‹ Les origines de l'alchimieChapitre 20 sur 86 · fol.146 v°, au bas · texte numérisé non relu

fol.146 v°, au bas

oir aussi J'Appendice B.

) Sub.

5) Ms. 2.327, fol. Ta yo et fol. 270.

(8) Ms. 2.327, fol. 274 vo et fol. 288.

(o) Ms. 2.327, fol. 288 et v°; fol. 284 et v°.

relatifs à la même question, mais sans m'’autoriser à les reproduire in extenso. Aucun n’est identique à ceux des manuscrits qui portent le même titre. Le second procédé du papyrus paraît consister dans une dorure obtenue au moyen d’un alliage d’or et de plomb. On l’étendait à la surface du cuivre, puis on passait la pièce au feu à plusieurs reprises, jusqu’à ce que le plomb eut été détruit par une oxydation, à laquelle l’or résistait; comme l’auteur prend soin de l’indiquer. C’est donc un procédé de dorure sans mercure.

Viennent ensuite les sujets suivants : Décapage des objets de cuivre. Ramollissement du cuivre (1) Liniment (2) de cuivre.

Argent et Asemon. — Un certain nombre d’articles pratiques transcrits dans le papyrus se rapportent à l’argent proprement dit : purification de l’argent ; décapage des objets d’argent ; docimasie, c’està-dire essai de l’argent ; dorure de l’argent; coloration de l'argent (3) (en couleur d’or?) Le dernier sujet est traité aussi dans le manuscrit 2.327 (4).

Les suivants concernent l’alchimie proprement dite. Fabrication (5) de l’asemon (6). Le mot asemon était regardé au xvir siècle comme représentant l’argent sans marque, c’est-à-dire plus ou moins impur,

(5) Ποιησις ἀσημου. Voir le ms. 2.327, fol. 146. ; le ms. de saint

Marc, fol. 106.

(6) Voir aussi le ms. 2.327, fol. 29 vo et fol. 17.

renfermant du plomb, du cuivre ou de l’étain; en un mot tel qu'il se produit d'ordinaire à l’état brut dans la fonte des minerais. Mais d’après Lepsius, on peut rapprocher ce mot avec plus de vraisemblance du mot égyptien asem, qui exprime l’électrum, alliage d’or et d'argent. Quoiqu'il en soit, cet intitulé, fabrication de l’asemon, se retrouve fréquemment dans les manuscrits ; il est courant chez les alchimistes pour indiquer l’argent ou l’électrum produit par transmutation. On rencontre aussi la forme féminime ἀσημη.

Qbservons que le mot ποιησις affecté à la transmutation figure seul dans le papyrus; 11 semble donc plus ancien que les impressions χρυσοποια Εἴ ἀργυροποια, quoique celles-ci soient déjà employées par Synésius.

Le titre caractéristique : fabrication de l’asemon, reparaît une vingtaine de fois dans les articles du papyrus, sauf quelques variantes: telles que fabrication de l’asemon fondu; fabrication de l’asemon égyptien. On voit par là quelle importance la question avait pour les auteurs du papyrus.

La page photographiée que je possède, renferme notamment quatre de ces recettes, que l’on peut comparer avec celles des manuscrits des Bibliothèques : l’une prend l’étain comme point de départ ; une autre, le cuivre et peut être rapprochée d’un texte du manuscrit 2.327 (1); une autre emploie l’orichalque (laiton). L’étain, le mercure et le fer sont nommés dans la dernière. Dans les deux premières, on introduit pendant l'opération une certaine dose d’asemon,

(1) Ms, 2.327, fol. 146.

fabriqué à l’avance et destiné sans doute à jouer le rôle de ferment. La troisième recette se rapproche à plusieurs égards d’un procédé pour doubler l’argent au moyen de l’étain, donné dans le manuscrit 2.327 (1), procédé tiré, dit l’auteur de ce dernier manuscrit, d’un livre très saint. L’alun et le sel de Cappadoce figurent dans les deux textes, c’est-à-dire dans le papyrus comme dans notre manuscrit.

Un titre plus significatif encore est celui-ci : art de doubler (2) l’asemon, lequel reparaît deux fois; c’est encore le titre de plusieurs articles dans les manuscrits (3). On peut en rapprocher les suivants : trempe ou teinture (4) de l’asemon; on lit le même titre appliqué à l’or dans les manuscrits (5). Puis vient dans le papyrus la préparation du mélange ; et le titre singulier : masse de métal inépuisable (6), intercalé au milieu des procédés de fabrication de l’asemon. Citons enfin ceux-ci : affinage (ἢ) de l’asemon durci (7); essai de l’asemon; comment on atténue (8) l’asemon.

Or.— A ce métal se rapportent divers articles, dont la signification semble relative à certaines pratiques industrielles, telles que : coloration de l’or (0); fabrica- (1) Ms. 2.327, fol. 274, vo.

Voir le ms. 2.327, fol. 274, vo.

(7) Ιωσις pour εξιωσις.

(8) Αραιουται. Le mot ἀραιωσις appartient aussi à la langue des manuscrits. Il s’agit sans doute de pulvérisation ou de dissolution.

(9) Peut-être ce titre désigne-t-il aussi une opération de transmutation.

tion de l’or; préparations pour la soudure d’or. Cette dernière question est traitée aussi dans les manuscrits (1).

Ecriture en lettres d’or (2). Ce sujet est un de ceux qui préoccupaient le plus l’auteur du papyrus, car il reparaît douze fois. Il n’a pas moins d'importance pour les auteurs des traités des manuscrits des bibliothèques (3), qui y reviennent aussi à plusieurs reprises, Montfaucon et Fabricius ont publié plusieurs recettes tirées de ces derniers.

Docimasie de l'or; préparation de la liqueur d’or (4); dorure.

Les titres suivants sont relatifs à la transmutation : multiplication de l’or (5); fabrication de l’or, sujet fréquemment abordé dans les manuscrits (6) ; trempe (ou teinture) de l’or, question également traitée, dans les manuscrits (7); art de doubler l’or (plusieurs recettes) ; ce titre n’est pas rare dans les manuscrits (8).

Cet art de doubler l’or et de le multiplier, en formant des alliages à base d’or, alliages dont on pensait réaliser ensuite la transmutation totale par des tours de main convenables, analogues aux fermentations ; cet art, dis-je, constitue la base d’une multitude de recettes. C’est au doublement de l’or que se rappor-

(1) Voir ms. 2.327, fol. 281, vo et fol. 284. 2) Χρυσογραφια.

3) Par exemple ms. 2.327, fol. 283 vo et fol. 287 ve. )

6) Voir ms. 5.32 ἼΝΊΤΟΙ. 146, 232, 267.

7) Voir ms. 2.327, fol. 276.

8) Voir par exemple le ms. 2,327, fol. 267, vo.

\ ( ( (4) Χρυσιου uypou σχευασια.

tentolestesres de Manilius : (p..70)1et/d'Enée «de Gaza (p. 75).

Pourpre. — Dans le papyrus les préparations métalliques sont suivies, sans transition, par les recettes pour teindre en pourpre; ce qui montre 15 connexité qui existait entre ces deux ordres d’opérations, connexité attestée pareillement par le contenu du traité Physica et mystica, du pseudo-Démocrite (1). Il ne s’agit pas ici d’une simple comparaison entre l’éclat de la teinture en pourpre et celui de la teinture en or, mais d’un rapprochement plus intime, à la fois théorique et pratique. En effet la fabrication du pourpre de Cassius,au moyen de préparations d’or et d’étain, semble n'être pas étrangère à cette assimilation; ainsi que la coloration du verre en pourpre par les préparations d’or. Quoi qu’il en soit, nous trouvons dans le papyrus une série de préparations de pourpre, fondées sur l’emploi de l’orcanette et du murex, comme dans le pseudo-Démocrite. Quelques-unes de ces préparations sont reproduites dans la partie photographiée de la page 13 de ce papyrus, que je donne dans l’appendice B.

Mineraïs divers. — Enfin le papyrus se termine par divers extraits du traité de Dioscoride, attribués nominativement à leur auteur; extraits relatifs à l’arsenic, à la sandaraque, à la cadmie, à la soudure d’or, au minium de Sinope, au natron, au cinabre et au mercure: ce qui nous montre que ce traité servait dès lors de manuel aux opérations métallurgiques.

C’est en effet au moyen du texte de Dioscoride, des

(1) οἷ ms "20327 101. 24; τ:

ouvrages de Pline et des Commentaires de ces ouvrages que nous pouvons retrouver aujourd’hui le sens véritable des dénominations contenues dans les papyrus ; lesquelles sont transcrites avec les mêmes significations techniques dans nos manuscrits alchimiques. La concordance de ces divers textes est des plus précieuses pour en fixer le vrai caractère historique.

ἘΣΘ ΟΦ ΟΣ eee

GHAPIFRE" VI

$ 1. — Enumération des manuscrits.

ES manuscrits alchimiques les plus anciens sont écrits en grec; ils forment un groupe caractéristique à la Bibliothèque

nationale de Paris. Les plus vieux de ceux que nous possédons sont reliés aux armes de Henri I ; ils ont été apportés en France du temps de François I® (τ). à l’époque où ce roi faisait faire de grands achats de livres en Grèce et en Orient. Ceuxci ont été copiés au xv® siècle. D’autres datent du xvi* et du xvn*, et proviennent de bibliothèques privées, telle que celle du chancelier Séguier, réunies plus tard à la Bibliothèque nationale. Le premier dextous.\ le n° 2.325. 4estléerit sur papier de. coton avec un soin tout particulier. Il serait du χαμὸ siècle, d’après la table manuscrite qui le précède ; de la fin

(1) Bibliotheca Chemica de MAncer, t. I, p. 41.

du χης siècle (1), d’après Labbé et d’après Ameilhon:; du xiv‘, d’après M. Omont. Son contenu se retrouve entièrement, comme je l'ai vérifié, dans le manuscrit suivant, qui est beaucoup plus étendu.

Le n° 2.327 est le plus complet. Il porte sa date : 1478, et le nom du copiste, Pelekanos de Corfou; j'en donne une analyse développée dans l’Appendice.

Le n° 2.249 est du xvi° siècle. Il renferme divers traités, qui manquent dans le précédent; mais beaucoup d’autres y manquent. Il offre des variantes importantes, conformes d'ordinaire au texte du manuscrit de saint Marc. Il est interrompu à la fin.

Lésautres manuscrits, 2.326,2.520, 2.250 22517, 2.252, 2.275, ne renferment rien de caractéristique, qui n'existe déjà dans les deux types 2.327 et 2.240.

Des copies analogues existent dans la plupart des grandes Bibliothèques d'Europe (2), et il en est fait mention dans leurs catalogues imprimés. La Laurentienne (Florence), l’Ambroisienne (Milan), la Bibliothèque de Gotha, celles de saint Marc, de Vienne, du Vatican, les contenaient au siècle dernier, à l’époque où ces catalogues furent publiés, et elles les contiennent probablement encore. La plupart ont été écrits, comme les nôtres, aux xv° et xvi° siècles.

Je signalerai à part le manuscrit de saint Marc, le plus beau et le plus ancien que je connaisse. Le gouvernement italien a bien voulu me prêter ce

(1) Catalogue imprimé des manuscrits grecs de la Bibliothèque

royale.

(2) Fasriqus. Bibliotheca græca,t. XII, p. 747-751. Édition de 1724. Les éditions suivantes sont plus abrégées, en ce qui concerne l’alchi-

mie.

manuscrit capital, que J'ai étudié et comparé avec ceux de la Bibliothèque nationale de Paris. D’après la table imprimée qui la précède, il remonte au x1° siècle. La comparaison de son écriture avec les fac-similés de paléographie confirme cette attribution ; elle tendrait même à la reculer un peu davantage. En effet l'écriture en est toute pareille à celle d’un texte publié dans l'Anleitung τ Grieschischen Palæographie von Watienbach (1877), comme type du x° siècle (1). On peut aussi en rapprocher, bien que la ressemblance soit moindre, un type du x1° siècle (2). Le manuscrit de saint Marc contient d’ailleurs les mêmes ouvrages que les autres.

Leo Allatius, bibliothécaire du Vatican, avait annoncé au xvir siècle qu’il se proposait de faire une publication régulière de ces manuscrits. Mais il n’a pas tenu sa promesse et elle n’a été accomplie depuis par personne dans son ensemble; quoique des portions importantes aient été imprimées et traduites en latin à diverses époques. L’obscurité du sujet et le caractère équivoque de l’alchimie ont sans doute rebuté les éditeurs et les commentateurs. Cependant l'étude méthodique de ces manuscrits et la publication de certains d’entre eux ne serait pas sans intérêt, au point de vue de l’histoire de la chimie, de la technologie du moyen âge, et même à celui de l’histoire des idées régnant en Egypte vers [65 m° et rv° siècle de notre ère. On en tirerait quelque lumière sur les doctrines des derniers néoplatoniciens et des gnostiques, ainsi que

(1) Ex Codice Palatino n° 398, fol. 191, Meleagrides. God” Palatns.252

SJ

οὗ LES ORIGINES DE L’ALCHIMIE

certains renseignements sur les vieilles écoles grecques : renseignements d’autant plus précieux, que les auteurs de quelques-uns de ces écrits, Olympiodore, par exemple, paraissent avoir eu entre les mains des ouvrages aujourd’hui perdus, tirés de la bibliothèque d'Alexandrie, ou plutôt des débris qui en subsistaient encore peu de temps avant la destruction de cette bibliothèque; je parle de la destruction contemporaine de celle du Sérapeum par Théophile, patriarche d'Alexandrie.

$ 2. — Date et filiation des ouvrages contenus dans les manuscrits alchimiques.

La date des divers ouvrages contenus dans les manuscrits varie ; elle peut être recherchée et souvent assignée, d’après leur contenu et d’après les citations des auteurs bysantins.

Plusieurs écrits sont païens et dus à des contemporains de Jamblique et de Porphyre. Tels sont les opuscules attribués à Hermès, à Agathodémon, à Africanus, à Jamblique lui-même. La lettre d’Isis à son fils Horus et le serment invoquant les divinités du Tartare, portent le même caractère (page 25). Une citation du « précepte de l’empereur Julien », personnage si rarement invoqué plus tard, laquelle est donnée au manuscrit 2.327 (fol. 242), se rapporte aussi à cet ordre de traditions.

Peut-être même quelques-uns des ouvrages alchi-

miques que nous possédons sont-ils contemporains des débuts de l’ère chrétienne. Il en serait ainsi assurément, si l’on admettait l'identité du pseudo-Démocrite, nommé dans nos manuscrits et dans les papyrus, avec Bolus de Mendès, personnage signalé par Pline et par Columelle comme ayant composé certains traités attribués plus tard à Démocrite. Les Physica et mystica de nos manuscrits ont pu aussi faire partie des œuvres magiques du pseudo-Démocrite cité par Pline: lequel ; je le repète, semble n'être autre que Bolus de Mendès, ou quelqu'un de son temps. Les traités relatifs aux vitrifications colorées et aux émeraudes artificielles que nous possédons dérivent de quelque compilation aux traités analogues dont parlent Pline et Sénèque.

Certaines recettes anonymes d’alliages et de pierres précieuses artificielles pourraient être plus anciennes encore, s’il est vrai qu’elles aient été copiées sur les stèles (1) et sur les papyrus des sanctuaires.

Cependant la plupart des auteurs alchimiques sont chrétiens.

Zosime, par exemple, écrivait en Égypte vers le mme siècle, au temps de Clément d'Alexandrie et de Tertullien, c’est-à-dire au temps des gnostiques, dont il partage les croyances et les imaginations; ce que font aussi les papyrus de Leide, qui remontent vers la même époque.

Synésius et Olympiodore appartiennent à la fin du iv* et au commencement du ve.

Le Philosophe Chrétien peut être regardé comme

(1) Voir pag. 20.

intermédiaire entre ceux-ci et Stéphanus, d’après le contenu de ses ouvrages : tandis que l’'Anonyme serait à peu près du même temps que le dernier auteur. Certaines parties d’ailleurs, telles que les écrits de l’Anonyme et les Chapitres de Zosime à Théodore ne sont pas des œuvres complètes et originales : elles offrent le caractère de ces extraits et sommaires, que les polygraphes byzantins avaient coutume de faire et qui nous ont conservé tant de débris des historiens, des orateurs et des poètes anciens.

Stéphanus est un personnage historique, qui a laissé des ouvrages de médecine et d’astrologie, en même temps que d’alchimie. Or il copie textuellement Olympiodore, Synésius et il commente le pseudo-Démocrite. Ces auteurs l’ont donc précédé. Olympiodore lui-même reproduit, textuellement aussi, Synésius, et Synésius commente le faux Démocrite.

Ainsi il existe une filiation non interrompue depuis le v®° siecle de l’ère chrétienne, entre les divers ouvrages qui figurent dans nos manuscrits. Cette filiation a été admise comme incontestable par tous les érudits qui ont eu connaissance de ces manuscrits depuis le xvn® siècle et elle est confirmée, quant aux écrits les plus anciens, par la découverte des papyrus de Leide.

Presque tous ces écrivains sont antérieurs aux Arabes. Plusieurs d’entre eux sont cités, parfois sans changement, par Georges le Syncelle au vint siècle, par Photius, au ix° siècle, et par les polygraphes byzantins des x° et ΧΙ" siècles, Suidas par exemple.

Le ÆKilab-al-Fihrist, ouvrage arabe écrit vers

l'an S50, nomme également nos écrivains. Ils sont donc antérieurs à Geber, le grand maître des Arabes au 1x° siècle. Celui-ci représente d’ailleurs dans ses livres authentiques une science plus méthodique, plus avancée et par conséquent postérieure à celle des alchimistes grecs.

Après ces auteurs, appelés les philosophes œcuméniques, l’alchimie a été exposée par des moines byzantins, tels que Cosmas, Psellus et Nicéphore Blemmydas, d'une époque plus récente.

On peut préciser jusqu’à un certain point l’époque où ces écrits ont été rassemblés en un corps encyclopédique, en remarquant que ce corps est antérieur à une tradition mythique fort accréditée au moyen âge, et dont Jean Malala et Suidas nous parlent dès le x° siècle : je veux dire la tradition qui identifie la recherche fabuleuse de la toison d’or par les Argonautes avec celle d’un prétendu livre alchimique (r), écrit sur peau : or notre collection n’en fait aucune mention.

L'ouvrage le plus moderne qu’elle renferme est un traité technique sur les verres et pierres précieuses artificielles, attribué à l’arabe Salmanas (vin siècle), lequel contient de très vieilles recettes, transmises peut-être depuis les anciens égyptiens. Ce traité a été ajouté aux autres livres à une époque plus rapprochée. de nousswcar tiln/existe. nil dans le manuscrit 2.325, le plus ancien de ceux de Paris, ni dans le manuscrit de saint Marc, écrit vers le XF οὐ

(1) Salmasii Plinianæ Exercitationes, p. 772, Ὁ. B. (1680).

En résumé, c'est par la réunion de ces œuvres de dates diverses que la collection alchimique a été formée à Constantinople, au moyen des écrits de divers auteurs, les uns païens, les autres chrétiens, copiés, commentés et abrégés parfois par les moines byzantins. De là ces copies sont venues en Italie, puis dans le reste de l'Occident.

Une lettre de Michel Psellus (vers 1050) sert en quelque sorte de préface au manuscrit 2.327. Cet érudit byzantin, dont la science était universelle et qui a laissé des traités sur les matières les plus diverses, est peut-être celui qui a constitué la collection elle-même. En tous cas, elle était déjà formée, au x1° siècle, peut-être même au x°; car le manuscrit sur parchemin, de saint Marc à Venise, remonte à cette époque (p. 07) et 1l renferme la plupart des textes fondamentaux (sauf le traité de Salmanas).

Ces écrits ont subi ensuite, comme 1] est arrivé fréquemment pour les manuscrits anciens, diverses additions plus récentes, ainsi que des interpolations et des additions évidentes, de la part des moines byzantins. Ceux-ci en eflet les copièrent, non comme des monuments historiques, mais au double titre de textes mystiques et de textes pratiques, qu’ils commentaient à la facon des ouvrages théologiques. En tant que livres industriels surtout, ils étaient exposés à être rectifiés, complétés par chaque copiste, bref, mis au courant des connaissances acquises ; comme le sont les ouvrages techniques de nos jours.

Aux erreurs des copistes se sont parfois ajoutées

celles des commentateurs du xvin° et du xix° siècle. Par exemple, les manuscrits renferment un procédé relatif à La trempe du bronze chez les Perses, au temps de Philippe de Macédoine; bronze dont on peut voir, un ‘échantillon sur les portes de Sainte-Sophre. Cette dernière indication semble sincère. Elle se trouve dans les manuscrits 2.327 (1) et 2.325, mais elle manque dans le manuscrit de saint Marc (2), plus ancien : ce qui prouve qu’elle a été ajoutée après coup par quelque copiste byzantin. Par suite d’une confusion singulière, ce même procédé ἃ été attribué au siècle dernier à un moine de Sainte-Sophie, appelé Philippe de Macédoine. D’autres ont indiqué Philippe Sidètès, prêtre du temps de saint Jean Chrysostome. D’autres encore ont donné ce texte à Zosime. Mais les manuscrits cités ne disent rien de toutes ces attributions. De même la citation des savants ismaélites et les mots techniquesarabes, reproduits dans le traité de Salmanas, ont été rapportés à tort par quelques modernes à Zosime, malgré les indications formelles des manuscrits.

᾿ Ces manuscrits portent la trace de l'étude passionnée dont ils ont été l’objet autrefois: notes sur les marges (3), mementos, ratures de certains passages, surcharges, additions sur les feuillets de garde et dans les espaces vides, taches faites par les produits chimi-

{τὸ Ms. 2.327 fol. 155, vo.

(2) Ms. de saint Marc, fol. 118.

(3) Par exemple ms.2.327,notes marginales, fol. 35 vo, 36 v°,140, etc.; memento, fol. 264; additions en haut, fol. 92, 178, 254 ; additions interlinéaires à l'encre rouge, fol. 262, vo; ratures, fol. 118, 140, etc.

ques, telles que les sels de cuivre (1). En raison de ces circonstances, on pourrait croire que l’ancienneté des figures des instruments qui y sont dessinés, figures souvent reproduites (2), laisse quelque incertitude. Mais 11] convient d’observer que ces figures sont les mêmes dans les divers manuscrits; elles sont plus nettes et plus belles dans le plus vieux, celui de saint Marc, que dans aucun autre et elles répondent souvent à des descriptions précises du texte. Les appa-° reils qu’elles représentent sont donc d’une date reculée.

En somme, les traités actuels sont antiques pour la plupart. Le langage, les idées philosophiques, les connaissances techniques, les faits historiques et autres qui y sont relatés, aussi bien que le nom authentique de quelques-uns de leurs auteurs, nous font remonter vers le rv° siècle de notre ère ; peut-être même pour quelques-uns, jusque vers l'ère chrétienne.

$ 3. — Etudes et publications exécutées d’après les manuscrits alchimiques.

Rappelons brièvement les études et les publications dont ces manuscrits ont été l’objet jusqu’à ce jour.

Il en est question tout d’abord dans le traité d'Olaüs Borrichius, médecin danois du xvu° siècle :

1) Ms. 2,240, fol. 113.

#9; (2) Voir entre autres Hoefer t. I, p. 262, 263, 264, 270, 580, 285.

sur l'Origine de l'Alchimie, publié par la Bibliotheca chemica de Manget; l’auteur est savant, mais crédule. Morhofius en a parlé aussi, au xvi® siècle (1). Saumaise et Du Cange les avaient lus ; le pre- | mier en a tiré diverses citations, dans ses Plinianæ exercitationes.

Reinesius en fit alors une étude détaillée, la plus complète qui existe, laquelle a été publiée dans le tome XII de la Bibliothèque grecque de Fabricius (2). On- y voit la liste des écrits contenus dans un manuscrit de Gotha et la notice détaillée de plusieurs des manuscrits de la Bibliothèque royale de Paris. Cette notice est fort exacte, quant aux citations spéciales. Mais, par suite de quelque méprise de l’éditeur, on a mis bout à bout les titres des traités de

w%lusiers manuscrits distincts : spécialement ceux des 2.249 et 2.327, comme s’ils étaient contenus dans un volume unique.

Fabricius a publié #7 extenso le texte et la traduction latine de l’un de ces ouvrages, le commentaire de Synésius sur Démocrite. Cette dernière est tirée d’une publication latine faite au xvi° siècle par Pizzimenti, sous le titre : Democriti de Arte magna, Padoue (1573); laquelle renferme la traduction latine du pseudo-Démocrite et celle des Commentaires de Synésius, de Pélage et de Stéphanus. Ces traductions sont peu exactes; elles ont plutôt le caractère de paraphrases.

Les neuf leçons de Stephanus ont été transcrites

(1) Polyhistor, t. I, p. τοῦ.

PA 747; 75%, tre éditions 724;

par le docteur Dietz et publiées après sa mort dans les Physici et medict Græci minores de Ideler (1). On lit dans le même ouvrage (2) les poètes alchimiques, dont quelques morceaux avaient été imprimés au xviu° siècle.

Signalons encore un fragment sur la bière et des articles sur la trempe du bronze, sur celle du fer, sur la fabrication du verre, publiés par Grüner, puis reproduits dans les Ecloga physica de Schneider.

Le lexique des mots alchimigues, ainsi qu’une partie des signes ônt été imprimés par Du Cange : les derniers d’une façon incomplète et sans correction. Le lexique même, sans les signes, est aussi reproduit, cette fois avec beaucoup de soin et d’après le manuscrit de saint Marc, à la fin de l’ouvrage de Palladius, de Febribus, par Bernard, p. 120 à 148 (1745).

Les titres des principaux traités de nos manuscrits existent dans le catalogue imprimé des manuscrits grecs de la Bibliothèque royale, publié au xvrr* siècle par Labbé. L’abbé Lenglet du Fresnoy en a eu connaissance dans son Æistoire de la philosophie hermétique (1742). L'Encyclopédie méthodique les signale à l’article Alchimie (1792). Au commencement de ce siècle, Ameilhon, membre de l’Académie des Inscriptions, a donné quatre notes sur le même sujet dansles Notices et extrails des manuscrits de la Bibliothèque nationale (3). Enfin Hoefer, dans le tome [Ὁ de l’Æ1stoire de la Chimie, ἃ parlé aussi de ces manuscrits {1) T. I, p. 199 à 253. Berlin, 1842.

(2) T. IL, p. 328 à 353.

(SI Ὗ, 998, 3745 © 'VL'p. 302, an IX; t'NIDpuers:

ct HEnRa publié divers extraits et fragments inédits, texte grec et traduction française.

Signalons brièvement les notices imprimées,relatives aux manuscrits contenus dans les autres Bibliothèques d'Europe. Ceux de Gotha et d’Altenbourg ont été décrits par Reinesius, dont Fabricius a reproduit l’article dans sa Bibliothèque grecque (voir la page 105): ils ne diffèrent pas des nôtres, comme date et comme composition générale. Celui de Gotha a été consulté également par le professeur Hoffman de Kiel, pour un article sur l’origine du mot chimie, publié récemment dans le dictionnaire de Heumann.

Un manuscrit de Vienne a été décrit et analysé par Éimbheeus τὸ aumsiéceudernier: Lest une: copie datant de 1564; son contenu se retrouve d’ailleurs dans notre n° 2.327.

Le Catalogue de la Bibliothèque Laurentienne, publié à Florence en 1770, analyse (2) un manuscrit tout à fait analogue. Dietz a parlé d’un manuscrit semblable, de Munich.

Le manuscrit de Leide, signalé par Reuvens (3), est du même type; certains traités y sont reproduits seulement en abrégé.

La bibliothèque de saint Marc contient le plus ancien manuscrit alchimique qui existe. Ce manuscrit, que j'ai entre les mains, renferme les plus importants de nos traités et sa composition générale ne diffère pas sensiblement de celle des précédents. Il

1) Comment. de Bibl. Cœsarea, etc. Pars IL, livre VI, p. 380. JE HE pe 347:

) Troisième lettre à M. Letronne, p. 73.

est écrit sur parchemin. Il remonterait au xi° siècle, d’après Bernard et d’après le catalogue de 1740; sa comparaison avec les types paléographiques donnés dans Wettenbach le reporte en effet entre le x° et le x1° siècle (v. p. 97). Nous possédons trois notices sur ce manuscrit : l’une à la fin du traité de Palladius, de Febribus, publié par Bernard en 1745; une autre, dans le Catalogue des manuscrits grecs de la bibliothèque de saint Marc, publié en 1740 (p. 140 de ce Catalogue), où il porte le n° 299; la dernière, due à Morelli, dans son ouvrage relatif aux mêmes manuscrits, publié en 1802 (1). J'ai fait moi-même une étude approfondie de ce manuscrit, et J'ai établi une collation soignée de ses articles avec ceux des manuscrits de la Bibliothèque de Paris. D’après Ia lecture des notices, il semble que le manuscrit de saint Marc ait été reproduit dans celui de la bibliothèque Ambroisienne de Milan, manuscrit plus moderne, analysé par Montfaucon (2).

Les études que j'ai faites des manuscrits de Paris, de saint Marc, et des analyses imprimées des autres tendent à faire penser que les manuscrits alchimiques dérivent de trois types principaux.

19 Le type du manuscrit de saint Marc, du xi° ou du x° siècle, le plus vieux de tous, et dans lequel manquent le traité de Salmanas et divers autres ; tandis qu’on y trouve le labyrinthe de Salomon, œuvre cabalistique.

Le manuscrit 2.240, de la bibliothèque de Paris se

(NA D (2) Paléographie grecque, p. 374.

rapproche de celui de saint Marc par sa composition, quoique avec des variantes importantes. Il contient de même les résumés des traités de Zosime, la Chrysopée de Cléopâtre, etc.

2° Le type du manuscrit 2.325, datant du χης siècle ou du commencement du x1v® siècle, reproduit par la plupart des autres copies postérieures ; mais avec addition de certains traités et fragments plus ou moins étendus. C’est ainsi qu'il a passé entièrement (sauf variantes) dans le manuscrit 2.527.

3e type du manuscrit 2.327. lequel renferme, en outre du précédent, de nombreux traités techniques et des additions fort importantes. C’est le plus étendu qui existe.

Il serait fort désirable que quelque érudit spécialiste fit une étude complète de ces manuscrits, d’après les méthodes de la critique moderne.

Sans prétendre entrer jusqu’au fond de cette question, il m'a semblé cependant utile de reproduire en appendice l’analyse très détaillée du manuscrit 2.327, le plus complet de ceux de notre Bibliothèque ; en en rapprochant la composition du n° 2.325, celle du manuscrit de saint Marc, celle du n° 2.249 de Paris, ainsi que celle des manuscrits étrangers, en tant que ces derniers sont connus par les catalogues imprimés.

Je vais présenter ici les résultats généraux que j'ai déduits de cette analyse : résultats intéressants, car ils conduisent à décomposer la collection alchimique en ses éléments essentiels, c’est-à-dire à recon-” naître quels sont les traités partiels, théoriques ou techniques, et les groupes de recettes, dont l’assem-

blage a servi à la constituer. Je demande quelque indulgence pour ce travail d'analyse, fort délicat de sa nature, mais qui semble propre à jeter un certain jour sur l’histoire de la science.

$ 4. — Composition de la collection manuscrite des alchimistes grecs.

Le manuscrit 2.327 est coordonné jusqu’à un certain point à la façon d’un ouvrage moderne, au moins dans ses premières parties : c’est une sorte d'Encyclopédie alchimique, où le copiste a rassemblé tous les traités et morceaux congénères qu'il a pu connaître. Le manuscrit débute par une dissertation ou lettre de de Michel Psellus, adressée à Xiphilin, patriarche de Constantinople au milieu du xi° siècle. Elle est placée en tête, en guise de préface (1). Après diverses intercalations, qui semblent faites sur des pages de garde originellement blanches, on trouve, comme dans un traité de chimie actuel :

1° Les indications générales relatives aux mesures et à la nomenclature ;

2° L'ensemble des traités proprement dits, théoriques οἵ pratiques, lesquels forment à la suite un tout distinct.

Développons le détail de cette composition.

(1) Ms. 2327. Fol. r à 7.

$ 5. — Indications générales.

Ces indications comprennent d’abord un fraité des poids ef mesures (1), attribué à Cléopâtre, traité classique pour ceux qui s'occupent de l’antiquité; 1] existe dans le manuscrit de saint Marc et dans beaucoup d’autres. 1] se trouve aussi dans les œuvres de Galien et dans divers manuscrits traitant d’autres sujets. Aussi a-t-1l été imprimé plusieurs fois, notamment par Henri Estienne dans son Thesaurus Græcæ linquæ (2). Une autre note relative aux poids et mesures se trouve dans des additions faites à la fin du manuscrit 2.527 (3).

Les noms des mois égyptiens, comparés à ceux des mois romains (4), représentent un renseignement pratique du même ordre.

Le traité des mesures est suivi, toujours comme dans un ouvrage moderne, par l'explication des signes de l’art sacré (5), lesquels correspondent aux symboles de nos éléments actuels, avec noms en regard. Ce tableau des signes existe aussi dans le manuscrit de saint Marc et dans le manuscrit 2.325: ce qui

(1) Ms. 2.327, fol. 15 et τὸς ms. de saint Marc, fol. 108, verso.

(2) Appendice de l'édition princeps, p. 218; avec traduction latine. L'édition moderne de Didot est moins complète sur ce point.

(5)1MSY2:327, fol: 2021€t 2095

(4)Ms:.2.327, fol. 280: et 297.

(5) Ms. 2.327, fol. 16, verso, à 18; Ms. de saint Marc, fol. 6 et 7.

prouve qu'il remonte au moins au ΧΙ" siècle. Quelquesuns des signes qu'il renferme, tels que ceux de l'or et de l'argent, figurent déjà dans les papyrus de Leide. Celui de l’eau est un hiéroglyphe, etc. »

En examinant de plus près la liste des signes du manuscrit 2.327, on reconnait qu’elle résulte de juxtaposition de plusieurs listes, ajoutées et combinées les unes avec les autres à diverses époques. En effet les noms des métaux, et ceux des autres corps y reviennent plusieurs fois, souvent avec des symboles différents, dont les derniers sont de simples abréviations. Le mercure, par exemple, est désigné au début par un croissant retourné, inverse du signe de l’argent ; tandis que dans la liste finale 1] s’est substitué à l’étain pour l'attribution du métal au signe astronomique de la planète Mercure.

Les listes dont je parle sont faciles à distinguer.

Citons d’abord une première liste, très courte et probablement très ancienne, renfermant seulement les signes des sept planètes et des sept métaux, donnés en sept lignes dans le manuscrit de saint Marc (1). Cette liste se lit également au fol. 280 du manuscrit 2.327, mais plus développée et avec les noms d’une suite de substances annexes et subordonnées. J’y reviendrai.

J'ai reproduit le fac-similé de la première et de la seconde liste du manuscrit de saint Marc.

Le manuscrit de saint Marc et le manuscrit 2.327 (2) débutent par une autre liste méthodique (seconde

(1) Ms. de saint Marc, fol. G, colonne de droite. Voir aussi ms. 2,250, fol. 243; ms. de la Laurentienne, vers la fin. (2) Ms. 2.327, fol. 16 v°.

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