‹ Les origines de l'alchimieChapitre 18 sur 86 · RENAN, VII · texte numérisé non relu

RENAN, VII

RMS: 2.327, fol 262:

PMs°3:.327, fol 256/et.fol: 103:

) ἘΠ Histoire des origines du christianisme, τ. VI, p. 130.

duré au delà du rv° siècle. C’est donc vers cet intervalle de temps que nous sommes ramenés d’une façon de plus en plus pressante par les textes alchimiques. Ceux-ci montrent qu’il existait dès l’origine une affinité secrète entre la Gnose, qui enseigne le sens véritable des théories philosophiques et religieuses, dissimulées sous le voile des symboles et des allégories, et la Chimie, qui poursuit la connaissance des propriétés cachées de la nature, et qui les représente, même de nos jours, par des signes à double et triple sens.

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CHAPTERE, IV

USQU'ICI nous avons exposé l’histoire des origines de l’alchimie, telle qu’elle résulte de l'étude des plus vieux monuments

de cette science, papyrus et manuscrits des bibliothèques Nous avons montré la concordance des renseignements tirés de ces deux sources, entre eux et avec les doctrines et les préjugés des premiers siècles de l’ère chrétienne. Cette concordance atteste que les traités manuscrits ont été composés à la même époque que les papyrus trouvés dans les tombeaux de Thèbes : vérification d’autant plus utile que les copies les plus anciennes que nous possédions de ces traités manuscrits ne remontent pas au delà du xi° siècle.

Non seulement les papyrus et les manuscrits des bibliothèques concordent ; mais les noms des dieux des hommes, des mois, des lieux, les allusions de tout genre, les idées et les théories exposées dans les manuscrits et dans les papyrus correspondent, avec

une singulière précision dans les détails, à ce que nous savons de l'Egypte grécisée des premiers siècles de l’ère chrétienne et du mélange étrange de doctrines philosophiques, religieuses, mystiques et magiques, qui caractérise les néoplatoniciens et les gnostiques. Nous établirons dans une autre partie de cet ouvrage une comparaison pareille entre les notions pratiques, consignées dans les papyrus et les manuscrits, et les faits connus aujourd’hui sur les industries égyptiennes relatives à la métallurgie, à la fabrication des verres et à la teinture des étoffes. Nos musées fournissent, à ces égards les témoignages les plus divers et les plus authentiques.

Tels sont les résultats obtenus par l’étude intrinséque des textes et des monuments anciens.

Il convient de contrôler les résultats de cette étude. en les rapprochant des faits et des indications positives que l’on trouve dans les auteurs et les historiens ordinaires.

Aucun de ceux-ci n’a parlé de l’alchimie avant l’ère chrétienne. La plus ancienne allusion que l’on puisse signaler à cet égard serait une phrase singulière de Dioscoride (1), médecin et botaniste grec : « Quelques-uns rapportent que le mercure est une partie constituante des métaux. » Dioscoride paraît contemporain de l’ère chrétienne; les manuscrits de cet auteur que nous possédons sont fort beaux, et

à à * \ > \ 5» “ (1) Dioscoride, V, r10."Evtor δὲ ἱστοροῦσιν χαὶ καθ᾿ ἑαυτὴν ἐν τοῖς

ἄλλοις Edo Our τὴν ὑδράρ y μετάλλοις εὑρίσχεσθαι τὴν ὑδράργυρον.

datés d’une façon précise : les deux principaux ont été transcrits au milieu du v® siècle (1).

On cite encore un passage de Pline l’Ancien (2), d’après lequel il existe un procédé pour fabriquer l'or au moyen de l’orpiment: Caligula, dit-il, fit calciner une quantité considérable d’orpiment pour en tirer de l’or : il réussit; mais le rendement fut si minime que la quantité d’or obtenue ne do. pas les frais de l’opération.

Invitaverat spes Caium principem avidissimum « auri, quamobrem jussit excoqui magnum auripig- « menti pondus, et plane fecit aurum excellens, sed ita « parvi ponderis, ut detrimentum sentiret. »

C’est évidemment la première tentative de transmutation, ou plutôt de préparation artificielle de l’or, que l’histoire nous ait transmise. Le fait en soi, tel que Pline le rapporte, n’a d’ailleurs rien que de vraisemblable : car il semble qu’il se soit agi ici d’une opération analogue à la coupellation, ayant pour but et pour résultat d’extraire l’or contenu dans certains sulfures métalliques, signalés par leur couleur comme pouvant en recéler. Extraction de l’or préexistant, ou fabrication de ce métal de toutes pièces, ce sont là deux idées tout à fait distinctes pour nous; mais elles se confondaient dans l'esprit des anciens opérateurs.

On rencontre, vers la même époque, un énoncé

(1) Voir l'édition de Sprengel, Leïpsick, 1829 ; Préface, p. xvur. Dans les papyrus de Leide (n° 66 de Reuvens), on trouve, à la suite des recettes alchimiques, divers extraits de Dioscoride ; mais la phrase ci-dessus y manque, d’après ce que M. Leemans a bien voulu

m'écrire.

(2) Livre XXXIIL, ch. 1v.

plus net dans Manilius, auteur d’un poème astrologique d’une langue excellente, et que les critiques s'accordent à regarder comme contemporain de Tibère. Au livre IV£, il développe en beaux vers les effets du feu : « la recherche des métaux cachés et des richesses enfouies, la calcination des veines de mineais, l’art de doubler la matière par un procédé certain, ainsi que les objets d’or et d'argent. » Quidquid in usus.

Ignis agit. Scrutari cæca metalla Depositas et opes, terræque exurere venas,

Materiamque manu certa duplicarier arte, Quiquid et argento fabricetur quidquid et auro.

Scaliger a cru ce passage interpolé, mais surtout à cause de sa signification : ce qui est un cercle vicieux. Il est conforme aux analogies historiques qu’un astrologue, tel que Manilius, ait eu une connaissance plus particulière de l’alchimie. D'ailleurs, l’idée de doubler l'or et l’argent (diplosis) était courante dès le n° οἵ le im siècles de notre ère, comme le montrent les papyrus de Leide (1), d'accord avec les manuscrits des Bibliothèques.

Venons aux personnes et aux industries chimiques.

Les plus vieux auteurs cités par les manuscrits alchimiques, Démocrite, Ostanès, figurent aussi comme magiciens etastrologues dans Columelle, dans Pline et dans les écrivains de l'antiquité. Le nom de l’alchimiste Pamménès se retrouve dans Tacite, comme celui d’un magicien (p. 46). L’astrologue égyptien Pétosiris, dont les traités sont associés à des ouvrages

(1) N° 66 de Reuvens. — Voir plus loin.

LES TÉMOIGNAGES HISTORIQUES Fa

alchimiques dans le manuscrit 2.410 de la Bibliothèque nationale, est cité par Pline, par Juvénal et déjà par Aristophane (1).

Sénèque rappelle également les connaissances pratiques de Démocrite sur l’art de colorer les verres, art congénère de l’art de colorer les métaux : « Il avait trouvé le moyen d’amollir l’ivoire, de changer le sable en émeraude par la cuisson et son procédé est encore suivi de nos jours. »

« Excidit porro vobis eumdem Democritum inve- « nisse quemadmodum ebur molliretur, quemadmo- « dum decoctus calculus in smaragdum converteretur, « quà hodie que cocturà inventi lapides in hoc utiles « colorantur. »

Sont-ce là des inventions authentiques du vieux philosophe? ou n’avons-nous pas affaire à des pseudonymes Egyptiens, peut-être même à ceux dont nous possédons les traités? Je reviendrai sur ce problème.

Pline parle pareillement des ouvrages où l’on enseignait l’art de teindre les émeraudes artificielles et autres pierres brillantes (2). C’étaient là des arts Egyptiens par excellence et les recettes de nos manuscrits concordent avec cette indication (9): τοὰ supposer, je le répète, qu’elles ne reproduisent pas exactement les procédés auxquels Pline faisait allusion.

Nous avons donné plus haut (p. 12) les passages où Tertullien parle, au mm siècle, des mystères des métaux et des pierres précieuses, révélés par les anges

1) Voir plus loin.

) Livre XXXVII, ch. Lxxv.

PMS2327, fol147.

rebelles, des secrets de l’or et de l’argent, rapprochés de ceux de la magie et de l’astrologie: il s’agit évidemment ici de l’alchimie. On trouve aussi dans le néoplatonicien Jamblique, un passage où la magie semble associée à l’art de composer les pierres précieuses (1), et de mélanger les produits des plantes. Les manuscrits alchimiques attribuent même à Jamblique deux procédés de transmutation (2).

Un texte plus explicite est celui des Chroniqueurs byzantins, d’après lesquels Dioclétien détruisit en Egypte les livres d’alchimie. Le fait est tout à fait conforme à la pratique du droit romain (p. 14); il est attesté par Jean d’Antioche, auteur qui a écrit au temps d’Héraclius (vn° siècle) et qui semble avoir copié sur ce point le chronographe égyptien Panodorus, contemporain d’Arcadius. Ce texte a été reproduit ensuite par Suidas et par plusieurs autres auteurs. Ces auteurs disent expressément que « Dioclétien fit brüler vers l’an 200, les anciens livres de chimie des Egyptiens relatifs à l’or et à l'argent, afin qu’ils ne pussent s'enrichir par cet art et en tirer la source de richesses qui leur permissent de se révolter contre les Romains » (3).

(1) Ἢ θεουργιχὴ τέχνη... συμπλέχει πολλάχις λίθους. — De mysteriis, section V, ch. xxu1.

(2) Ms. 2327, fol. 266 et 267.

᾿ \ \ » τἀ \ LU (3) Διοκλητιανὸς τὰ περὶ Χημίας ἀογύρου καὶ χρυσοῦ vois παλαιοῖς αὖὧν γεγράμμυιενα βίδλια διερευνησάμενος ἔχαυσε, πρὸς τὸ μηχέτι πλοῦτον τῶν γεγράμμιε ἰόλια διερευνησάμενος ἔχαυσε, πρὸς μη ὺ , 3 es LA , LA 4 Αἰγυπτίοις ἐχ τῆς τοιαύτης περιγίνεσθχι τέχνης, μήτε χρημάτων αὑτοὺς θαῤῥοῦντας περιουσίᾳ τοῦ λοιποῦ Ῥωμαίοις ἀνταίρειν. — JEAN Δ ΑΝΤΙΟΘΗΕ, dans les Extraits de Constantin Porphyrogénète, publiés par Valois, p. 834. — Suipas a reproduit textuellement ce passage.

M. A. Dumont, de l’Académie des Inscriptions, savant dont nous regrettons la perte récente, m'a signalé un texte tout pareil quant au fond, quoique distinct par les mots, qu’il a rencontré dans les Actes de Saint Procope (1). La rédaction actuelle de ces Actes semble du x° siècle; mais ils sont déjà cités au deuxième concile de Nicée (au commencement du vi siècle) et leur première rédaction remonterait, d’après Baronius, au temps de l’empereur Julien.

En tout cas, le passage précédent est étranger à l’histoire du Saint lui-même; il a été tiré de vieilles chroniques, que les amplificateurs successifs des actes de Saint Procope n’avaient pas intérêt à modifier.

Ces textes sont tout à fait conformes au passage de Zosime déjà cité (p. 22), d’après lequel le royaume d'Egypte était enrichi par l’alchimie. Il semble répondre à la destruction de certains traités, où la métallurgie positive, très cultivée dans la vieille Égypte, était associée à des recettes chimériques de transmutation : traités pareils à ceux qui figurent dans les papyrus de Leide et dans nos manuscrits. La concordance de tous ces faits, tirés de sources diverses, est frappante.

L’Alchimie était désignée à l’origine sous le nom de science sacrée, art divin et sacré (2), désignations qui

(1) Actes de saint Procope, Bollandistes, Julii, Il, 557, À. — Καὶ Ne? (6λ ΤῸΝ γε AS ΡῈ τὰ » / \ A Ce /

lui étaient communes avec la magie. Le nom même de l’Alchimie figure pour la première fois dans un traité astrologique de Julius Firmicus, écrivain du ve siècle de notre ère, dont la conformité générale avec Manilius est bien connue (1) : « Si c’est la maison de Mercure, elle donne l’astronomie; celle de Vénus annonce les chants et la joie; celle de Mars, les armes. celle de Jupiter, le culte divin et la science des lois; celle de Saturne, la science de l’alchimie. » L’adjonction de la préfixe αἱ est suspecte et dûe sans doute à un copiste; mais l'existence du nom même de la chimie dans Firmicus n’a pas été révoquée en doute. Le patronage de Saturne rappelle à la fois le plomb, qui lui est dédié, et Osiris, synonyme du plomb, et dont le tombeau était l’emblême de la chimie, d’après Olympiodore (p. 32). Julius Firmicus reproduit ailleurs l’un des axiomes favoris du pseudo-Démocrite et de ses commentateurs (2) : « La nature est vaincue par la nature ». Julius Firmicus nous reporte au temps de Zosime, ou plutôt de ses premiers successeurs.

Un texte très explicite se lit dans le Théophraste d’Enée de Gaza, dialogue relatif à la résurrection des morts, et qui constitue avec Pline et Manilius, en dehors des papyrus et des manuscrits alchimiques bien entendu, le plus ancien document précis, de date certaine, où il soit question de la transmutation des métaux. Énée de Gaza était un philosophe néoplatonicien du v* siècle, élève d’Hiéroclès, et qui se con-

(1) Juzius Firmicus, ΠῚ, 15, in nono loco.

(2) Natura alid à naturd vincitur, livre IV, ch. xvr.

vertit plus tard au christianisme. Après avoir exposé que le corps humain, formé par l'assemblage des quatre éléments (terre, eau, air, feu), les reproduit par sa décomposition, il reprend (1) la thèse platonicienne des idées, d’après laquelle : « La forme subsiste, tandis que la matière éprouve les changements, parce que celle-ci est faite pour prendre toutes les qualités. Soit une statue d'Achille en airain ; supposons-la détruite, et ses débris réduits en petits morceaux; si maintenant un artisan recueille cet airain, le purifie, et, par une science singulière, le change en or et lui donne la figure d'Achille, celui-ci sera en or au lieu d’être en airain ; mais ce sera pourtant Achille. Ainsi se comporte la matière du corps dépérissable et corruptible, qui par l’art du créateur devient pure et immortelle. » Ce passage pourrait être interprété comme une simple hypothèse philosophique; mais Énée de Gaza le précise, en disant un peu plus loin (2) : « Le changement de la matière en mieux n’a rien d’incroyable; c’est ainsi que les savants en l’art de la matière prennent de l’argent et de l’étain, en font disparaître l’apparence, colorent et changent la matière en or excellent. Avec le sable divisé et le natron dissoluble, on fabrique le verre, c’est-à-dire une chose nouvelle et brillante. »

C’est toujours la même association entre les diverses pratiques de la chimie du feu, relatives

(1) Æneæ Gazæi Theophrastus. Dialogue platonico-chrétien sur la résurrection des morts, 1635, édité par BARTHIUS, p. 71.

(2) Loco citato, p. 76. Le mot colorent est tiré de l'édition Bots- SONADE.

aux verres et aux métaux. Le mélange mystique des idées de transmutation et de résurrection se retrouve dans les traités des alchimistes grecs (1), aussi bien que dans Enée de Gaza. « Il faut dépouiller la matière de ses qualités pour arriver à la perfection, dit Stephanus; car le but de la philosophie, c’est la dissolution des corps (matériels) et la séparation de l’âme du corps » (2).

= Ala même époque, les chimistes apparaissent individuellement et sous leur dénomination véritable dans les chroniques. Le premier qui soit appelé de ce nomestun charlatan (3), Johannes Isthmeos, qui escroquait les orfèvres au temps de l’empereur AÂnastase et qui présenta à cet empereur un mors de cheval en or massif : « Tu ne me tromperas pas comme les autres, » repartit Anastase, et 1l le relégua, en l’an 504, dans la forteresse de Petra, où il mourut. Tous les chroniqueurs byzantins, Cedrenus, Jean Malala, auteurs du xt siècle, Théophane et d’autres encore, qui ont raconté l’histoire de cette époque, parlent du personnage à peu près dans les mêmes termes; sans doute en reproduisant un même texte original. Ce récit rappelle les proscriptions des Chaldéens sous les premiers empereurs. Johannes Isthmeos était l’ancêtre des alchimistes du moyen âge et de la Renaissance, qui ont fait tant de dupes en opérant devant les crédules la transmutation des métaux : entre les sectateurs des

(rx) Ms. 2.327, fol. 219.

(2) 42 Praxis, ms. 2327, fol. 50.— Physici et medici græci minores de Ideler, t, II, p. 215.

(3) CEDRENUS, p.

359, A.; voir aussi JEAN MaLALA, p. 395, 8, et THEOPHANE, p. 128, D.

LES TÉMOIGNAGES HISTORIQUES ἢ

sciences occultes, les charlatans et les escrocs, il ἃ toujours existé une étroite parenté.

L’alchimie, envisagée comme formant un corps de doctrines scientifiques, n’est pas citée dans les historiens anciens parvenus jusqu’à nous, du moins avant Jean d’Antioche, qui paraît avoir vécu au vu siècle. Nous avons reproduit son passage relatif à la destruction des ouvrages chimiques en Égypte par Dioclétien. Mais ce passage est tiré certainement de chroniqueurs plus anciens, probablement de Panodorus. On pourrait rappeler aussi Ostanès et Démocrite, nommés dans Pline et dans Columelle, à la vérité comme magiciens, plutôt que comme alchimistes explicitement désignés : les traités du dernier relatifs à la coloration du verre appartiennent bien à notre science. Au vi siècle, le polygraphe Georges le Syncelle connaît nos principaux auteurs et il raconte la prétendue initiation de Démocrite par Ostanès, Marie la Juive et Pamménès; il cite ses quatre lyresiSusnlor. larsent Mes prierresetelatpourpre, à peu près dans les mêmes termes que Synésius. Ce texte est extrait aussi de chroniqueurs antérieurs. D’après Scaliger (1), il aurait été écrit par le chronographe égyptien Panodorus, moine contemporain d’Arcadius et que le Syncelle cite avec les plus grands éloges (2); ceci nous ramène encore au temps de Synésius.

Georges le Syncelle reproduit aussi des extraits

(1) Eusebii Chronicon Animadversiones J. Scaligeri, p. 258. Lugduni Batavyorum, 1606.

(2) GEORGES LE SYNCELLE, p. 34 et 35, édition de Paris.

étendus de Zosime et de Synésius : or certains de ces mêmes extraits se lisent textuellement dans les manuscrits de nos bibliothèques. Le Syncelle et les auteurs qu’il a copiés avaient donc entre les mains les ouvrages mêmes qui sont arrivés jusqu’à nous. Photius, compilateur du 1x° siècle, cite également Zosime, ainsi qu'Olympiodore, dont il nous raconte la biographie. Suidas, au x° siècle, tient le même langage.

A la même époque nous pouvons invoquer une autorité d’un ordre tout différent, celle des Arabes. Dans le Xhitab-al-Fihrist, encyclopédie écrite vers l’an 235 de l’Hégire, c’est-a-dire vers l’an 850 de notre ère,on trouve plusieurs pages consacrées à la liste des auteurs alchimiques (p. 253 de l'édition de 1871). M. Leclerc (1) a cité ce texte et M. Derenbourg a eu l’obligeance de me le traduire verbalement. On y lit les noms d’un grand nombre d’auteurs : les uns perdus, les autres inscrits dans les manuscrits grecs que nous possédons, tels que Hermès, Agothodémon, Ostanès, Chymès, Cléopâtre, Marie, Stephanus, Sergius, Dioscorus, etc.

A partir de ce temps, nous trouvons chez les Byzantins, puis chez les Arabes et chez les Occidentaux, une chaîne non interrompue de témoignages historiques, relatifs à l’alchimie et aux gens qui l'ont cultivée. Nous touchons d’ailleurs à la date où ont été faites les copies des manuscrits que nous possédons et dont les plus anciens, celui de Saint-

{r) Histoire de la médecine arabe, t. I, p. 305.

Marc à Venise, par exemple, remontent au xi° siècle; c’est-à-dire qu'ils sont presque contemporains de Suidas.

Il résulte de cet ensemble de faits et de documents une filiation non interrompue de témoignages relatifs à l’alchimie et aux écrivains alchimiques,au moins depuis le rrr° siècle de notre ère; filiation qui ne le cède en valeur et en certitude à aucune de celles sur lesquelles repose l’autorité des ouvrages les plus authentiques de l'antiquité.

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