‹ Les origines de l'ancienne France (volume 2)Chapitre 11 sur 91 · livre troisième · texte numérisé non relu

livre troisième

LA RECONSTITUTION DE LA S0CIÉ1*. s

Vue d'ensemble.

J'ai retracé dans le livre précédent la dissolution de la société en France an dixième et au onzième siècle. Je me propose de montrer dans celui-ci sa reconstitution sur des bases nouvelles.

Les mots de dissolution, reconstitution de la société, ne doivent pas être pris dans un sens absolu.

Par société, j'entends un organisme humain parlant une même langue, obéissant aux mêmes instincts, uni par la solidarité des traditions, des intérêts, des aspirations spirituelles. Je n'entends ni une de ces ébauches où la nature s'essaie et qu'elle brise avant de les avoir achevées, ni une de ces formations artificielles que la politique ou l'esprit de conquête créent et détruisent tour à tour.

Ainsi comprise, on ne saurait dire qu'une société se dis-

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solve jamais. Elle De disparaît pas, elle ne meurt pas; elle se transforme .

Tantôt, gardant son unité, elle se borne à recevoir du dehors des éléments hétérogènes qui la modifient à la surface ou dans ses profondeurs;: tantôt perdant toute cohésion, ses cadres se brisent, $es\assises s'effondrent. Il nous semble bien , au dernier cas , que rien ne subsiste de la société ancieane, et qu'une société nouvelle va prendre sa place.. Mais non. Il ne s'est produit qu'une dispersion, un endettement. Il subsiste vivaces un certain nombre de molécules organiques autour desquelles les atomes humains. finiront par se rapprocher et se rejoindre. , 'J.-V'V "'

Telle fut la transformation qui s'opéra en France à partir du dixiéurit-siécle. Jusque-là la continuité s'était maintenue dan$ Vôrdre social. Les invasions germaniques, la royauté mérovingienne, le gouvernement centralisateur de Charlemagne avaient remanié, bouleversé par endroits la société ; au fond ils ne l'avaient pas abolie : ils l'avaient continuée. Désormais cette société est mise en pièces; elle s'éparpille. Les hommes abandonnés à eux-mêmes sont le jouet de toutes les passions, de toutes les violences déchaînées, ludibria ventis. Malheur au faible, il succombe; malheur à l'homme isolé, il est ruiné, subjugué, asservi. -C'est la dislocation sociale, c'est l'anarchie. Je l'ai dépeinte à l'aide des documents contemporains.

Mais, au milieu de ce débordement des passions égoïstes et brutales, un frein moral résiste ; dans ce naufrage des institutions, il surnage des épaves.

De môme qu'au début des sociétés l'individu trouve un refuge, un asile, dans le groupe naturel de la parenté, et que les familles juxtaposées constituent les cellules génératrices d'un État futur1, de même, quand le corps politique se désagrège, l'individu cherche son salut dans des

1 Voyez les premiers chapitres du livre I.

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