CHAPITRE VII
Le démembrement de la villa De s'opéra ni partout de même ni partout en même temps. Il s'espace, il s'échelonne sur de longues périodes1. 11 n'est ni absolu ni exclusif. S'il peut êtçe considéré comme accompli dans l'ensemble au do uzième siècle, on rencontrera même alors, survivants des âges disparus, des domaines qui ont gardé leur unité plus ou moins parfaite.
J'en décrirai deux, à l'aide du précieux inventaire de Guimann. Elles serviront de' types et, en les disséquant, nous constaterons la présence dans leur sein des parasites qui devaient Bnir par les ronger et en épuiser la substance : le maire et l'avoué.
Villa appelée Vineà*.
L'abbaye de Saint- Vaast y possède la justice, mais elle en a inféodé la moitié, de même que la moitié des redevances, le vivier et le moulin, à l'avoué de Béthune.
Justice et redevances sont administrées par des villici assistés d'échevins. Les échevins siègent en un lieu déterminé , in média villa3 (je doute que ce soit un nom propre), près d'une pierre ou d'un orme*.
1 Voyez par exemple , les vicissitudes d'un domaine dans le midi , du dixième au douzième siècle, dans Albias et son territoire, par M. Devais (Mémoires du Congrès des sociétés savantes, 1868, p. 61-63).
« Cart.de St.-Vaast d'Arras, p. 243-247. . * « Habent ibi abbas et advocatus villicos suos et scabinos qui in loco ad hoc deputato in Media villa et non alibi de rébus et justitia ejusdem Vinee tractant et judicant. » (P. 243).
4 « Inter molendinum de Puniel et Omundi pratum et lapidem seu ulmum ubi ad placitandum hujus ville incole conveniunt » (p. 246).
La villa comprend cent seize courUls dont quatre-vingtonze et demi font partie des paroisses de Sainte-Marie et de Saint-Vaast d'Arras, vingt-quatre et demi de la paroisse de Hadis, encore bien qu'ils soient enclavés dans celle de Sainte-Marie. Les premiers paient la dîme à Yhospitarius, les autres en paient deux tiers au prévôt, un tiers au desservant de Hadis.
Chacun des courtils doit douze deniers et deux chapons par an , savoir six deniers et deux chapons à Noël , dix deniers à la Saint-Remi. Cela ferait un total de cent seize solidi et de deux cent trente-deux chapons; mais deux courtils sont réservés à l'avoué pour y avoir un four. Comme compensation, l'abbaye perçoit l'intégralité des revenus de deux autres courtils.
Outre les redevances annuelles, chaque courtil supporte un droit de mutation de quatre deniers d'entrée et de quatre deniers de sortie *.
Les cent quatorze courtils mis en culture sont occupés par cinquante-trois tenanciers titulaires , dont trente-huit hommes, quatorze femmes et une corporation charitable (celle des lépreux de Saint-Lazare).
Voici comment les courtils sont répartis :
2 tenanciers (dont une femme) détiennent chacun ii courtils.
1 tenancier (la corporation) détient. ... 7 courtils.
1 — (qualifié scaômus) 5
3 — chacun 4
4 — chacun 3
7 — chacun 2
24 — chacun 1
1 « UII" dea. de introitu et IIII" de eiitu » (P. 246).
6 tenanciers sont groupés deux par deux :
Un groupe occupe no courtil 1/2.
Deux autres groupes chacun un courtil.
4 tenander possède avec des associés non nommés (socii) un courtil 1/2.
En résumé, quatorze tenanciers ont de 2 1/2 à 11 courtils, sept en ont deux, vingt-quatre en ont un, huit moins qu'un.
La villa était entourée d'une clôture et d'un fossé *.
Il n'est pas fait mention de domus dominicata. Cela s'explique. L'administration semble avoir été rattachée à la villa de Hadis que nous allons décrire.
Villa de Hadis*.
Cette villa appartient intégralement à l'abbaye de Saint- Vaast.
Elle comprend une église et une chapelle avec leurs produits (altare). Voilà pour le côté religieux.
Comme seigneur foncier, l'abbaye y a une maison seigneuriale (domum domimcatam), le droit de police et de justice, un vivier, un moulin, droit à trois corvées par an, trois cultures réservées , des tenures de diverses sortes , des maisons , des terres en friche , des hôtes , des feudataires*.
Reprenons ces divers éléments constitutifs.
1 II est dit plus loin que la paroisse de Hadis s'étend « usque alebare (probablement faut-il lire a le bore) sive fossatum Vinee et ab eadem Bara usque ad... » (p. 249).
* Cart. de Samt-Vaast d'Arras, p. 248-252.
* Dans d'autres villœ il est fait mention d'ouvriers agricoles, indigènes ou étrangers, de moissonneurs notamment, qui paient une redevance à l'abbaye pour le droit de faucher, pro facillagio : « De denariïs qui pro facillagio dantur a messoribus tam indigente quam advenis masculini seins » (p. 299) (Adde, p. 275, 304, 343, 348).
Os étaient évidemment employés comme auxiliaires par les tenanciers.