LA VILLA DU NEUVIÈME SIÈCLE
Représentons-nous la villa seigneuriale telle qu'elle se présente au neuvième siècle l et telle que plus tard encore on pourra l'observer quand des circonstances propices auront sauvé son intégrité.
Voici la maison d'habitation du maître. Elle est entourée, dans le même enclos (curtis), des bâtiments d'exploitation rurale et d'industrie domestique : écuries, étables, granges, ateliers, four, pressoir ou brasserie, puis des demeures du villicus et de ceux des serfs placés sous ses ordres, artisans ou agriculteurs, qui ne sont pas répartis, comme il arrive pour la plupart, dans les bâtiments mêmes d'exploitation. Voici le jardin et le verger ; plus loin l'église du domaine; sur un cours d'eau, le moulin ; voici, enGn, les terres mises en culture pour l'entretien du maître et de ses gens.
Tout cet ensemble constitue la partie proprement seigneuriale, Yindomùiicdtum, le mansus dominicatus.
Au delà et tout autour s'étend la terre occupée par les tenanciers de toute condition. Us doivent soit des corvées sur les terres exploitées pour le compte du maître, des charrois, des labours, des travaux de fenaison ou de moisson , soit des services de toute sorte (servitium), message à porter, guet, main-forte à prêter, offices divers', soit
1 M. FuBtel de Coulanges en a tracé un tableau généralement exact dans le cb. 18 de son livre Y A lieu et le domaine rural.
9 En voici des exemples tirés de la description des villœ de l'abbaye de S. -Berlin (Breviatio villarum monachorum victus) faite de 844 à 859 par ordre de l'abbé Adalard. « Habet in Vuidengaham mansum eu m castitiis... Servit unaquaque die fratribus ad condimentumeibi in coquina. Item habet inter M. et H. bunaria XXX. Servit unaquaque
des redevances en nature ou en argent, casuels ou fixes. Les uns habitent sur le champ même qu'ils exploitent, la plupart se groupent en villages ou en hameaux, à proximité de la ferme seigneuriale \
J'aperçois enfin, aux extrémités du domaine et dans son pourtour, des terres vaines et vagues, des bois ou des forêts , des pâturages ou des marais , qui servent à l'usage commun de Y indomime atum, d'une part, des tenures, de l'autre.
Ces villœ, nous le savons par tous les témoignages des chroniques et des histoires, servaient de séjour à leur propriétaire, qu'il fût roi, évêque ou comte, ou bien homme privé. Il se transportait de Tune à l'autre, il s'y refaisait de ses expéditions ou de ses voyages 2, il en tirait grâce à l'administration assez savamment organisée dont le capitulaire De vil lis nous offre le modèle, sa subsistance et les objets nécessaires à l'entretien de sa maison. Les couvents y faisaient résider les moines à qui ils confiaient la haute main sur la gestion du domaine, les decani, procuratores , prxpositi, provisores villarum.
die ad pistrinum et ad bracitorium in adducendis lignis. Item habet in B. mansa IIII per bunaria XII. Nichil aliud faciunt per totutn annum nisi entendant tecta monasterii. Item habet ad porta m mansum unum per bunaria XIIII. Servit unaqwique die ad portam » (Cartul. de Saint-Bertin , p. 107).
1 Sur ne point, M. Fustel de Coulanges est d'accord avec nous , op. cit., p. 445 : « Il ne semble pas que les tenanciers eussent 1* habitude de vivre épars, chacun sur un manse. Ils se rapprochaient plutôt les uns des autres pour former un vicus, c'est-à-dire un village. Ce village s'établissait ordinairement à peu de distance de la maison du maître et un peu au-dessous d'elle. » Voilà précisément les villages de tenanciers dont il a eu le tort, dans d'autres chapitres , de méconnaître l'existence.
9 Charles le Chauve dans l'éd'rt de Pistes , de 862, emploie une comparaison qui fait tableau : « Sicut quando solemus de istis frequentibus itineribus reverti ad mansiones nostras detonsi et delavati cum drappis et calciamentis depannatis, et tune nos reûcimus et reparamus, ila »