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LA FORCE RÉNOVATRICE DE LA COMMUNE, DE LA FÉODALITÉ

Je n'ai pas passé en revue dans les trois parties qui précèdent tous les agents qui concoururent à la reconstitution de la société française aux x° et xie siècles. Il me reste surtout à faire connaître la royauté et l'église dont l'influence ne nous est encore qu'indirectement apparue.

Voulons-nous, dès à présent, remonter jusqu'à la source commune des trois institutions que nous venons d'étudier, nous la trouverons, je crois, dans l'épanouissement de la famille et dans la libre prédominance de sentiments instinctifs.

C est la famille élargie par la parenté fictive ou la parenté spirituelle qui a enfanté les éléments primordiaux de la commune (faraou genealogia, associations de voisinage, corporations, gildes, confréries) et fourni à la commune même son cadre essentiel. C'est elle qui est à la base du régime féodal et de la chevalerie.

Si nous regardons aux idées et aux sentiments qui circulent à travers toutes ces institutions, qui les vivifient ou les corrompent, qui les soutiennent ou les ébranlent, nous apercevons, comme chez tous les peuples neufs, un très petit nombre d'idées fondamentales et de sentiments dominants. Le lien social ne se conçoit guère que sous la forme de la foi, et les sentiments qui gouvernent la société sont l'amour et la haine1.

1 Écoutez le langage que tient Charlemagne en faisant la paix avec Girard de Viane et lui confiant la garde de la France :

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L'amour provoqué par le lien du sang, la communauté de vie et de péril, le besoin de proteclion en commun sous l'égide d'un chef, engendre la solidarité familiale, les rapports de vassalité, les relations plus étroites de la maisnie et du compagnonnage. Dans les bourgs et dans les villes ce sont des fraternités , des charités, qui concluent les associations les plus anciennes et les plus fortes.

La haine produit l'état endémique de guerre. Sitôt que le lien d amour est rompu, l'inimitié s'y substitue. Il n'est point de milieu. Collective, la haine apparaît comme légitime, la vengeance s'érige en devoir. Si l'esprit de clan, violent et jaloux, si l'esprit exclusif des communes en naît, la cohésion des groupes sociaux s'en trouve par contre accrue.

Le principe de gouvernement que la force abandonnée à elle-même ne pouvait créer1, reparaît ainsi sur la base d'une institution naturelle, la famille, et des sentiments les plus énergiques de l'âme humaine, la haine et l'amour.

L'association communale institue une loi communale, organisatrice au-dedans, à la fois protectrice et agressive vers le dehors. La Gdélité réciproque du seigneur et du vassal restaure, au sein des déchirements de la société, la notion de loyauté et de droit, le respect de la parole donnée, l'observation des pactes conclus, leur sanction par des cours de justice. Portée dans la chevalerie à sa suprême puissance, elle érige, sous l'influence de la vie des camps et de la vie de cour, l'honneur et la courtoisie en loi, elle fraie les voies à la sociabilité humaine.

Ainsi recule la force devant le droit, ainsi revit la ma-

« De douce France les honors guarderés. Bien iert de France qui vos i amerès , Qui vos Jiairés, mar i sera trovés, Ains s'en irat povres, desarités. »

{Gir. de Vianc, p. 177.

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