CHAPITRE IV
Dans toutes les villes importantes, nous apercevons une cité ou castrum et des bourgs extérieurs. Au sein de la cité, un château, véritable forteresse, castrum, dans le sens restreint, castellum, arx, maxima turris, motla, capitolium, etc. *, qui représente au regard de la ville le château-fort au regard de la plaine; des châteaux plus petits, des tours, des cours ou maisons fortifiées, qui correspondent aux tours de bois, aux villee fortifiées, aux fermetés du pays ouvert; enfin des églises et des couvents, des palais épiscopaux ou abbatiaux avec leurs ouvrages de défense, avec les maisons qui se pressent autour d'eux, qui s'y accrochent, qui s'y cramponnent, à l'ombre de leur protection. Les bourgs extérieurs sont espacés, semés autour de la ville. Ils ont chacun son existence propre et son système de défense militaire ou religieuse.
Partons de la Normandie et descendons en spirale à travers le cœur de la France, de Rouen â Carcassonne.
1 « Castrum quod supereminet civitati » (Vienne). (D. Bouquet, XI, p. 549 C).
Castdlum : c'est l'expression usuelle.
Arx, du vicomte de Tours. (D. Bouquet, XII, p. 507 D).
Maxima turris, construite à Sens par le comte Bernard le Vieux en 999 [ibid., X, p. 2Î2 C).
Motta, dominant la ville de Ballon (Orderic Vital, IV, p. 47..
CapUolium, a Saintes. (Adémar de Chabunnes, D. Bouquet, X, p. 461 D).
On rencontre aussi l'expression praetorium, qui rappelle le castrum romain (Alençon, Le Mans) (Orderic Vital, III, p. 262, IV, p. 100;, celle de donjon (dangio) (Évreux) (Orderic Vital , III, p. 262, IV, p. 279).
Dans la lenlalive qui fut faite en Tan 1090 pour enlever Rouen au duc de Normandie, Robert Courteheuse, l'aspect extérieur de la ville nous est clairement décrit par Orderic Vital. Quatre portes donnent accès à la cité; chacune d'elles regarde un des points cardinaux. Près de la porte orientale se dresse la citadelle, arx, turris, où se tiennent le duc et ses fidèles, et d'où ils fondent sur les insurgés. En franchissant ces portes, on arrive dans les bourgs suburbains, les faubourgs qui, plus tard, seront réunis à la ville, le vie us, dit Malpalu, le hameau d'Emendre ville \ les habitations groupées autour de l'abbaye de Saint-Ouen f.
Deux villes ont été réunies au milieu du xive siècle pour former la ville actuelle de Tours :
1° L'ancienne cité romaine. Ses murailles avaient été réparées hâtivement au temps de Charles le Chauve (869) *. Une des principales tours de son enceinte, reconstruite ou restaurée, transformée en château par le comte d'Anjou et de Touraine, Hugues l'abbé (867-886), devint, sous le nom de tour feu Hugon, le siège de l'autorité comtale \
2° Un bourg franc né à proximité de la ville (à moins d'un kilomètre de distance), autour de l'antique abbaye
1 « Per orientalem portam egressus est , et mox a suburbains vici, qui mala Palus dicitur, fideliter ut specialis herus susceptus est. Deinde cymba parata, Sequanam intravit, et relicto post terga coqflictu, trepidus ad Ementrudis villam navigavit. » (Orderic Vital, III, p. 354).
2 « Cœnobium Sancti Pétri principis apostolorum in suburbio Rotomagensi fere LX annis reiit, mirœque magnitudinis et élégant iae basilicam cœpit, in qua corpus Sancti Audoeni ejusdem urbis arebiepiscopi cum raultis aliis sanctorum reliquiis requiescit. » (Orderic Vital, H, p. 247. Adde, II, p. 365).
3 « Karolus civitates Transsequanas, ab incolis fi r mari rogavit, Cinornannis scilicet ac Turonis, ut prœsidio contra Nortman nos populis esse possent. » (Annales de Saint- Bertin, éd. Dehaisnes, p. 199).
4 Cf. Giry, Les établissements de Rouen (Paris, 1883), I, p. 207.
de Saint-Martin. Dès le ixe siècle, il participe aux immunités de l'abbaye ! et, dès les premières années du siècle suivant (904-918), à la sécurité que leur assure à tous deux une commune enceinte fortifiée. Désormais le bourg sera un castrum, il s'appellera castrum novum , Château-neuf. Des maisons de bois et de pierre s'y presseront*, les changeurs y dresseront leurs tables, les marchands leurs étaux3.
Ville et bourg auront leurs destinées distinctes, comme ils ont leurs seigneurs différents, — celle-là le comte d'Anjou, celui-ci l'abbaye de Saint-Martin, — jusqu'au jour où grossis par les faubourgs qui s'accrochent à leurs flancs, ils finiront par se rejoindre et, pour résister aux Anglais, devront se donner une même enceinte et une administration commune (1357-1359).
La grande ville gallo-romaine de Bourges s'était lors, des invasions du cinquième siècle 4, rétrécie en un périmètre étriqué, derrière des remparts formés d'entassements hâtifs de débris d'architecture : chapiteaux et colonnes , pierres équarries ou sculptées5. Elle devint un castrum, avec ses quatre portes, et ses tours symétriques, avec sa maîtresse tour qui servira de château à l'époque féodale et dont Suger, au douzième siècle , attestera encore l'im-
1 Voir les textes dans Giry, op. cit., I, p. 185-186. 3 Voyez la note suivante.
3 « Ego Andréas sacerdos S. Martini canonicus... dono Sancto Marti no et canonicis ejus in prœsenti capitulo, medietatem domorum mearum taux petrinarum quam lignearum quas juxta mu ru ni castelli Sancti Martini extra et intra in vicinia portœ in dextra parte egressus castelli ejusdem possideo, et unum stallum meliorem videlicet de duobus quos apud draparios habeo. » (1098, Armoires de Baluze, 76 f° 149 r° et v°. — Dom Housseau, t. III, n<> 1024).
« Guillelmus de Mirebello calumniabatur canonicis Sancti Martini domum lapideam quam habent in "area Sancti ejusdem ante stallos eambitorum. » (1070-1086, dom Housseau/4t. II3, f* 164, n° 746).
4 Voir H. Boyer, Les enceintes de Bourges (1889), p. 103.
5 Raynal, Histoire du Berry, I, p. 115.
portance politique1. Au dedans el autour du castrum, la population se cantonne dans des bourgs ou des faubourgs. Elle y trouve, à des degrés variables, la sécurité pour la personne et pour les biens *. Le nombre des faubourgs (bourgs extérieurs) était considérable si, comme il semble acquis, le premier agrandissement de la cité n'a eu lieu que vers Tan 41503.
Au témoignage d'un chroniqueur du xue siècle, Hugues de Poitiers, moine de Vezelay, la cité de Nevers n'était dans le principe qu'un castrum d'une dimension si exiguë qu'il la compare à un petit village4. Un gros bourg se construisit en dehors de la cité (in suburbio), dans la zone de protection de l'abbaye bénédictine de Saint-Étienne; bourg franc, doté de privilèges, en 1090, par le comte de Nevers, en même temps que l'abbaye qui lui servait de sauvegarde était munie de remparts et de tours5.
1 « De W. vero de H. quem ad muniendam et custodiendam turrim Bituricensem miseramus, dileciioni vestrœ signiflcamus praepositos Bituricenses et Cadurcum ei tu r rem negasse... Quod per présentera nuncium vos ipsis prœcipere scribendo volumus. » (Lettre à Raoul, comte de Vermandois, Œuvres compl. de Suger, éd. Lecoy de la Marche, p. 262).
2Raynal, Histoire du Berry, I, p. 218, 392, 428. Le bourg de Saint-Ursin, par exemple, est déclaré franc, en ces termes, par le vicomte de Bourges, GeofTroi (peu après 1012) : « Ita liberum facio ipsum vicum ut nemo ex meis hominibus, neque praepositus neque vicarius ullus neque aliquis serviens aliquid ibi accipiat... Et si aliquis homo ad ipsam (ecclesiam) fugerit, nemo prœsumat eum persequi neque judicare, nec vi ab ipso burgo abstrahere. » (Op. cit., p. 428, note 2j.
3 H. Boyer, Les enceintes de Bourges, toc. cit.
4 « Castrum Nivedunum, quod nunc dicitur Niverais... castrum illud antiquissimum quidem, sed instar vicuii exiguum. » (Origo et Historia Nivern. comitum, Crouzet, Droits et privilèges de la commune de Nevers (Nevers, 1858), 2e part., p. 143).
5 « Ego Willelmus, Dei gratiâ Nivemensis cornes, ... monasterium ... in honore ... protomartyris Stephani ... in suburbio Nivernensi, propriis sumptibus reœdificavi... Primum quidem ipsum locum alti
Quand une enceinte commencée à la fin du xne siècle et achevée au début du xin* rétinit la ville et le bourg, toas deux n'en gardèrent pas moins leur régime séparé. Le bourg, je le dirai plus loin, demeura régi par la charte de 1090, alors que la ville le fut par des privilèges octroyés de 1194 à 1231.
La ville gallo-romaine de Vesone, Augusta Vesuna, s'étendait sur un vaste espace entouré par la rivière Tille et bordé de coteaux f. Sur cet emplacement, n en occupant même qu'une faible portion , deux villes se bâtirent dont la réunion donna naissance à Péri gueux : la cité [Petrocorica civitas, Petrocoriorum urbs), appuyée à la citadelle romaine qui lui fournit son principal château (castrum Petragoricum) et défendue en outre par trois châteaux de moindre importance (les châteaux de Bourdeilles, de Limeuil et de Barrière); un bourg groupé autour du monastère de Saint-Front, qui lui donna son nom {Podium, villa Sancti Frontonis)*. La cité dépendait de l'évêque, le bourg de l'abbaye, sauf encore les droits des seigneurs particuliers, des châtelains surtout. Leur développement, leur condition, leurs intérêts restèrent séparés et s'entrechoquèrent jusqu a ce qu'en Tan 1240 un traité en fit une même ville , la ville et cité de Périgueux.
fortisque mûri clausura per circuitum ambivi : deinde nobiie monasterium cum tribus turribus satis puichro venustoque opère... ooostruxi. Dono et concedo... totum Burgum sicuti modo pro Burgo habetur, aut unquam melius habebitur, qui jam ex re nomen habens, Burgus Sancti Slephaoi appellatur, cum terra et hominibus inibi hospitatis seu hospitaturis , om ni busqué consuetudinibus quas inibi habebam, nihil mihi penitus in ea (eo?)retinens. » (1000, Crouzet, op. cit., p. 1*7, 149).
1 Ne pouvant Qu'attarder a des détails topographiques , je me borne à renvoyer au plan placé en tête des Antiquités de Vésone, par W. de Taillefer ;T. I, Périgueux , 1821).
2 Cf. le Dictionnaire topographique de la Dortiogne , par le Wu de Gourgues. (Paris, 1873).
En 1037, le comte de Toulouse, Pons, donne à sa fiancée Majore, à titre de sponsalitium , l'évêché, la cité, la monnaie, le marché d'Albi, « episcopatwn Albiense, et civitatem, et moneta et mercatum1. »
A côté de la cité existaient un ou plusieurs bourgs que le vicomte d'Albi tenait sans doute, comme la cité elle-même et l'évêché * , en fief total ou partiel , du comte de Toulouse. Dans un acte contemporain du précédent et relatif à la construction du pont d'Albi, le vicomte Bernard Aton est appelé proconsul de Nîmes, prince d'Albi, et Ton mentionne la présence des citadins et des bourgeois (cives et burgenses) auxquels sont venus se joindre les habitants des châteaux et des villages voisins8. L'entreprise intéressait en effet la ville (villa) dans son ensemble (cité et bourg) et toute la région albigeoise \ — Par cives,
1 « Ego in Dei nomen Poncius dono tibi, dilecte sponse mee Maiore, episcopatum Albiense, et civitatem et moneta, et mercatum, et vineasin dominio et villa Magniloci... » (Albi, 14 septembre 1037, Hist. du Languedoc, nouv. éd., V, col. 428). — De pareilles libéralités faites à des femmes ne sont pas rares et elles mettent en pleine lumière l'état de dépendance domaniale des villes. En 990, Guillaume , vicomte de Béziers et d'Agde , lègue à sa fille Garsinde la cité de Béziers et à sa femme Arsinde la cité d'Agde. {Hist. du Languedoc, nouv. éd., V, col. 318). —En 4095, Bertrand, fils du comte de Toulouse, Raimond Saint-Gilles, constitue en sponsalitium à sa fiancée , Hélène de Bourgogne , les cités de Rodez , de Cahors , de Viviers, d'Avignon , de Digne, le tout selon la loi romaine qui est sa loi, c< sicut lex mea Romana est. » (Hist. du Languedoc, V, col. 738-739;.
* Vers 1038 l'évêché est vendu par le vicomte d'Albi et son frère au prix de 10,000 sols dont moitié pour les vendeurs et moitié pour leur suzerain, le comte de Toulouse. [Hist. du Languedoc, V, col. 432-433).
3 « Communi petitione supplicique rogatu omnium tam civium quam burgensium Albensium, multorumque aliorum, quos supradicti episcopi ad postulandum secum quod ipsi postulare decreverant , ex vicinis cas tel lis et vicis advocaverant. » (vers 1035, Hist. du Languedoc, V, col. 414-413).
4 « Voluerunt ponte ni fîeri super Tarnum, in alodio beati Salvii,
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il faut certainement entendre les habitants de la cité; par burgetises, à la fois ceux des faubourgs [suburbium, burgus) et ceux d'un château-fort considérable qui, adossé extérieurement à l'enceinte de la ville, commandait le Tarn : le castrum vêtus, Castelviel.
Son antiquité n'est pas douteuse, car, dès Tan H 43, il est question d'un castellum novum1. Que, d'autre part, le Castelviel fût distinct et de la cité et du bourg d'Albi , qu'il eût sa population propre et ses châtelains* relevant directement du comte de Toulouse, cela ressort d'un acte du douzième siècle, par lequel ce comte engage au vicomte Raymond Trencavel le château et le fief (châtellenie) de Castelviel avec toutes ses dépendances en chevaliers, manants et biens. Il y ajoute expressément les droits qu'il possède sur la cité et sur le bourg d'Albi, à l'exception de la paix ou pezade *.
Bien que nos renseignements sur l'histoire interne de
ad communem villœ meliorationem et tolius Albegeis utilitatem... Test i s est maxima multitudo tam incolarum quam eorum, qui ad conferenda suffragia in tam utiiissimo opère con vénérant. » (ibid., col. 415).
1 « Solvo castellum no vu m de Albia. » [Hist. du Languedoc, V,col. 1071).
* Dom Vaissette conjecture qu'ils descendaient d'un vicomte d'Albi, ayant porté le nom de Frotaire ou Frotier, nom traditionnel dans la famille de ces vicomtes. {Hist. du Languedoc, III, p. 341).
3 « Ego Raymundus cornes Tolosanus... obligo et jure pignons trado... omne jus et dominationem quam habeo et habere debeo et cornes Tolosanus habere débet vel aliquis homo vel fœmina per me habet et possidet in Castroveteri et in omni honore ad ipsum castrum pertinente... in militibus prœdicti honoris, in hominibus et fœm inabus, in feudis et fedalibus... in exitibus et redditibus, in censibus et usaticis, in dominicaturis et albergis, in fîrmantiis et justiciis, in heremo et condirecto. Adbuc etiam cum praescripto Castroveteri... obligo vobis omne jus et dominationem quam habeo in civitate et burgo de Albia vel aliquis homo aut fœmina a me et per me habet et possidet in praedicta civitate et burgo, excepta pace quam mihi retineo... » (1163, Hist. gén. du Languedoc, V, coi. 1269-1270;.
Toulouse soient pauvres pour le xi* siècle, la distinction entre la cité, le bourg et le château apparaît clairement. La cité est enclose de murs, le bourg s'appelle alors bourg de Saint-Sernin1 , car c'est autour de cette église, protégée également par des remparts2, qu'il s'est formé; le ' château est une citadelle qui sert en même temps de palais aux comtes de Toulouse et que, plus tard, la Chanson des Albigeois qualifiera encore de château merveilleux '.
Des seigneurs féodaux, comte, vicomte et châtelain commandent dans la cité et le château. Dans le bourg, l'autorité passe graduellement au chapitre de Saint-Sernin4, et quand, au siècle suivant, une administration municipale se constituera, elle ne sera pas la même pour la cité et pour le bourg. Dès le xie siècle, ou les premières années du xn°, l'Église de Saint-Sernin perçoit des droits de tonlieu dans le bourg'; elle y a des artisans qui ne
1 Charte de Guillaume IV, comte de Toulouse, au profit de la cathédrale de Saint-Étienne (vers 1077) : « Dodo... salis mei medietatem quod accipio et habere videor de Sancto Saturnin i burgo. » (Hist. du Languedoc, V, col. 629). — Dom Vaisselle remarque au sujet de ce bourg « qu'il n'est pas différent de ce qu'on appela dans la suite le bourg de Toulouse, et qui fut gouverné par des magistrats municipaux particuliers. » (Hist, du Languedoc, II(, p. 391). — Le Cartulaire de Saint-Sernin, récemment publié, fournit une autre mention contemporaine de la précédente : « Quicquid habeo in parrochia Sancti Saturnini sive in Burgo, vel extra burgum. » (vers 1080, en. 133, p. 98).
* « Quod si non faceret, tamdiu staret captus in burgo Sancti Saturnini infra voilas.*. » (vers 1106, Cartel, de Saint-Sernin, cb. 434, p. 97).
3 « Castel mxrable. » (Chanson de la Croisade contre les Albigeois, éd. Paul Meyer, I, v. 8675, II , p. 429).
4 Le chapitre fut transformé en abbaye Tan 1117.
5 Ce tonlieu est perçu sur le grain qu'apportent, pour le vendre, les personnes étrangères à la cité et au bourg, et nullement, comme le traduit par erreur Dom Vaissette (III, p. 507) « sur celui que les habitants de la ville et des faubourgs mettront en vente. » Le texte porte : « Ut quicumque prseter inhabitantes in suburbio vel in civirtate allatam annonam a modo vendiderint, de unoquoque cestario
doivent d'impôt qu'à elle seule1; elle y jouit du droit d'établir un four seigneurial2; elle lève sur les Juifs l'odieux impôt que les chartes latines nomment le coup de poing des Juifs {colafus Judeorum), sorte de prime d'assurance contre un déchaînement de violences traditionnelles dont certaines époques de Tannée amènent le retour, comme d'une fêle périodique3.
Vers le même temps, d'autres faubourgs naîtront soit
Sctus Saturninus et canonici unam junctatam suscipiant. » (1098, Hist. du Languedoc, V, col. 755, CartuL de Saint-Sernin , ch. 291, p. 206) .
1 « Ego Philippia Tolosana atque Pictavensis Comitissa... ooncedo et dono... ecclesiœ B. Saturnini tara presentibus quam futuris liber* tatem, quod habeant in burgo unum sutorern et unum pellificem qui consuact eis vestimenta sua, sine omni questu, sine omni censu, sine omni usu, excepta justici a nostra, si in eis evenerit. » (1098, d'après VHist. du Languedoc, vers 11 12, d'après l'éditeur du Gartul. de Saint-Sernin; Hist. du Lang., V, col. 756. CartuL, p. 207-208).
3 o Concedo et dono eis liberam facultatem , quod si quis honores eorum vastaverit , vel booa eorum rapuerit et admonilus corrigi vel rapta restituere noluerit, quod in burgo vel in civitate eum distringant et capient, donec eis satisfaciat et res eorum restituât » (Môme Charte, ibid.).
« Concedo et dono eis facultatem liberam quod ubicumque voluerint in burgo faciaot unum furnum et in dominio suo possideant et leneant et habeant. » (Ibid.).
3 « Ego Amelius, Dei gratia Tolosanus episcopus... leddam quam a festivitate Omnium Sanctorum usque ad festum B. Saturnini episcopus in burgo pro coUifo Judeorum datant, injuste canonicis et decano auferebat, absolvo, reddo et dimitio clericis B. Saturnini presentibus et futuris. » (vers 1106, CartuL de Saint-Sernin, ch. 286, p. 201).
Adémar de Chabannes rapporte un tragique épisode bien propre à définir ce droit du coup de poing ou du soufflet des Juifs. Vers Tan 1020 le chapelain d'Aimeri, vicomte de Rochechouart , vint à Toulouse avec son seigneur, aux jours de Pâques. Suivant l'usage , il donna dans la cathédrale de Saint -Etienne un soufflet (colapkum) à un Juif, et avec une telle violence qu'il fit jaillir par terre la cervelle et les yeux de l'infortuné : « Hugo capellanus Almerici vicecomilis Rocacardensis, cum eodem seniore suo Tholosœ in pascha adfuit, et colaphum Judeo, sicut illic omni pascha semper moris est,
aux dépens des campagnes environnantes, soit aux dépens de la cité et du bourg ancien, grâce aux franchises spéciales dont ils seront dotés. Guillaume, comte de Poitiers et de Toulouse, ne donne-t-il pas, Tan 1115, à l'abbaye de Lezat tout le terrain nu qui s'étend devant la porte du château narbonnais, en pleine immunité et seigneurie? Les habitants de la cité et de la ville (cives et urbani*) pourront s'y établir librement, à la seule charge de s'ac-
imposuit , et cerebrum illico et oculos ex capite perfido ad terram effudit, et statim mortuus , a sinagoga Judeorum de basilica S. Stephani elatus, sepultura datus est. » (Adémar de Chabannes, Chronique, livre III , cap. 52. Migne, t. 141, fol. 64).
Au témoignage d'une charte du xne siècle les violences étaient légalement déchaînées contre les Juifs , à Béziers , tous les ans pendant dix jours (jour et nuit), depuis la première heure de la veille des Rameaux jusqu'à la dernière heure du lundi de Pâques. Ils payèrent en Tan 1160 une somme d'argent à l'évoque Guillaume et s'engagèrent à remettre annuellement, le jour des Rameaux, quatre livres, monnaie de Melgueil , à l'église de Saiot-Nazaire , en échange de la promesse que tout clerc ou tout serviteur de clerc qui les assaillirait durant cette période de l'année serait passible d'excommunication , et que l'évoque ne garantirait pas les bourgeois des représailles auxquelles leurs attaques pourraient les exposer : « Remitto... vobis Judeis praesentibus et futuris commorantibus in civitate Bit terris per me et per omnes successores meos illum impetum et insuUum et lapidationis bellum, quod jure vel injuria more solito solebant Christiani ad versus Judeos hujus villœ facere a prima hora diei sabbati ante Ramos Palmarum usque ad extremam horam secunda? feriae post Pascha, die vel nocte. Et si forte contigerit quod aliquis meorum ckricorum vel familiœ eorum projecerit lapidem adversus Judeos vel infra septa suarum domuum his diebus prohibitis vel noctibus... in excommunicationis examine eum ponimus. Et si aliquis laicorum hujus villœ adversus pradictam prohibitionem fecerit, nec ego, nec aliquis meorum successorum vel clericorum eum in hoc manutenebimus neque defensionem prœstabimus. » (His t. gén. du Languedoc, V, col. 1235).
1 Urbani doit avoir ici le sens de suburbani, comme oppidum a souvent le sens de suburbium (voyez sur ce dernier point Ducange, v° Oppidum). Peut-être même y a-t-il eu une erreur de copiste. Le car tu la ire MS. porte, en tout cas, Urbani.
quitter envers lui, des services et des cens qu'ils lui devaient dans le passé, et sans qu'ils puissent y être saisis de force par ses officiers '.
A Béziers se retrouvent château, cité et bourgs. Le château, au xe siècle, comprend une église, l'église de Saint- Sauveur*. La cité est léguée alors — avec tout le domaine qui s'y rattache et avec son évôché — par le vicomte Guillaume à sa fille Garsinde3. Des bourgs nombreux s'offrent à nous, à partir du xie siècle, appartenant les uns à des seigneurs laïques, les autres dépendant des églises ou du siège épiscopal. En l'an 1105, le vicomte de Béziers acquiert un bourg suburbain qui avait eu jusque-là ses seigneurs particuliers*. Dès 1096, l'évêque était en conflit avec les vicomtes au sujet de son bourg de Saint- Nazaire8. Le conflit renaît et s'étend à d'autres bourgs
1 « Ego Guillelmus cornes... dam us etfirmamus jure perpetuo illam plateam et totum illum locum quod videtur esse an te portam castri Narbonensis, sicut melius tenemus vel dare possumus; tali convenientia ut super ipsos qui ex alienis regionibus ad eundem locum causa manendi devenerint seu habitaverint ullus p ri n ceps vel ullus vicarius seu aliquis ex nostra familia principatum vel dominationem seu justicias non requérant sed secureet libère sanctissimo serviantconfessori Antonio atque ejusdem loci dominis. Si qui vero ex civibus atque urbanis ad istum transtiolaverint locum inibi ut habitarent, volumus... ut illud fidèle servicium atque illud censum quod illorum predecessores nostris curaverunt légal i ter persolvere antecessoribus fldeliter nobis persolvendo inpendant. » (1 1 15, Cartul. Lezat. MS. latin 9189 f° 218 r°, col. 2. — Hist. du Languedoc, V, col. 849).
* « Ordinavit a Sancto S al va tore quod est fundatus in castello Bitterris civitate. » v990, Hist. du Languedoc, V, col. 317;.
3 « Et ordinavit G. vicecomes a filia sua Garsindis civitate quod Bilerris (lacune) cum ipso episcopatu et cum ipsa honore quod ad ipsa civitate pertinel et cum ipsos fiscos. » (/6irf., col. 318).
4 « Ego Agnes et ego G... diftinimus tibi Bernardo-Atoni... totum ipsum burgum de Biterri qui fuit de Gauceliuo-Arnaldi et ipsam led- (Jam de ipsis troseilis. » (1105, Hist. du Languedoc, V, col. 794).
5 « Manfred... Tannée... 1096, fit une plainte qui se void dans les Archives de l'Évesché contre Menguarde, vicomtesse de Béziers, sur ce qu'elle luy prenoit les droicts féodaux du bourg de S.-Nazaire,
épiscopaux, dans le courant du xn* siècle. Nous pouvons, grâce à la sentence du comte de Toulouse qui y met fin (1131), non seulement constater la multiplicité des bourgs ecclésiastiques, mais aussi entrevoir par les différences qui subsistent encore celles que présentait anciennement la condition de leurs bourgeois par rapport aux habitants de la cité et du bourg vicomtal.
Si les uns et les autres doivent le service militaire à l'évèque1, les premiers sont sous sa dépendance arbitraire, supportent queste, cens, ban vin, redevances de toute nature', tandis que leurs voisins sont régis déjà par des consuls3 et ont obtenu, sans aucun doute, des réductions partielles4 et une fixation de leurs devoirs. Il me semble même ressortir de la charte que le serment que l'évèque reproche à ses bourgeois d'avoir prêté au vicomte de Bé-
ensemble le poivre, le sucre et les peaux d'agneau que les Juifs payoient aux Évesques le jour de Noël. » (Andoque, Catalogue des Évesques de Béziers , Béliers, J650, p. 59).
... En l'année 1095... il unit à la sacristie moindre de S.-Nazaire, les Églises de S.-Fœlix, de la M agdalene , de Sai net- Saturnin , de S. -André et de S. -Julien. (Ibid., p. 58).
1 u Quod omnes burgenses totius villa? Bitterrensts, sui scilicet et vicecomitis, in expeditione eu m sequantur ad admonitionem episcopi per se vel per suum nuncium factam. » (Hist. du Languedoc, V, col. 976).
1 « Quod episcopus in burgos Scti Jacobi et in alio burgo episcopali, quod dividitur a burgo eorum via publica quœ recto itinere discurrit a majori porta civitatis ad ecclesiam Scti Saturnini el in aliîs mansionibus quœ ad Bitterrensem ecclesiam pertinent in villa Bit terre n si , quistam et firmantias, placita et justicias et manlents et vetum vinî, ... et censum de vino et de calcheriis et mortuorum lectos et cereos usaticos in villa Bit. habeat. » (foicf.,col. 976).
3 Je ne connais pas d'acte plus ancien qui mentionne des consuls dans le Languedoc.
* C'est ainsi que Bernard A ton , le père des deux vicomtes de Béziers qui figurent dans notre charte, avait renoncé vers M25, moyennant la somme de mille sols melgoriens, aux questes et toltes dûs jusque-là par les habitants de Nîmes. (Hist. du l/mguednc, III, p. 671).
ziers et à ses hommes, et dont le comte de Toulouse ordonne qu'ils soient déliés par ce vicomte et par les consuls, était une sorte de serment de commune devant soustraire les bourgeois de l'évêque et à sa justice et i ses exactions seigneuriales1.
Le grand amphithéâtre romain de Nîmes avait été transformé en forteresse par les Wisigoths et le resta durant tout le haut moyen-âge. C'était le château des Arènes, castrum, castellum de Arenis*. Les vicomtes de Nîmes attachèrent le plus grand prix à sa possession3; ils en firent le centre d'une châtellenie*. Quatre portes correspondant aux quatre points cardinaux y donnaient accès, deux églises y furent fondées6. Il formait une petite cité dans la grande. Sa population, composée en majeure partie de chevaliers6 ou d'hommes d'armes, vivait sous un régime indépendant de celui de la cité. Cette indépendance se
1 u Cooquerebatur... de juramento quod feceraût sui burgenses qui stabant io suis burgis ipsis prœdictis f rat ri bus et matri eorum et hominibus eorum et de veto vioi, et de quista, etc.. » — « Ut prœdicti frntres absolvant a sacramento et absolvere faciant a consulibus BUterrensibus omnes hominee qui morantur in burgis ad ecclesias Biterrenses pertinentibus. » (Ibid., V., col. 975-076). — Cf. pour le surplus sur cette charte mon 1. 1, p. 172-173.
* « In Nemauso civitate, ante castrum Arenae. » (876, CartuL de Nimes, p. 3}. — « In castro Arène. » (898, ibid., p. 18). — « Infra civitatem Nemauso, in loco ubi vorant Campo-Marcio. Confrontât de oriente in via que discurrit ad castrum Arena. »( 1108, ibid., p. 308). — « MCXXX obsessum est castnim Arenarum. » (Chronique de Nîmes, Hist. du Languedoc, V, col. 29).
3 Voyez les serments que le vicomte Bernard Aton se fait prêter au sujet de ce château, (vers 1100, Hist. du Languedoc, V, col. 764).
4« Et caslaniam Arenarum et fevum quod hommes tenent per caslaniam castri Arenarum. » (1146, Hist. du Languedoc, V, col. 1082).
6 « Cape) las S. Martini et S. Pétri quae sunl in castelloquod dicitur Arenas. » f 1 100, Hist. du Languedoc, V, col. 762). — « Infra muros ipsius civitatis in ecclesiam S. Martini de Arenis. » (1156, Car t. de N(mes , p. 336).
• Cf. Hist. du Languedoc, V, col. 763-764.
manifesta encore quand l'administration consulaire fut instituée à Nîmes1 et même quand un conseil commun régit la cité et le château : les chevaliers des Arènes furent représentés par des consuls spéciaux.
La ville de Montpellier tire son origine de la réunion de deux bourgs voisins, réunion bien postérieure au xi* siècle : le bourg de Montpellier groupé au pied d'une colline, à proximité de la ville gallo-romaine de Substantion1 dont le suburbium parait avoir été très étendu' et près de laquelle nous trouvons plus tard un vaste château neuf, caste llum novumk\ en second lieu , le bourg de Montpellieret né sur le flanc opposé de la même colline et peuplé peut-être des fugitifs de Maguelone quand cette ville fut détruite en 737 par Charles Martel5 et son évèché transféré pour trois siècles à Substantion.
D'après la tradition, les deux bourgs, compris dans le patrimoine des comtes de Melgueil et de Substantion, auraient été cédés vers la fin du xe siècle par deux descendants de celte maison à l'évêque de Maguelone. C'est dans ses mains, en effet, qu'ils sont au siècle suivant; mais ils n'y restent guère. Aussi bien que la jonction matérielle, l'unification politique est loin d'être accomplie.
L'évêque commence par retenir devers lui le bourg de Montpellieret, et donne Montpellier en fief à une famille, destinée à grandir, dont l'un des ancêtres avait, dès l'an
1 Les consuls de Nîmes n'apparaissent dans les chartes qu'à partir de 1144. (Hist. du Languedoc, V, col. 1073-1074). * Voyez la note suivante.
3 « In suburbio castri Substantionensi . in villa quae vocatur villa Vitis. » (980, Hist. du Languedoc y. col. 258).— « In suburbio Castro Sustancionense, infra terminium de villa quae vocant Ternantis. » (982, ibid., col. 295).
4 « Et Castrum-Novura cum suo terminio, et Substantionem et quidquid h ibeo in tota parochia S. Felicis de Substantione. » (1 120, ibid., col. 888). Cf. ibid., col. 954(1129).
5 Cf. Germain, Histoire de la commune de Montpellier, I, p. vin.
985, obtenu du comte de iMelgueil une concession foncière dans ce bourg1, la famille des Guillems.
De son côté, le comte de Melgueil n'a pas abdiqué tous ses droits. Nous le voyons ne renoncer que vers 1080, au profit de Guillem IV, son futur gendre, à des prétentions de haute justice et de seigneurie sur les habitants de Montpellier*.
Quelques années plus tard, la pluralité des pouvoirs et le morcellement seigneurial s'introduisent ou s'accentuent dans chacun des deux bourgs.
Guillem V avait essayé de se rendre indépendant de Tévêque de Maguelone. Il encourut de ce chef la commise de son fief, mais — ainsi qu'il arrivait d'ordinaire pour des vassaux redoutables — il lui fut rendu augmenté. Par l'accord qui intervint, Tan 1090, Tévêque y ajouta le tiers du bourg de Montpellieret. Un autre tiers devait être attribué à un seigneur du nom de Bernard Adalfredi, et le troisième tiers retenu en propre par l'évoque*. Des chartes
1 « Ego Bernardus cornes... donatores su m us Guillelmo, pro suo servi tio vel benevolenlia, aliquid de alodem de nostrum proprium, qui est in territorio civitaiis Magalooensis in suburbio castri Substantionensis, in terminio de villa Candianicus, donamus tibi mansum unum, et in terminio de Monte-Pestellario, donamus tibi mansum unum... » (985, Hist. du Languedoc, V, col. 300).
3 « Petrus cornes interpella vit et rancuravit de hominibus de Montepessulano,... de ipsas cogocias et de ipsos rautus, et de ipsis homicidiis et de ipsis arquintars, et de ipsa moneta de ipso auro , et de ipsa espleta, et de ipsos boscos, et de ipsas aquas, et de ipsa herba, et de ipsa petra, et de ipsas estradas... Postea venerunt ad finem et ad concordiam. . Et laudavit ad Guillelmum et hominibus suis totos suos honores et totas suas expletas, sicut umquam melius habuerunt parentes sui et homines de Montepessulano. » (vers 1080, Cartulaire des Guillems de Montpellier, p. 99-100; publié antérieurement dans Hist. du Languedoc, V, col. 6C6-G67).
3 « Tune episcopus dédit ipsi Guillelmo in integrum omne fevum antecessorum ipsius G1, quod habuerunt de sancto Petro, prêter... ecclesias et prêter décimas et clericos omnes et justiciam eorum. »> (1090-1093, Cnrtul. des Guillems, p. 73;. — « Fecit insuper G. epis-
F. — Tome II. 17
postérieures nous prouvent que la partie de Montpellier ainsi concédée à Guillem comprenait les paroisses de Saint-Firmin et de Saint-Denis *.
A Montpellier, le morcellement eut d autres causes; il sortit de pactes de famille provoqués peut-être par le départ de Guillem V pour la première croisade.
La branche aînée inféoda à une branche cadette la viguerie de Montpellier, avec un château et une sorte de bourg intérieur formé de maisons construites dans ses alentours*. Deux actes de Tannée 1403 régularisèrent cette cession, mais elle était plus ancienne 3. Elle a dû être
copus convenienliam Guillelmo de Muntpesler, et Guilleîmus episcopo, ut quandocumque Bernardi Adalfredi voluerit convenirecum episcopo de fevo de Mont peslairet, G. episcopus donel B. A. totam terciam partem de omni edificio, facto, vel faciendo in Monte peslaireto... et quartam de mansis et apennariis qualem habuit A. pater suus. . Dabit episcopus Guillelmo de Mont pesler aliam terciam totam partem de toto edificio facto vel faciendo, in toto terminio de Monte pesilareto .. tali convenientia ut Gu> fldelis sit G0 episcopo de sua parte, et ut G. Montempeslairetum edificandum non disturbet , sed pocius edi- Hoet et edificare adjuvet... Retinet autem episcopus... tertiam partem... et vicarium suum in sua parte de toto edificio de toto Mon peslaireto retinet. » (1090, CartuL des Guillems, p. 71-72).
1 Voyez la charte 106 du CartuL des Guillems, p. 228 (5 septembre 1113).
3 « Castellum quod est situm juxta portam Sancti Nicholai in Montepessulano, sicut est clausum cum turribus et mûris, cum ingressu et regressu, et illud spatium terre quod est sub ecclesia Sancti Nicholai ab u traque parte vie publiée, a porta Guillelmi de Burgoria usque ad portam que dicitur S. Nicholai, prêter viam, que sufiicienter ampla remaneat. » (24 janvier 1103 (1104), CartuL des Guillems, p. 209).
3 L'un d'eux a été publié et traduit, mais de la façon la plus défectueuse par Brussel , Nouvel examen de l'usage des fiefs, II, p. 726 et suiv.; l'autre fait partie des preuves de VHist. du Languedoc, V, col. 781 et suiv. Un texte plus correct de tous les deux figure dans le CartuL des Guillems, ch. 100-101, p. 207 et suiv. — La seconde de ces chartes prouve l'ancienneté de la vicairie, car elle a tous les caractères d'une transaction.
ASPECT DES V1LLKS. 239
faite, dès le xie siècle, au profil de Guillaume Airaoin que nous voyons stipuler, vers 1080, à côté de Guillem IV, dans l'intérêt de Montpellier1, et qui fut certainement le père de Tévêque de Nîmes, Raimond Guillem, et de Bernard Guillem', les viguiers de nos deux chartes. C'étaient de dangereux rivaux que les seigneurs de Montpellier se donnaient. Dès avant 1103, ils avaient tenté de se faire rendre hommage par les habitants du bourg3 et, quarante ans plus tard, ils les soulèveront contre leurs seigneurs.
Les documents dont je viens de parler commandent l'attention. Ils ne nous renseignent pas uniquement sur les diversités introduites dans le régime politique des bourgs4, ils nous éclairent en outre sur la condition diverse de leurs habitants.
A Montpellier, voici les classes de personnes que nous pouvons discerner :
1° Les chevaliers (milites). — Leurs procès et les procès de leurs femmes, les gages et les amendes, les saisies qui les concernent sont réservés au seigneur5. Ceux des
1 CartuL des Guillems, ch. 58, p. 99.
1 Une charte des premières années du xn* siècle le déclare en termes exprès (Carlul. des Guillems, ch. 50, p. 90), et les deux chartes de 1103 présentent, à diverses reprises, les deux viguiers comme tenant leurs droits de Guillaume-Aimoin (Voyez Carlul. des Guillems, p. 209, p. 211). — C'est donc à tort que dom Vaissette en fait les fils d'un Guillem IV qui aurait été un cousin de Guillem III (Hist. du Lawjuedoc , 1 II , p. 390 et IV, p. «82, col. i).
2 u Et vi cari us prendebat hommaticum de hominibus Montispessulani; et in antea non faciet hoc. » (Cartul. des Guillems, ch. 101, p. 213).
4 L'évêque inféoda à Bernard Guillem la viguerie de sa part de Montpellier et ratifia l'inféodation que Bernard Aranfredus lui avait faite de la sienne : << Donavit ad Bernardum Guillelmum... in digito suo et ad infantes suos , ad fevum, vicariam de Monte peslaireto quam pred. episcopus habebat ibi; et laudavit et consiliavit ei aliam partem vicarie quam habebat B. G. de Bernardo Aranfredo. » (Ibi*!., ch. 50, p. 90).
° « Hec omnia vobis dono , prêter districta et firmantias mililum Montispessulani et uxorum illorum. » (Ibid., ch. 100, p. 207).
autres habitants et des forains relèvent du viguier, sauf le droit pour le seigneur de se faire représenter aux plaids et d'y faire prévaloir sa volonté. — Les chevaliers doivent des albergues l et, sans nul doute , des droits de mutation et d'impignoration d'immeubles*. — D'autres chartes nous apprennent que, d'après les droits traditionnels (secundum consuetudinem) des seigneurs de Montpellier, les chevaliers ne peuvent acheter les biens des bourgeois de ces seigneurs, ni les acquérir en épousant leurs filles5.
2° Les Clercs. — Comme les chevaliers, ils ne peuvent acheter les biens des bourgeois4. La juridiction sur eux est réservée à Tévêque ■ et la même réserve est faite ex-
1 « Et vicarius .. mandabit alberguos in toto Montepessulano prêter albergos militum. » (Ibid., p. 208).
1 A en juger d'après les termes généraux dont se sert la charte : « Pertinent etiam vicarie omnes donationes et omnia consilia omnium honorum et omnium pignorum tocius Montispessulani... excepta drudaria uxoris domini Mootisp. et excepta drudaria PonciiRaimundi. » {Ibid., p. 208).
3 Témoin la curieuse charte que voici : « Ego Guillelmus Montispessulani lalem consuetudinem habuimus in villa Mont, quod alicui burgensi non liceat honorem suum aliqua occasione dare vel vendere nec impignorare militi vel sancto vel clerico , nec filiam suam liceat in uxorem dare militi cum honore Montispessulani nec totius parcchiœ S. Firmini. Contingit autem quod Faiditus burgensi s meus dédit filiam suam in uxorem Guillelmo Aymonio, filio Bernardi Guillelmi vicarii, et dédit in hœreditatem filiae in villa Mont, illum furnum... Huic ilaque rei, quoniam contra consuetudinem villx Montispessulani facta erat, nolui assentire donec B. G. mini convenientiam fecit, quod ipse mibi talem haberet G. A. et uxorem suam A. ... ut ipsi sine dubio solverent etguerpirent...» (11 15, Hist. du Languedoc, V, col. 839). — La charte de renonciation de Guillaume Aimoin et de sa femme Adalmude, fille du bourgeois Faidit, se trouve au Cartul. des Guillems, ch. 106, p. 228-229.
4 Voyez la note qui précède.
8 « Guirpivit Guil. de Muntpesler ad G. episcopum ecclesiam S. Marie... et clericos, ut libère in potestate sua et in ordinalione sua sint et successorum ejus, secundum clerum et secundum canones; similiter et alias ecclesias et clericos , et justicias eorum. » (1090, Cartul. des Guillems, p. 69-70).
pressément pour les laïques qui habitent dans les dépendances des églises, à Montpellieret l.
3° Les propriétaires de maisons, domiciliés à Montpellier. — Ils sont dispensés du droit de mesurage*, et paraissent bien l'être du droit de marché (leuda)*\ mais ils sont passibles des lods et ventes, au proGt du viguier4. Ceux d'entre eux qui exercent le commerce ont à acquitter des redevances spéciales. L'une de nos chartes mentionne le droit de quintal B et l'abandon de la longe de tout porc destiné à la vente6.
Il est probable qu'ils devaient un cens (impôt personnel ou foncier)7.
C'étaient les bourgeois proprement dits [burgenses). Beaucoup d'entre eux pouvaient s'être élevés à des situations considérables, soit par le commerce déjà florissant
1 « Placitis de hominibus laicis... exceptis de hominibus qui habitaverint in apenditiis ecclesie. » (Ibid., p. 71).
2 « Dono vobis ... totum sestairaliticum orani die et omni nocte, in toto Montepessulano , de omnibus hominibus et omnibus feminis, exceptis hominibus et îeminis qui domos habent in M., vel qui ha* bent logalem pro domo facienda. » (Ibid., ch. 100. p. 210).
* Cf. infrà, p. 262, note 8.
4 Suprà, p. 260, note 2.
5 Dono etiam vobis... bailiaticum arquintalis (la baillie du droit de quintal) et tercium denarium in arquintali et medallias (mailles) quas donanl homines Montispessulani et Longobardi pro arquintal » (ch. 100, p. 210).
6 « Omnes lumbos de omnibus porcis qui occisi erunt in toto M. pro vendere. » (Ibid.),
7 Pour le commerce sur place on peut en juger par le prix considérable (500 sols melgoriens) auquel fut vendu à la fin du xi* siècle une table ou étal de marchand à Montpellier. (Cartul. des Guillems , ch. 131, p. 266-267). — Quant au commerce extérieur Guillaume de Malmesbury rapporte la présence en Syrie de nombreux marchands de Montpellier, dès avant les croisades. (Germain, Histoire du commerce de Montpellier, 1861, II, p. 2, note 1 ; Hist. du Languedoc, III, p. 537).
à Montpellier au xi° siècle1, soit par les fonctions (mirasteria) *, soit par la ferme de monopoles 3; nous avons, en tout cas, l'exemple de ce bourgeois, du nom deFaidit, dont la fille épousa le propre fils du viguier, futur viguier • lui-même4. Ils doivent des albergues comme les chevaliers*, et il n'est guère admissible que le pouvoir discrétionnaire affirmé par le seigneur de Montpellier sur les tenanciers de maisons 6 se soit étendu sur eux.
4° Les propriétaires de maisons, qui ne sont pas domiciliés dans le bourg, qui n'y tiennent pas étage1. — Ils ne jouissent pas de toutes les franchises des autres. Quand, paysans du comte de Substantion, ils viennent au marché pour vendre leurs denrées, le seigneur de Montpellier peut exiger d'eux la tende, et le vicaire le droit de mesurage sur le blé, les légumes, la farine, le lin, le chanvre et les châtaignes de Lombardie \
1 Voyez par exemple : « Domum Hugonis letdarii. » (Cartul. des Guillems, ch. 100, p. 209 et p. 210).
* L'exploitation notamment des fours : « F. burgensis... dédit... illura furnum quem tenebat per maoum Be mardi Guillelmi (vicarii) et un de faciebat ei horainium et albergam... » (1115, Hist. du Languedoc, V, col. 839).
3 V. Hist. du Languedoc, V, col. 839-840.
4 P. 260, note 3.
5 « Alberguos in toto M. prêter albergos militum. » (Cartul. des Guillems, p. 208). Ajoutez la note 10 suprà.
6 Voyez infrà, p. 263, note 4.
7 « Non starent per estaggam. » (Cartul., p. 210). — Brussel a traduit bien inexactement : « possédant des maisons à Montpellier et n'y fesans point garde. » (II, p. 724). — Le véritable sens nous est fourni par les Établissements de Jérusalem où la même expression se rencontre : « Il le peut faire semondre... en son os tel, et ce il n'a ostel en la ville , en l'ostel où il a usé de demorrer; ... ou se il n'a maneir en la vile où il deit son estage tenir, il le deit semondre en l'ostel où il fu derainement manant en celle ville , ou en son fié où que il soit. » (Assises de la Haute Cour, ch. 223, éd. Beugnot, I , p. 354).
8 « Sestairaliticum ... de omni blado et de omni legumine, et de
5° Les tenanciers de maisons. — Le seigneur de Montpellier cède au viguier une trentaine de maisons. Elles sont de nature différente; les plus nombreuses sont des maisonnettes (estres),deux des soliers (maisons à un étage), les autres des maisons proprement dites (domus) dont Tune a une cour étendue1. Elles sont occupées par des tenanciers parmi lesquels figurent pour deux d'entre elles (deux maisonnettes) des artisans, des pelletiers *.
Les tenanciers paient des cens, des lods et ventes, des droits d'impignoralion à leur seigneur immédiat ', comme les propriétaires de maisons en paient au seigneur du lieu. Ils sont soumis en outre à des services arbitraires, spécialement les femmes veuves, services qui, dans le cas particulier, ne sont pas compris dans la cession des maisons, mais retenus par le concédant4.
6° Les habitants de la banlieue qui occupent des manses surbâtis, dépendant de maisons de Montpellier. — Le viguier a autorité sur eux; ils lui doivent une charge de bois par an et, au temps des vendanges, la corvée d'un âne et de son conducteur pendant une journée8.
Pour Montpellieret, nous avons moins de détails; nous
farina, et de linoso, et de cannaboso, et de castaneis Longobardo rum, si mensurantur cum sestairale, vel eminale. » (Cartul. des Guilr lems, p. 210).
1 Cartul., p. 209 : « estare... solarium... domum. •
2 « Totum estare Cauzberti pelliciarii ... et estare Pétri Guillelmi pelliciarii. » (Ibid., p. 209).
3 « In omnibus suprascriptis domibus dono vobis totum censum et totas vendedas et consilia impigncrandi. » (p. 210).
4 » Et retineo omnes hommes et feminas étantes in domibus Mis , ad faciendum quecumqve voluero ; et nomination retineo omnes viduas feminas similiter. » (p. 210).
5 « Omnes firmantie et omnia districta omnium hominum et omnium feminarum... habitanlium in omnibus mansis, vel terris pertinentibus ad mansos Montispessulani : et in unoquoque manso amasato de terra unam saumatam de ligois in Nativitate Domiai, per singulos an nos; et uno die in vindemiis, in unoquoque anno, asinum unum , cum minatore ejus. » (Ibid., p. 207).
apprenons seulement que les droits seigneuriaux consistent en leudes, en tonlieu et en plaids1.
La cité de Narbonne élait séparée du bourg de Saint- Paul, appelé aussi le bourg, sans autre désignation, par la rivière l'Aude, qui contournait son enceinte et la mettait en communication avec la mer1. Cette enceinte n'englobaitqu'une faible partie de lagrande ville gallo-romaine, plusieurs fois saccagée et ruinée, dont les débris avaient servi à construire ses remparts et ses tours ■.
Le bourg s'était massé autour de l'abbaye de Saint- Paul, fondée, vers Tan 800, en un lieu dit Albolœ où se conservaient les reliques de saint Paul , premier archevêque de Narbonne*.
Au xi* siècle, la cité de Narbonne se trouvait partagée entre les comtes de Rouergue, marquis de Gothie, et les archevêques qui prétendaient tenir leurs droits du roi Pépin et de ses successeurs. La moitié nord appartenait à
1 « Tertiam parlera in ipso toto aedificio de Montepeslaireto... de omni lesda et de telooeo et placitis de hominibus laicis qui habitaverint in toto terminio de M. » (1090, Hist. du Languedoc, V, col. 717).
2 « N'a en cest mont si riche fermeté :
Plus de XX. toises ont li fosé de lé, Et autretant sont en parfont chevé.
Li floz de mer cort parmi le fossé ; Aude la grant , sachiez de vérité .
A tôt entor le mur avironné.
Par ilec vienent li grant dromont ferré Et les galies plaines de richeté, Dont cil sont riche de la bone cité. »
(Aymeri de Narbonne, v. 263 et suiv., II, p. 12.)
3 Voyez la savante note de M. Edm. Barry dans la nouvelle édition de VHist. du Languedoc, I , p. 120 et suiv.
4 « Dono ad ecclesiam S. Pauli... cujus ecclesia sita vel fundata est in loco , ubi vocabulum est ad Albolas trans pontem prope Narbonœ civitatem. » (15 juin 911, Hist. du Languedoc, V, coi. 130). — (( Sacrosanctae basilic» S. Pauli... Narbonensis antistitis, cujus corpus sub urbe Narbonœ, qui trans ponte in locumquae antiquitas Albolas nuncupantur et hodie requiescit. » (23 mars 1032, ibid., col. 399-400;.
l'archevêque, l'autre moitié au comte, de qui le vicomte de Narbonne la tenait en fief. Les droits sur l'entrée et la sortie des marchandises (péages, leudes, etc.) étaient partagés également entre les deux seigneurs1.
La même division s'étendait au bourg. Dans l'acte de partage de la succession du vicomte Béranger (mort vers 1068) figure à l'actif la moitié du bourg*, et dans un règlement fait en Tannée 1066 entre le vicomte et l'archevêque celui-ci revendique ses droits sur les maisons (bordariœ) situées sur la rive opposée de l'Aude, au nord du Pont3 , dans la paroisse Saint-Paul4. Le bourg ainsi partagé n'était lui-même qu'une fraction du bourg Saint-Paul, un bourg dans le bourg (burgusinburgo)*, d'autres fractions appartenaient à l'abbaye ou à des seigneurs particuliers 6.
1 a Conqueritur G. Narbonensis archiepiscopus super Bern.Berengarium vicecomitem, quod aufert ei ipsam sedem Sctorum Justi et Pastoris, et terras quœ ibidem est, et medietatem civitatis Narbonx exporte Circii, et turres quœ in eadem parte sunt, et îpsum Capitolium quod ibidem est... et medietatem omnium liddarum quœ veniunt in Narbona civitate sive per terram sive per aquam... et medietatem cordae (droit de mesurage]. (6 octobre 1066, Hist. du Languedoc, V, col. 540).
* « Je Bernard Berenguier cède à toy Raymond mon frère et à ton fils Bernard Pelet la moitié de la cité de Narbonne, des places et chasteaux, tours, murailles et de toutes leurs appartenances, comme sont usages, censives, leudes, péages, justices, et la moitié des Juifs comme aussi du bourg et des censives et autres droits dûs en iceluy bourg. » (Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, Toulouse, 1633, p. 582. Cf. Charte du 2 octobre 1035, Hist. du Languedoc, V, col. 417;.
3 C'est le pont romain qui se prolongeait sur l'autre rive par un long viaduc. Il reliait la cité et le bourg (Hist. du Languedoc, nouv. éd., I,p. 126).
1 « Quod aufert ei ipsas bordarias quœ sunt ultra pontem in parrochia Sancti Pauli. » (1066, Hist. du Languedoc, V, col. 540).
3 « Raymundus Udalgarii mandavit... ut ipsum suum burgum quem habebat in burgo Narbonse misissemus in pignus... » (14 mai 1060, Hist. du Languedoc, V, col. 512). — Cf. Charte de 1032. (IbitL, col. 399-400).
g Voyez la note précédente.
Si nous rentrons dans la cité , nous apercevons de toute part châteaux, portes et tours qui ont leurs seigneurs, vassaux soit de l'archevêque, soit du vicomte1. Il nous suffira de fixer nos regards sur la région dont l'évêque est le maître.
Elle comprend notamment le palais épiscopal, imposante forteresse dominée par une maîtresse tour qui a survécu au temps \ des tours, des châteaux, des castillons on châtelets3, le Capitole transformé, lui aussi, en forteresse4, la moitié des châteaux bâtis au-dessus de la Porte Royale5 et de la Porte Aiguière.
Elle s'étend depuis la tour carrée (turris quadrata) qui était près de la Porte Royale, jusqu'à la tour mauresque6 (turris maurisca) qui devait être près de la porte Aiguière. Ces tours et ces châteaux sont tenus par des seigneurs dont les noms en partie nous ont été transmis. La tour
1 II suffit de parcourir, pour s'en convaincre, la série des chartes insérées au T. V de V Histoire du Languedoc , sous les nos 273 et suiv.
* « Neque de ipsa sede Sanctorum Justi et Pastoris, neque de ipsa turre que ibidem est. » (1066, ibid., col. 541).
3 « Et ipsos muros, et ipsos turres et ipsas fortezias quae sunt in Narbona civitate de ipsa turre Quadrata, quœ est juxta portam Regiam, usque ad turre m quœ appellatur Maurisca. » (ibid., col. 535). « Et turres qu# in eadem parte sunt » (col. 540). « Castros aud castellos » (col. 541). — Cf. Aymeri de Narbonne , v. 501-502 :
« Tote la cit et la grant tor pleniere
« Tandroiz de moi de ci a Porte Àigiere. »
4 Cf. Hist. du Languedoc, I, p. 123-124.
5 « Medietatem castri de Porta Regia et medietatem castri de Porta Aquaria. » (Ibid., V, col. 540).
6 Voici ce que dit a ce sujet M. E. Barry : « Une de ces portes qui a traversé le moyen-âge sous le nom de Porta Aquaria était située dans la partie basse de la ville, au bord de la rivière d'Aude, en face du Pons-Vetus... Ce sont probablement les deux tours de cette porte monumentale qui auront servi plus tard de base ou de point de départ à l'ancien palais de la vicomte dont la tour Mauresque faisait partie. » (Hist. du Languedoc, nouv. éd., I, p. 121, note 9).
mauresque est occupée par Ermengaud de Casouls1, suzerain, semble-t-il , du vicomte, puisque celui-ci dans la foi qu'il engage à l'archevêque excepte Raymond de Saint-Gilles et Ermengaud2; Guiffrey, l'archidiacre, possède une tour reliée à la précédente par des fortifications dont on ne nomme pas les châtelains3, Raimond, fils de Guillaume, une autre encore4.
À voir cet appareil guerrier, à se souvenir aussi du rôle de la cité de Narbonne dans l'histoire et de la figure qu'elle revêt dans la tradition épique comme d'un merveilleux assemblage de châteaux féodaux inexpugnables4, il est difficile d'imaginer qu'il y ait eu place dans ses murs pour une bourgeoisie, moins encore pour une bourgeoisie organisée en corps politique. Quelques bourgeois, sans doute, grâce à leurs richesses, pouvaient s'établir dans
1 « Turrem Maurescam , quam te net Ermengaus de Casulos de Guifredo. » (lbid., V, col. 537. Adde col. 538, col. 542). 3 Hist. du Languedoc, III, p. 354.
3 « De ipsas turres que sunt in^er turrem Maurescam... et turrem Guifredi archidiacooi , oeque de ipsa turre que tenet ipse G., neque de ipso muro, neque de ipsa fortidia que ibidem est. » [lbid., V, col. 542).
4 << De ipsa turre qui fuit Raimundo Guillelmi, neque de ipso muro, etc. » [lbid.).
3 Aymeri de Narbonne, v. 462 et suiv. :
« Molt bien fu close de mur et de piler;
Onques plus fort ne vit hom conpasser.
xx. tors i ot fêtes de liois cler,
Et une en mi qui molt fist a loer.
Les creniax firent tout a pion seelcr:
« Qui est tel vile qui tant fet à loer?
Cil qui la tient se puet très bien venter
Qu'an tôt le mont, ce cuit je, n'a sa per,
... Ne crient voisin qui le puise grever.
Qu'il n'a si fort jusqu'au val de Martroi
Ne crient assaut, perriere ne berfroi. »
— Le nom de château Narbonnais donné aux châteaux les plus forts de Toulouse et de Carcassonne ne viendrait-il pas de ce que Narbonne passait pour le type des forteresses féodales?
la cité, mais la noblesse n'étant pas, en ce temps-là, une caste fermée, leurs fils ne tardaient pas, par le mélier des armes, à entrer dans les rangs des chevaliers. Ceux-ci étaient les vrais, les seuls citoyens de Narbonne; leurs chefs , — les commandants, dirai-je par anachonisme, des châteaux et des forts , — en étaient les magistrats. Il est aisé de reconnaître les premiers sous la qualification de cives ac milites et les seconds sous le litre de centuriones , seniores, dans une charte de Tan 1080 qui nous les montre ratifiant une do nation faite par le vicomte de Narbonne à la cathédrale de Saint-Juste1. Quant aux autres habitants de la cité et quant aux habitants du bourg, ils étaient confondus dans la multitude provinciale*.
Comme habitants delà cité, à côté des hommes d'armes, je ne puis apercevoir que des serviteurs attachés à la personne et de petits artisans vivant dans des échoppes collées contre les remparis et les murs. Ils doivent ces cens et ces droits seigneuriaux dont il est mention dans le partage de la succession du vicomte de Narbonne*.
Les négociants, les changeurs, les banquiers, les armateurs habitent près du port dans le bourg, tout autour de la Porte Aiguière et dans les maisons construites, suivant l'usage du moyen-âge, sur le pont qui la reliait à l'autre rive. Ils ne peuvent évidemment rien entreprendre contre la formidable citadelle qui les domine, ils n'ont que les droits que l'intérêt bien entendu des seigneurs
1 « Cum multitudine virorum laicorum honestissimorum , quorum udus fuit E. Urgellensis cornes ... et Petrus-Ferrandi de Casulis... el alii centuriones et illustres viri ac nobiles quos enumerare long u m est. Cuncti rero affuere Narbonenses cives, scilicet Raymundus-Arnaldi cum filiis suis et B.-P de Regia-porta... et alii cives ac mifttes... voluDtateinstinctu et precibus prœdictorum seniorum et civium Narbonensium... » (7 mai 1080, Hist. du Languedoc, V, col. 656- 657).
* « Cum innumeralibi multitudine ejusdem provinciœ. » (Ibid., col. 657).
3 c< Usages, ceusives , justices. » (Su^yrà, p. 265, note2).
leur laisse ou qu'ils acquièrent à prix d'argent. Beaucoup d'entre eux sont, du reste, des Juifs placés dans un état de dépendance tout spécial. — Néanmoins, dans l'ensemble, leur condition matérielle est bonne, le produit considérable des leudes1 ou même de l'impôt direct sur les Juifs8 dispensent les seigneurs de la cité de recourir à cette multiplicité de taxes et de services à l'aide desquels le seigneur féodal a coutume de pressurer, de rançonner les paysans et les bourgeois, et que les premières chartes communales eurent pour objet de réduire et de Sxer.
La ville de Carcassonne fut vendue le 2 mars 1067 par Ermengarde, sœur du comte Roger III, et héritière de la plus grande partie de ses domaines, femme de Raimond, vicomte d'Albi. L'acquéreur était Raymond Bérenger le Vieux, comte de Barcelone, le prix, onze cents onces d'or, l'objet précis du contrat : la cité et les bourgs dont elle était entourée. Cité et bourgs comprenaient leude, monnaie, marchés, justice ordinaire et justice spéciale des marchés3.
1 Ilist. du Languedoc, V, col. 540.
* Suprà, p. 265, note 2«
- « Ego Raymundus Bernardi vicecomes et uxor ejus E... facimus vobis dorano Raymundo Barcheonœ comiti et domnae A. corn i tissée banc diffinitionem , evacuationem et guirpitionem de tota ipsa civitate de Carcassona, et de totos ipsos burgos qui in circuitu jamdictœ civitatis sunt, et de totas ipsas leddas et monetas de ipsa civitate et de ipsos burgos, et totos ipsos mercatos de ipsa civil ate et de ipsos burgos, et totas ipsas justitias de ipsa civitate et de ipsos burgos et de ipsos mercatos... et totura ipsum vicecomitatum et quantum ad ipsum vicecomitatum pertinet... » (2 mars 1067, Hist. du Languedoc, V, col. 548). — Cf. sur la division de Carcassonne en cité et en bourg : Chanson des Albigeois, v. 577 et suiv., éd. P. Meyer, I, p. 27 et II, p. 31 :
« Mais li baron de Tost se sont tant esforsetz Que lo bore lor an ars trastot tro la ciptetz ; Es an los nisi fort entorn revironetz Que l'aiga lor an touta qu'es Aude apeletz. »
Dans les serments prêtés au seigneur de la ville1, le château principal, appelé comme à Toulouse château Narbonnais, et de nombreux châtelets défilent devant nous2.
Les destinées très mouvementées que subit la ville de Carcassoone dans la deuxième moitié du xi* siècle et dans les premières années du xii* nous font faire connaissance avec sa population.
Raimond Bérenger le Vieux était mort, son Gis Raimond Bérenger II avait été tué, laissant un enfant au berceau et le comté de Barcelone troublé. Profitant de ces embarras, le vicomte d'Albi, Bernard Aton IV, fils d'Ermengarde, s'offre comme protecteur aux habitants de Carcassonne , promettant de restituer la ville à leur légitime seigneur, quand il serait parvenu à l'âge d'être armé chevalier*. Les habitants [homines Carcassonœ) donnent leur consentement, mais le vicomte n'ayant pas, à l'échéance convenue, tenu sa promesse, ils livrent eux-mêmes la ville et engagent leur foi au comte de Barcelone4. Assié-
1 « De ipso castello de Carcassona quod vocant Narbonez, neque de ipsas turres... » (vers 1084, Hist. du Languedoc, V, col. 693..
* « De ipsos castellos de Carcassona, neque de ipsas fortezas quœ hodie ibi sunt... (ibid., col. 092-693). — Cf. l\ plan de la cité de Carcassonne dans Instructions du Comité des travaux historiques. (X. Charmes, Le Comité des travaux historiques, Paris, 1886, t. III , p. 214, p. 224).
3 « Carcassona vero a mililibus circumstantibus impugoabatur. Homines enim capiebant el res eorum auferebaot. Et eu m nullum naberent defensorem , vix subsistera poteraot. Tune accessit ad eos Bernardus Atto vicecomes, promisit se eorum esse tu tore m et defendere eos et res eorum de omnibus. Et eu m R. Berengarii avus vester fieret miles, juravit se reddere ipsi jam die ta m civitateoi et totum comitatum absque omni conlradictione et pejorameoto » (Enquête faite vers 1170 devant Alphonse II, roi d'Aragon, Hist. du Languedoc, V, col. 32. D. Bouquet, XII, p. 374;.
* « Homines Carcassonœ... communicalo consilio reddiderunt se et civitatem domino suo... sicut facere debuerunt... » (Ibid.). — Nous avons le serment prêté à Raymond Bérenger : « Juramus nos tui
gés par Bernard Aton qui s'était assuré l'alliance du comte de Toulouse, suzerain de Carcassonne, ils durent capituler et prêter serment de fidélité en échange de la vie et des biens saufs (vers U07)1. Ce fut cette fois le fils aîné du vicomte qui viola la parole jurée. Il fit mutiler atrocement puis chassa avec ignominie un grand nombre d'habitants*. Nouveau soulèvement, nouvelle expulsion du vicomte d'Albi, qui ne peut rentrer dans la ville que vers 1125. Il dépouille alors de leurs fiefs ceux qui s'étaient tournés contre lui et les distribue aux hommes qui lui 'étaient restés fidèles*.
hommes de Garcassona tibi R. Barchinonensî comiti quod ab ista hora io antea fidèles adjulores erimus tibi et filiis tuis per fîdem regiam, sine engan, de corpore tuo et de membris tuis, et de omni honore quem habes velin antea. Deo ju vante adquisieris... » Suivent environ quatre cents noms. (Mémoires de la Société des arts et sciences de Carcassonne, T. I (1849-1851), p. 227 et suiv.).
1 « Homines ipsius ci vitatiscomposueruntcum scepe dicto vicecomite ut redderent ei civitatem. Ipse vero ju ravit eis tactis sacros. evangeliis, quod pro hoc facto nullum malum in ferre t personis eorum neque rébus eorum. »(Hist. du Languedoc, V, col. 32.) — Le serment prêté par les habitants de Carcassonne à Bernard Aton est utile à mettre en regard de celui qu'ils avaient prêté à Raimond-Bérenger : c Nos noti homines Carcassona? , milites , burgenses et unicersus alius populus ejus et suburbani, facimus ûdelitatem rectam et fîrmam tibi nostro seniori B. A... Juramus itaque vobis quod de ista hora in antea non decipiemus vos de vita vestra... neque de civitate vestra Carcassona neque de turribus neque de ipsis forci is quœ ibi hodie sunt, etc.. » (vers H07, Hist. du Languedoc, V, col. 804).
1 « Festinans ad Carcassonam, multos eorum violenter cepit; quos exoculavit et ementulavit, ac nares eorum amputavit, et a civitate turpiter ejecit. » (Ibid., col. 32).
3 Voyez les chartes 397-398, Hist. du Languedoc, V, col. 917 et suiv. — A la prise d'une ville la dépossession des principaux propriétaires fonciers était, semble- il, la règle : « Gum civitatem Turonum cornes Gauzfridus cepisset maxiraà ex parte et iliis potissimum qui aliquid esse videbantur expulsis, antiquœ possessiones novos accipere possessores et alterorum honores... adalteros migraverunt. » (1044. Collection D. Housseau, II, n° 480:.
Il semble résulter de ces faits que les habitants de la cité et des bourgs de Carcassonne Formaient, dès cette époque, une population libre dans son ensemble et maîtresse de disposer d'elle-même. Et n'est-ce pas, dira-t-on, un autre trait frappant, que dans la vente de la cité et des bourgs, en 1067, il ne soit nulle question de redevance censitaire ou servile, mais seulement de leudes, de monnaie, de marchés, de justice? On peut objecter que l'expression justiciae 'est singulièrement compréhensive, et surtout que les censitaires et hommes de corps ne relevaient pas nuement du seigneur de la ville. En effet, si je me reporte aux inféodalions qui eurent lieu , après forfaiture, en 1125, je vois que les Gefs distribués sqnt de petites châtellenies. De nombreux castels et tours (une vingtaine au moins dans une seule charte) sont, avec leurs dépendances, donnés en Gef dans la cité, à charge pour les feudataires d'y tenir garnison, avec hommes d'armes et serviteurs, durant quatre ou huit mois de l'année1. Les dépendances, ce sont des hommes et des femmes avec leurs tenures, avec les cens et les services qu'ils doivent*.
En résumé, le seigneur de la ville lève des impôts de diverse nature, il a la justice sur ses vassaux, il a son château, siège de sa seigneurie; les vassaux ont leurs chevaliers et leurs serviteurs, leurs tours et leurs chàte-
* Exemple : « Sic donamus tibi ad fevum et propter castellaniaoi in tali convenientia, ut per quemque annum cum tuis hominibus et tua familia facias stationem in Carcassona per VIII menses et praedictara turrem custodire et gaitare facias omni tempore et ipsam urbem custodias. » (Ibid., col. 920).
* « Donamus tibi A. P. ad fevum et propter castelleniam ipsam estagam et ipsum mansum qui fuit P. R. Vacheta in civitate Gare, cum ipsa turre et cum exitibus et redditibus suis; et donamus tibi ad fevum et propter castellaniam totum illum honorem qui fuit prœd. P. R. ubicumque sit : hoc sunt homines et fœminas cum suis tenentiis et cum suisusaticis et servions, et hoc sunt terras, vineas... » {Ibid., col. 919-920).
tels, noyaux d'autant de domaines minuscules comprenant hommes et biens-fonds f.
Ce n'est pas tout pourtant. En dehors des châtelains (castellani) existent dans la cité et les bourgs des propriétaires qui relèvent directement du comte. Un acte de Tan 1067 mentionne, en termes exprès, la justice sur les hommes et les femmes qui sont établis à Carcassonne/?er $taticam*y et cette locution doit certainement s'entendre, comme à Montpellier, des propriétaires de maisons qui les habitent, qui y tiennent étage*. Nous avons de nouveau ici des bourgeois, proprement dit, bitrgenses. Aussi voyez, en Tan 1107, rénumération des personnes qui prêtent serment de fidélité au vicomte Bernard Aton; ce sont les noti hommes (châtelains), leurs chevaliers [milites), les bourgeois (burgenses), le surplus du peuple de la cité (universus alius populus) (tenanciers, censitaires), enfin les habitants des faubourgs (suburbani). Quant à une magistrature municipale, soit de la cité, soit des bourgs, il n'en est pas encore trace; comment douter que s'il en avait existé une, les magistrats ne figurassent dans l'acte de prestation de serment4?
f II n'est pas douteux que beaucoup de ces tenures se trouvaient hors des murs et môme à une grande distance de la cité.
3 « Damus vobis de toto comitatu Carcassonensi... medietatem de totas ipsas justifias, exceptus de ipsos hommes et fœminas qui stant vel steterint in prœdicta civitate Carc. per staticam vel in ipsos burgos qui in circuitu ejus sunt. » (2 mars 1067, Hist. du Languedoc, V, col. 552^.
3 Voir plus haut, p. 262.
4 J'aurais pu étendre sans peine ce tableau de l'état matériel des villes. Je me bornerai à dire que si, quittant la région médiane, nous nous portons à l'Orient ou à l'Occident le spectacle ne change pas. A la frontière orientale du Nord, Verdun nous est décrit, en ces termes, par son historien le plus récent : « Il y avait d'abord les deux villes, haute et basse, la première était l'ancien castrum romain , dit ensuite Châtel ou Fermeté ; la seconde , formée peu à peu le long de la route de Metz avait aussi ses remparts étendus entre les deux bras de la
F. — Tome II. 18
Meuse , et deux ponts sur la rivière la joignaient à la ville haute... Aux abords étaient les anciens faubourgs... C'étaient en premier lieu le bourg Saint-Vanne... vers l'ouest le bourg Saint-Maur, etc. » (Clouet, Histoire de Verdun, 1867, I, p. 457458).
De môme à Arles : « Vers le commencement du xn* siècle , dit Anibert, la ville d'Arles était divisée en quatre quartiers, tous séparés les uns des autres , tous enfermés dans une enceinte particulière , et qui formoient comme quatre villes différentes. » (Anibert , Mémoires historiques et critiques sur l'ancienne république d'Arles, 1779, I, p. 81). Ces quartiers étaient: 1° la Cité, située à l'Est du Rhône c sur la hauteur dont le penchant s'incline vers la rivière. Son plan étoit une espèce de quarré long » (p. 83). 2° le Vieux bourg ou bourg d'Arles, au Sud-Ouest de la ville. 3° le Marché. 4° le Bourg neuf au Nord de la ville , sur les bords du Rhône. (Cf. ibid., p. 83-92).
Les chansons de geste ne nous éclairent pas autant qu'on pourrait l'espérer sur la physionomie des villes du onzième et du commencement du douzième siècle. Voici pourtant quelques traits complémentaires que nous fournit la chanson de Roland :
« D'altre part est Turgis de Turteluse Cil est uns quens , si est la citet sue »
v. 916-917 Un SarraziQ i out de Sarraguce :
De la citet Vune meitiet est sue.
Tant chevalchierent qu'en Sarraguce sunt. Passent dis portes , traversent quatre punz, Tûtes les rues ù li burgeis estunt.
Cum il aproisment en la citet amunt.
Vers le palais oïrent grant fremur. «
v. 2689 suiT.