PRÉFACE ΧΙ
Kopp et de Hoœæfer, je commençai à comprendre la suite des idées qui avaient guidé les premiers essais de transmutation et je pensai à m'en expliquer par écrit. Madame Adam, avec ce zèle aimable des choses de l'esprit et cette vive curiosité qui la distinguent, m'encouragea dans cette intention, et elle me pressa d'y donner suite dans la Revue nouvelle. Je le promis volontiers. Mais j'étais alors occupé de deux grands ouvrages : l’Essai de Mécanique chimique et le traité sur la Force des matières explosives. Leur publication, terminée en 1883, me permit de revenir à mon projet d'étude sur l’alchimie. En le rédigeant, je vis la nécessité de prendre connaissance des Manuscrits grecs, inédits jusqu’à présent, qui renferment les plus anciens documents connus sur cette question. J’allai les consulter à la Bibliothèque nationale, et M. Omont voulut bien m'aider aux débuts de mon examen. Le sujet prit alors une extension inattendue : ce que je pus déchiffrer me découvrit une région nouvelle et à peu près inexplorée de l’histoire des idées; ce fut une véritable résurrection. En effet les premiers alchimistes étaient associés aux cultes et aux doctrines mystiques qui ont présidé à la fondation du christianisme; ils participaient aux opinions et aux préjugés de cette curieuse époque. J’entrepris de pénétrer leur doctrine, jusqu'ici si énigmatique. La Bibliothèque
nationale de Paris voulut bien me confier ses pré-
cieux manuscrits; je surmontai les difficultés du déchiffrement et celles plus grandes encore, qui résultaient de ma connaissance un peu lointaine de Ja langue grecque, à l’étude de laquelle j'avais renoncé depuis quarante années. Elle se retrouva cependant dans ma mémoire, plus fraîche que je n’osais l’espérer. J’exposai mes premiers résultats dans deux articles publiés par la Nouvelle Revue, au commencement de l’année 1884; articles que les nombreux lecteurs de cette Revue ont bien voulu accueillir avec une faveur, dont j'ai conservé les sympathiques témoignages.
Mais ce n'était là qu'une entrée en matière. Depuis lors je n’ai cessé d’approfondir l'étude des manuscrits et de rechercher tous les textes des auteurs anciens se rapportant à la chimie, textes plus nombreux et plus explicites qu'on ne le croit communément. J'y ai récolté une multitude de renseignements, qui ont donné à mon œuvre plus de précision et de solidité.
C'est ainsi que mon premier travail s’est transformé en un livre, composé de première main et d’après des documents en grande partie inédits.
Les Papyrus grecs que nous a légués l’ancienne Égypte, et qui sont conservés dans les Musées de Leide, de Berlin et du Louvre, à Paris, m'ont procuré
pour cet objet les plus précieux renseignements. Ils