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CHAPITRE IV

Les divers traits de la sauveté se dessinent clairement, tantôt réunis, tantôt séparés, dans un assez grand nombre de chartes. Nulle part, je crois, leur réunion n'est plus complète que dans les relations qui nous restent de la fondation du monastère de la Grande-Sauve (Major-Silva), du bourg (Sauve-Majeure) et des villages qui en sont issus1.

Saint Gérard arrive à Poitiers en Tan 1079. Quelques compagnons le suivent, trois moines qui lui sont restés fidèles et cinq chevaliers qui veulent renoncer au monde après y avoir brillé par leur bravoure. Tous, ils sont à la recherche d'un lieu solitaire et sauvage où ils puissent, loin des humains2, vivre clans la contemplation et la prière.

1 Nous ne possédons plus malheureusement les beaux cartulaires de la Grande-Sauve. Ils ont été détruits dans l'incendie de la Bibliothèque de Bordeaux. Nous en sommes réduits aux chartes publiées dans diverses collections anciennes, et aux extraits faits par Cirot de la Ville dans son Histoire de l'abbaye de la Grande-Sauve (Paris et Bordeaux, 1844).

2 II faut entendre qu'il voulait fonder sur un sol vierge une société nouvelle. La suite Ta bien prouvé, et saint Gérard, dans le préambule narratif d'une charte , rappelle à mots couverts le relâchement de l'abbaye de Saint- Vincent-de-Laon dont il avait dû abandonner le bâton abbatial. Voici son récit :

« Ego Geraldus... diu optaveram eripi de mundanis fluctibus. Caeterum subjecti mihi minus obediebant, nec eorum ferrea moliri pectora quiverant, quos quidem sœcularia plus nimio negotia induraverant. ... Denique, monstrante Divina clementia portum salutis, placuit animo antra petere solitudinis, ubi nulla esset saecularis habitatio hominis... egressussum de monasterio comitantibus paucis... Domino

F. — Tome II. 12

Leur arrivée coïncide avec une entrée solennelle à Poitiers du duc d'Aquitaine Guillaume VIII, plus connu sous le nom de Guy-Geoffroi. Comme le duc, protecteur infatigable de l'Église, veut les retenir sur ses terres en promettant de leur abandonner le lieu qu'ils choisiront pour retraite, l'un de ses officiers, Raoul, entrant dans ses vues, fait l'éloge d'une forêt dont la mystérieuse solitude est merveilleusement propre, dit-il, à abriter des ermites : il s'offre à y guider saint Gérard et les siens.

Le lieu où Raoul mène les pèlerins est situé dans V Entre-deux-mers y au Sud-Est de Bordeaux. Telle est l'épaisseur du bois qui le recouvre qu'on ne peut se frayer un passage que le fer à la main1. Les vœux de saint Gérard se trouvent comblés. Ils le sont d'autant mieux qu'un oratoire en terre, dédié à la sainte Vierge et abandonné par le solitaire qui lavait édifié, est resté debout au plus profond de la forêt. C'est là qu'il s'arrête avec ses compagnons, là qu'ils se construisent des huttes.

Pour que leur tranquillité ne soit pas troublée, il importe qu'ils soient maîtres chez eux, que tous les seigneurs possédant des droits sur l'emplacement qu'ils occupent, l'en affranchissent à leur profit. Obtenir cette renonciation est le premier souci de saint Gérard. Il l'obtient. Auger de Rions notamment abandonne le droit de justice auquel il pouvait prétendre8. Cela fait, un acte

ducente... pervenimus ad domuum Willelmum Pictavensem comitem ... qui locum attribuit nobis congruum, Silva Major nuncupatum. Quod allodium ita nobis ab illo absolutum redditur, ut a nullo ibi quidquam juris requiratur... Cum ergo ibi vellem in ci père mooasterium, perrexi ad domnura Goscelinum Burdegal. archiepiscopum... » (1080, Gallia ChHstiana, II, Instrum., col. 345).

1 « Silva au te m in circuitu tara de osa vepribus et sentibus c révérât, quod nullus ad ecclesiam appropinquare poterat nisi gladio aut alio aliquo ferraraento prius iter fecisset. » (ire vie de saint Gérard, Acta SS. Bened. Sœcul. VI, 2e partie, p. 886).

a « Cum ego Geraldus... primum in Sylvam-Majorem venissem cum commilitonibus meis, et iu loco qui antiquitus appellatus est Al-

solennel du duc d'Aquitaine ratiGe les concessions partielles et dote le territoire acquis à saint Gérard d'une pleine immunité1. Aussi, dès le mois de mai 1080, un monastère commence-t-il à sortir de terre.

Toutefois la sauveté proprement dite n'existe pas encore. Elle ne naîtra que de l'intervention simultanée, combinée, de l'autorité religieuse et de l'autorité laïque.

Un concile se réunit à Bordeaux en l'année 1080. Saint Gérard y assiste. Le duc d'Aquitaine et les principaux seigneurs du pays renouvellent solennellement la franchise qu'ils ont, l'année précédente, accordée, les légats du pape, les évoques, les abbés présents la consacrent en déclarant assimiler à une église, ériger en asile religieux inviolable tout le territoire cédé à saint Gérard « rit quasi una ecclesia, unum miseris asylum, oppressis refugium*. » Seigneurs et prélats édictent contre les in-

tuB-villaris , nobis remanere placuisset, quœsivimus possessores loci ipsius, ut ipsorum concessione ibi habitare possemus.

Erat quidam vir, nomine Autgerius de Rions, cujus erat ipsius allodii medietas, nam alterius medietatis multi participes erant; sed ad ipsum Autgerium justicia et décima totius allodii pertinebant. Hic itaque A. divioa inspiratione prœventus quidquid in ipso allodio habebat nobis donavit. Similiter Olivarius de Turre et fratres ejus G. G. et A., Ostendus quoque et Bonaefusus de sancto Severino et alii plurimi, qui parte m clamabaot in ipso allodio, quidquid ibi habebant libère nobis donaverunt. » (Petit cartul. de la Grande-Sauve , f° i, Cirotdela Ville, I,p. 492).

1 « Congregatâ itaque ibi nobilium conventione, non modicâ, eorum deprecatione quidquid juris habebat (cornes) in terra quam Augerius eis dederat concessit. » (Petit cartul., f° 2, Cirot de la Ville, I, p. 270- 271). Voir infrà la charte de juin i079.

* Petit cartul., ch. 13, Cirot de la Ville, I, p. 282, note I. — Il est regrettable que cette charte ne nous ait pas été intégralement conservée. Toutefois une grande partie de son contexte a dû passer dans la charte' 15 qui nous présente un tableau d'ensemble de rétablissement de la sauveté :

« Omnes filii sanctae Ecclesiœ matrem suam debent honorifîcare, et quanto potuerint exaltare. Beoe igitur fecerunt qui ecclesiam quœ

tracteurs les pénalités propres à l'asile : le duc et les grands d'Aquitaine une amende de neuf cents solidi1, le concile l'excommunication perpétuelle*.

La sanction religieuse est désormais inséparable de la sanction civile. Aussi un record authentique, revêtu de la signature des principaux dignitaires du concile, deux légats du pape, les archevêques de Bordeaux et de Tours, les évêques d'Auch, de Saintes, d'Angoulême, de Périgueux, de Bazas, est-il ajouté à la charte qu'avait fait

incepta est in Sylvâ-Majore Domno Geraldo abbate, libertate donaverunt , ut terrenis imperiis absolu la soli Deo serviret secura.

Hoc fecit domnus Willelmus, qui et Wido dictus, Pictavensium cornes eg régi us, totiusque Aquitanis dux, concedentibus et testaotibus cuoctis militiœ sus militibus; hoc egit concilium io Burdegalensi civitate congregatum, ubi a Romanis Legatis et ab omnibus qui affuerunt Episcopis est sancitum ut perpétua excommunicalione damnatus sit quicumque hoc violare tentaverit, nisi congru â satisfactione se expiavent. Hoc etiam fecit P. vicecomes de Gavarreto cum omni suo exercitus collegio. Hoc quoque ego Willelmus Amanei facio, laudantibus omnibus nostrœ regionis nobilibus.

Sed necesse est ut breviter dicamus quœ sit Ma libertas, quodve salvamentum, quod ipsi ecclesiae a praefalis viris est traditum. Ut sçilicet nemo preeter abbatem et monachos ipsius loci, in toto allodio ad eamdem ecclesiam pertinente quidquam potestatis vel dominatiônis sive advocationis in ullâ prorsus re liabeat; nullus ibi quemquam insectari, non cedere, non aliquid toi 1ère, nullamve injuriam omnino in Terre praesumat, sed totum hoc allodium sit quasi una ecclesia, unum miseris asilum, oppressis refugium, ut quicumque in eo fuerit ab omni carnali inimico securus sit. Prœterea , si quis ad hanc ecclesiam, aut peregrinus aut mercator, aut legatus, aut aliquis ab abbate vel monacho ejusdem ecclesiae rogatus venerit , in totft via eundo vel redeundo securus sit... » [Petit cartuL, cb. 15, Cirotde la Ville, 1, p. 494-495).

1 Petit cartuL, ch. 13, ibid , I, p. 283, note 2.

9 Voir les chartes des deux notes précédentes et de la note suivante. Adde, ch. 2 du Petit cartuL (Cirot de la Ville, I, p. 281, note 2) : « praesentibus Romanis Legatis H. atque A. multoque aliorum épiscoporum collegio. Hoc quoque défi ni Lu m est ut si quis hoc decretum violare tentaverit, se sciât excommunicatura, donec satisfecerit, tam ab archiepiscopo quam ab omnibus qui fuerunt in conciiio. »

dresser au mois de juin 1079 le duc Guy-Geoffroi1. Ce n'est pas tout encore. Dix chevaliers se groupent autour d'un neveu du duc, et contractent avec lui une association chargée de défendre et de garantir la sauveté. Ils s'engagent par serment à réprimer toute atteinte qui y serait portée et sont admis en échange dans la confraternité du couvent2.

1 « Postquam igitur egregius Pictavensium cornes Duxque totius Aquitaoîs Vuillelmus, domnum Geraldum... velle in Silva-Majori permanere, ecclesiamque in honore Sanctœ Dei genitricis Mariœ œdificare cognovit; multa loco isto bénéficia contulit...

Donatum itaque ipsum ab omnibus possessoribus allodium, ac coram principibus regionis Sanctœ Mariœ et prœfato abbati traditum, et undique disterminatum, ita sua omniumque potestate absolvit, ut nemo ibi, non cornes, non vicecomes, non prœpositus, non vicarius, non miles, nullaque prorsus persona aliqua ratione quidquam jure vel advocationis, sive dominationis, audeat ezhibere : non violentiam cuilibet inferre, non telonium aut vadimonium capere, non judicium sive justitiam juste vel injuste exercere, nullamqu eomnino calumniam agere... Et quandoque forsitan inhabitans populus omnium, prœter monachorum, sit jugo solutus : sed si quid fuerit corrigendum ad eos vel ad quos voluerint sit référendum. Quicumque autem illuc fugiens pervenerit, nemo intra terminos ipsiusallodii prœsumatilluminsectari.

Hanc etiam libertatem et (ut vulgariter loquar) salvamentum concessit prœfatus cornes territorio quod dicitur Trajectum, quod ab eodem et céleris possessoribus prœfato abbati et S. M. ecclesiœ fuerat donatum...

Isti sunt nodatores et prœfatœ donationis firmatores : S. Goscelinus, venerab. Burdegal. archiepiscopus, S. etAchelmus archidiaconus... S. Centulfus de Bierno, etc. (12 des kalendes de juillet 4079).

Sequenti etiam anno congregato Burdegalensi civitate Concilio, confirmata sunt iterum hœc a comité ipso, decretumque est ab omni Episcoporum , abbatum et sacerdotum collegio , ut quicumque aliqua temeritate violare temptaverit, perpétuée excommunicationis damnatione reus sit , nisi ad congruam satisfactionem venerit. »

+ Ego Amatus Sanctœ Sedis Apostolicœ legatus confirme

+ Ego Hugo (Idem).

Signât, de l'arch. de Bordeaux, des évoques de Tours, Auch, Saintes, Angoulême, Périgueux, Bazas (Mabillon, De re diplomatica, Paris , 1684 , p. 586-587).

1 « B. de Bovilla vicecomes, et A. de Blanquoforte , et W. Heliœ,

La sauveté établie, les habitants affluèrent. Bientôt une église paroissiale s'éleva, l'église Saint-Pierre, bientôt se forma un bourg. L'abbaye institua un prévôt qui de concert avec un moine rendait la justice1. Elle obtiqt du duc d'Aquitaine la création d'une foire annuelle et d'un marché hebdomadaire1, la dispense pour ses sujets du service de guerre et des impôts seigneuriaux'.

A la sauveté centrale d autres moins importantes s'ajoutèrent, auprès ou au loin, celle de Trajectum4, celles de • Corbélac et de Saint-Sidoine1. Des voies de communication les relièrent et l'intervalle qui les séparait ne tarda pas à se couvrir de maisons et de villageois. Tant l'attrait était grand de la proximité d'un asile et des avantages qu'il faisait rayonner autour de lui !

Les sauvetés furent ainsi les nœuds de résistance d'un vaste réseau de fermes et de hameaux , de villages et de bourgs.

Quelques traits seulement manquent à l'histoire de la

aliique multi nobiles qui tune aderant milites, spoponderunt, et ut aptius dicamus, pliviverunt sese fuluros Ecclesiœ S. M. Sylvœ Majoras defensores et advocatos, contra omnes homioes tam amicos quam inimicos res ecclesiœ diripientes injuste... Si quis aliquam injuriam monachis seu clientibus suis intuterit, aut calumniam rébus eorum fecerit, et ab illis defensoribus inquisitus jus ta quod proceres judicaverunt facere noluerit, statim ultionem expetent et ut vindictam in illum pervasorem facient, qui, vel peregrinos expoliaverit, vel aliam aliquam injuriam facere prœsumpserit. » (Petit CartuL, ch. 16;Cirot delà Ville. 1, p. 497-498).

1 Cirot de la Ville, I, p. 324.

' « Ego Willelm. Pictavensis cornes eu m quadam die ad eccle- 8iam S. M. SylvdB Majoris venissem, rogatus a domno Geraldo primo ejusdem loci abbate, concessi eidem ecclesiae ut annuale mercatum quod feriam vocant... » — « Concessit etiam egregius dux septimanale mercatum... ac per totam terram suam dédit securitatem mercatoribus illuc venienlibus. » (Cirot de la Ville, I, p. 324, note 5).

» Grand CartuL, 1° 9, Ibid.

4 Voyez la charte de juin 1079, suprà.

5 Cirot de la Ville, I, p. 326-327, et le plan à la fin du volume, d'après les cartulaires passim.

HISTOIRB D'UNE SAUVETE. 183

Sauve-Majeure pour faire revivre l'image parfaite d'une sauveté proprement dite. A quels signes extérieurs se reconnaissait la sauveté? Qui leur attribuaient un caractère officiel? Qui en assurait le respect? Nous ne recevons pas de réponse précise à ces questions. La lacune tient, sans doute, à la destruction des cartulaires plutôt qu'à leur silence. Elle est, du reste, facile à combler avec des documents puisés à d'autres sources.

Nous savons par urf grand nombre de chartes que les limites de la sauveté étaient rendues apparentes par des croix, d'ordinaire par quatre croix dressées aux quatre points cardinaux. « Infra IV cruces », « infra cruces » sont des locutions courantes. Les croix étaient posées et consacrées en grande pompe par l'autorité religieuse.

En l'an H 06 l'évêque de Toulouse cède une montagne à l'abbaye de Conques, y institue une sauveté (salvaterram) et dans ce but procède de ses propres mains à la pose de croix1.

1 « Ego A. Tolosane urbis episcopus, cum consilio dominis castri Mauronis scilicet B. et J. fratris ejus et V. et G. et P., dos omnes iosimul dam us domino Deo et Sancti Salvatori de Concbis... illum montera in quo hedificatur Ecclesia in honore Deo et S. Fidis, sicut fontes decurrunt per circuitum per concava loci et sicut mons dividitur per cruces quas manibus nostris posuimus. Et ibi constitua tnus salvaterram in honore Dei et b. Fidis, tali pactu ut nullus miles, neque cliens , neque joculator habeat ibi domum ad habitandum , omnisque census et omnes ûducie et omnes redditus et leide macellorum et salis et omnes donationes sint monachis in perpetuum, sicut monachi melius habuerunt in villa de Cassagalater.

Et si aliquis homo vel femina habuerit feodum in villa illa de monachis et voluerit vendere , vel dare vel inpignorare alicui homini, faciat cum consilio prions; et si voluerit facere sine consilio prions, revertentur ecclesie. Et si aliquis homo est in villa illa qui haberet possessiones terrarum vel vinearum vel ortorum, vel domorum et in morte sua non haberet filios vel filias iegitimos ex uxore sua, vel recesserit a villa illa, omnes possessiones supradicte revertentur in dominio ecclesie de salvateria illa. » (1106, Cartul. de Conques, ch.

Une cérémonie plus solennelle nous est décrite quelques années plus tard. L'archevêque de Narbonne, légat du pape, les évoques de Béziers, de Carcassonne, de Nîmes, en dédiant l'église de Saint-Martin de Creissan , Bxent les limites de la sauveté qui s'étendra autour d'elle. A cet effet ils font le tour du terrain qu'elle, doit comprendre, l'abornent par des croix et prononcent l'anathème et l'excommunication contre tous ceux qui l'enfreindront1.

Parfois le côté religieux de la sauveté rentre davantage dans l'ombre. Mais si voilé qu'il soit, il n'en est pas moins substantiel. Quand des donations sont faites ou des autorisations accordées à des moines pour créer des sauvetés « ad salvitatem faciendam, construendam *, » quand des seigneurs s'obligent à respecter la sauveté d'un couvent

1 « ... Factus est convenus apud villam Creissanum in territorio Narbonensi quœ juris est Ecclesiœ Sanctorum Justiet Pastoris, cooventus in quam episcoporum clericorum quoque et lai cor u m non minima? multitudinis nobilium ac ignobilium sub potes ta te domni Arnaldi Narbonœ archiepiscopi... ad celebrandam ejusdem loci ecclesiœ dedicationem in honore Beati Martini , ad construendam quoque ibidem, ad munimentum tam futurorum, quam prœsentium salvitatem, qua communi omnium qui aderant consilio instituta et firmata, qui présentes erant episcopi locum ad eandem salvitatem circumeundo designaverunt et ejus continenciam crucibus infixis terminaverunt. Quœcumque igitur persona quicquid infra easdem cruces continetur invaserit, prœdatus fuerit aut temerariis vexationibus fatigaverit, vel ad baec consilium sive auxilium suum ministraverit , ita ut vel incolam, vel peregrinum, sive omnino aliquem in praefata salvitate iœserit aut quicquam violenter abstraient, ex auctoritate Patris et Filii et Spiritus Scti hune anatbematisaverunt et a corpore sacratissimo Dei ac Domini nostri J.-G. secluserunt.

Beliquum vero ejusdem villae terminium hoc tenore eidem salvitati addicaverunt ut infra prœfatum terminium quœcumque persona aliquid parrochianorum vel clericorum Sctorum Justi et Pastoris invaserit eidem subjaceat anathemati.

Ego Arnaldus Narbonœ archipresul et apostolicœ sedis Legatus hujus praBdictœ Salvitatis invasores prsefato anathemate ferio... » (5 décembre 1132, Doat, 55 f° 191, suiv.).

* Voyez infrà, chap. V.

HISTOIRE D'UNE SAUVETE. 185

et du village qui y attient * ou qui doit naître à son ombre8, quand enfln ils confirment, par foi et par serment, avec des restrictions qui elles aussi sont probantes,

* Souvent, il est vrai, les seigneurs turbulents de la région commencent par violer la sauveté; ils s'en repentent ensuite, la confirment, et renoncent aux droits qu'ils s'étaient arrogés. La charte suivante en fait foi :

« Ego Bernardus de Durban una cum sponsa mea nec non cum filiïs meis... recognosco injuriam quam pater meus fecit in onore Stl Stephani Asiliensis, et malignos usus quos super imposui ego dimitto domino Deo et Sancto S. et abbati Petro et omnibus monacbis Asili Deo servientibus tam près, quam futuris, ac conventione ut nec ego nec aliquis ex heredibus meis in monasterio non capiam ospicium per mandatum nec aliquam vim in omni honore faciam... Insuper justicias tocius salvetatis (Asili) et leddas mercati dimitto ut de omnibus forifactibus abbas faciat justiciam aut cui ipse jusseril. Et promitto et affirmo, juro super quatuor evangelia et omnes reliquas suprad. ecclesie ut hec emendacio omnium malorum usuum salva sit et firma absque omni diminutione et vexatione tam per me quam per omnes eredes nostri generis in eternum... »

Les formules d'imprécation contre les violateurs de cette charte sont d'une énergie singulière : « Maledicti fiant de vertice capitis usque ad plantam pedis et fiant filii eorum orphani et uxores eorum vidue, et in memoria apud Deum nunquam fiant et maledicti fiant ambulantes et stantes vel sedeotes, manducantes vel bibentes, dorai ien tes et vigilantes. » (1067, Cartul. du Mas d'Azil, MS. 4e charte).

* Le respect de la sauveté est comme le centre des autres avantages concédés par le seigneur en vue de la ville neuve à créer. J'en prends un exemple dans l'un des cartulaires de Moissac :

« Ego Artmannus et frater meus vicecomes Ademarus nec non et Poncius, donamus omnipotenti Deo et Sanctis ejus apostolis Petro et Paulo monasterio Moysiaco... ecclesiam Sancti Saturnini sitam in pago Caturcino in loco vulgo Siurag denominato quœ nobis evenit jure hereditario successione parentum nostrorum.

Dam us quoque eidem ecclesie cimiterium ab integro totum simul cum babtisterio nec non et fevum presbiterale et tantum ex decimo quantum pertinet ad sacristaniam illam et in circuitu ecclesie illius tantum terre foris cimiterium quantum sufficiat ad construendam villam amplam in longitudine et latitudine si cuti mo(n)stratum est a nobis determatis finibus coram plurimis testibus. Donamus etiam in bosco nostro juxta posito qui dicitur Fornales tantum quantum ad

le droit d'asile d'un espace délimité par des croix \ n'est-ce pas toujours la crainte révérentielle des choses saintes et le respect du pouvoir religieux qui sont à la base de l'institution *?

usum monachorum omniumque hominum ibi degentium in calefactione et in domorum suarum edifîcatione seu tocius ville construction^ suffîcere possit.

... Promittentes Deo et Sancto Petro nunquam de in ceps per nos nec per ullam nobis suffectam personam... in hac nostra cessions, in ecclesia scilicet sive in villa Siurag infra terminos salvationis constitutos quicquam per vim accepturos, nec in mercato quem similiter Sancto Petro dam us aliquid quacunque occasione rapturos, nec ullas personas ibi advenientes sive manentes ullo modo in exitu vel ingressu absque audientia abbatis seu proclamatione fratris ejus loco ibi manentis pro qualicunque culpa distringere, sed fideliter omni tuicione servare et custodire omnia que nunc ad jus ecclesie illius videntur pertinwe vel in futuro Deo volente et bonis viris iargientibus poterit acquirere... » (1074, 1er CartuL de Moissac, MS. f* 5 r°-v°. — Cette charte a été publiée d'après une copie défectueuse de Doat dans H. du Languedoc, V, col. 604-605).

1 « ... Omnibus tam laicis quam clericis ad eundem locum (Mont Saint-Jean, lieu où une église devait être construite) confugientibus et habitationem in eodem loco sibi preparantibus aut mansionem ibi habentibus infra terminos crucum, ego Willelmus et ego Aymericus pacem salvationem et securitatem in omnibus rébus et corporibus suis promisimus, Ode ac sacramento confirmavimus, tam nos quam milites nostri et clientes. Si quis autem pro aliquo timoré, offensione, vel forifacto, de alio loco ad istum locum pro salvatione rerum et corporum suorum confugerint, illis fide et sacramento confirmavimus quatinus ibi pacem et salvationem hac ratione habeant ut ejusdem loci monachi super illos clamantibus et justitiam requirentibus justitiam faciant. Si vero non potuerint, illos et res eorum a se expellant. Illi autem recedentes et res eorum per triduum pacem ab omnibus hominibus habeant... » (1119, CartuL de Cluny, Cart. B, MS. f° 284 v<>).

* En Bretagne, les immunités ou sauvetés (menehi, minihi) qui se rencontrent du ixe au xne siècle dans le cartulaire de Redon (en. 107, 108, 140, 142, 150, 252), et qui se retrouvent dans le cartulaire de Landévennec (16-21) semblent synonymes de monachia ;d'Arbois de Jubainville, CartuL de Landévennec, p. 592).

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