‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 3)Chapitre 4 sur 55 · LA PROTECTION COMME ELEMENT SOCIAL. — LA FAMILLE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

LA PROTECTION COMME ELEMENT SOCIAL. — LA FAMILLE PRIMITIVE

La personnalité de l'homme avec ses attributs essentiels, inviolabilité, liberté morale, respect des droits qui rayonnent de la personne sur le monde extérieur, s'est constituée lentement à travers l'histoire. Le droit naît avec l'autorité qui en assure la sanction. Impuissant à se protéger lui-même, l'individu cherche successivement la sécurité dans l'omnipotence de la famille, dans la soumission aveugle à un pouvoir théocratique ou militaire. La Bruyère disait avec raison : « De l'injustice des pre- » miers hommes est venue la nécessité où ils se sont » trouvés de se donner des maîtres qui fixassent leurs » droits et leurs prétentions. » N'est-ce pas une suite fatale de la lutte qui met les ôtres organisés aux prises? lutte

d'autant plus acharnée et plus cruelle que l'homme s'est dégagé moins du monde des instincts et des passions, mais lutte qui continue au sein même des sociétés où la loi morale a conquis son empire. Considérez les États modernes, et vous trouverez que leur fonction primordiale est d'assurer la protection , vers le dehors par la diplomatie et la guerre, au dedans par l'administration et la justice.

Tant qu'un État véritable n'offre pas à tous une sauvegarde égale, l'individualité n'existe pas, l'individu humain est absorbé par le groupe. C'est dans la famille, groupe primordial formé par la naissance, que résident tous les devoirs et tous les droits : l'autorité absolue du chef en qui la famille s'incarne, la propriété collective des maisons et des fruits du travail, la protection contre les étrangers, qu'il s'agisse d'exercer la vengeance ou d'en arrêter les effets.

Nulle place pour l'homme isolé. Si une famille vient à déchoir et à se dissoudre, les éléments qui la composent devront s'agréger à une autre. Ne pas trouver un pareil asile , c'est la mort.

La notion de la famille, son champ d'action, s'étendent ainsi. Elle ne comprend plus seulement les parents unis par le sang, mais tous ceux qui leur sont assimilés par une Qction de parenté, et qui, à des titres divers, participent aux droits et aux devoirs communs. A côté de l'esclave, l'affilié peut s'asseoir au foyer. Il jouit des mêmes avantages de protection , en échange des services qu'il rend et de la dépendance plus ou moins étroite qui l'attache au chef de la famille.

L'organisation rudimentaire que je viens d'esquisser repose, comme base profonde, sur le principe de protection. Elle s'offre à nous chez tous les peuples dont les institutions originaires ont pu être pénétrées. Elle se laisse entrevoir chez les Gaulois et se dessine avec une grande netteté dans la Rome primitive et chez les anciens

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