement de couleur (yswux), mais de COrPS (σωμα), c’est-à-dire de nature métallique, et il devient l’homme d’Asemon, puis l’homme d’or. L'argent est ici remplacé par l’asemon, c’est à dire par l'Electrum, alliage d’or et d’argent, qui figurait au nombre des vieux métaux Egyptiens (p. 49).

Remarquons encore ces allégories, où les métaux sont représentés comme des personnes, des hommes : c’est là probablement l’origine de l’homunculus du moyen âge ; la notion de la puissance créatrice des métaux et de celle de la vie s'étant confondues dans un même symbole.

Un autre traité de Zosime renferme une figure enigmatique, formée de trois cercles concentriques,

(1) Ms. 2.327, fol. τοῦ ; Ms. de saint Marc, fol. 94. (2) Ms, 2.327, fol. 86, v°.

(3) Ms. de saint Marc, fol. 137 ; ms. 2.327, fol. 110, v°

SOURCES GNOSTIQUES Gr

qui semblent les mêmes que ceux du serpent, et entre lesquels on lit ces paroles cabalistiques : « Un est le tout, par lui le tout, et pour lui le tout, et dans lui le tout. Le serpent est un; 1l a les deux symboles (le bien et le mal) et son poison (ou bien sa flèche), etc. » (1). Un peu plus loin vient la figure du Scorpion etune suite de signes magiques et astrologiques. Ces axiomes reparaissent, mais sans la figure, écrits à l’encre rouge au folio 88 du n° 2.327 (2) : probablement la figure existait ici dans le texte primitif; mais le copiste ne l'aura pas reproduite.

Dans le manuscrit de saint Marc, fol. 188, v°, et dans le manuscrit 2.240, fol. 06, sous le nom de CArysopée de Cléopätre, le même dessin se voit, plus compliqué et plus expressif. En effet, non seulement les trois cercles sont tracés, avec les mêmes axiomes mystiques; mais le centre est rempli par les trois signes de l'or, de l’argent et du mercure. Sur le côté droit s'étend un prolongement en forme de queue, aboutissant à une suite de signes magiques, qui se développent tout autour. Le système des trois cercles répond ici aux trois couleurs concentriques du serpent citées plus haut. Au dessous, on voit l’image même du serpent Ouroboros, avec l’axiome central : « Un le tout: » Le serpent, aussi bien que le système des cercles concentriques, est au fond l'emblème des mêmes idées que de l’œuf philosophique, symbole de l’univers (3) et symbole de l’alchimie.

1) Ms. 2.327, fol. 220 et fol. 80.

) Voir aussi le ms. 2,325, fol. 83.

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