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LA RECONSTITUTION DE LA SOCIÉTÉ

groupes protecteurs el la vie sociale s'y réfugie avec lui. La différence est celle-ci. Dans les sociétés naissantes la famille naturelle ou Retire est seule i remplir la fonction protectrice; dans les sociétés défaillantes, s'élaborent, à l'approche même de la raine, ou bien survivent à la désorganisation, des éléments sociaux qui serviront de liens entre les hommes et tiendront lieu de l'État. Ce seront au dixième el an onzième siècle : le groupement populaire , les formes romaines et germaniques d'engagement des personnes et des terres, la noblesse, l'Église, la royauté.

En même temps donc que la force de dissolution et de dispersion , une force centripète et régénératrice fait son œuvre. Il importe seulement de ne pas se méprendre sur leur intensité relative. Elle varie suivant les époques. C'est pour avoir attribué à la force de rénovation une action démesurée que tant d'historiens ont cru à l'existence d'une féodalité parfaite dès le neuvième siècle, d'une monarchie féodale dès le dixième. C'est en ne tenant pas un compte suffisant de l'intervention de cette même force qu'on n'a vu souvent dans l'onzième siècle qu'une époque de barbarie et de chaos. A vrai dire, les deux forces ont agi simultanément; l'une a été prédominante au début, l'autre a fini par l'emporter1. L'une tendait à l'individualisme, l'autre a conduit à la royauté.

Individualisme et royauté , tels sont en effet les deux termes, les deux pôles entre lesquels l'ancienne France a longtemps oscillé. Ils commandent son histoire, ils président à sa formation en corps de nation. Observez cette formation. Si la royauté l'a achevée, c'est l'individualisme du premier moyen-âge qui l'a rendue possible. Grâce à lui les hommes ont pu se grouper suivant leurs besoins et

1 L'observation des sociétés humaines laisse discerner Faction continue de ces deux forces. Tantôt elles se font équilibre, tantôt l'une d'elles est en excès. Dans le premier cas, l'harmonie naît d'une conciliation des droits de l'individu avec les intérêts collectifs; dans le second, le peuple est ballotté du despotisme à l'anarchie.

leurs instincts, leurs sentiments et leurs idées, suivant les affinités de race et de culture, sans qu'une unité factice entravât le libre jeu de la personnalité humaine.

Lente élaboration d'un peuple, latente et mystérieuse dans ses débuts, difficile à suivre en sa complexité extrême, mais belle à contempler, puisque chacun de ses progrès est une victoire de la justice sur l'arbitraire, de la solidarité morale sur la puissance matérielle.

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