LIVRE III. — TROISIÈME PARTIE
L'amour provoqué par le lien du sang, la communauté de vie et de péril, le besoin de protection en commun sous l'égide d'un chef, engendre la solidarité familiale, les rapports de vassalité, les relations plus étroites de la maisnie et du compagnonnage. Dans les bourgs et dans les villes ce sont des fraternités } des charités , qui constituent les associations les plus anciennes et les plus fortes.
La haine produit l'état endémique de guerre. Sitôt que le lien d'amour est rompu, l'inimitié s'y substitue. Il n'est point de milieu. Collective, la haine apparaît comme légitime, la vengeance s'érige en devoir. Si l'esprit de clan, violent et jaloux, si l'esprit exclusif des communes en naît, la cohésion des groupes sociaux s'en trouve par contre accrue.
Le principe de gouvernement que la force abandonnée à elle-même ne pouvait créer1, reparaît ainsi sur la base d'une institution naturelle, la famille, et des sentiments les plus énergiques de l'âme humaine, la haine et l'amour.
L'association communale institue une loi communale, organisatrice au-dedans, à la fois protectrice et agressive vers le dehors. La fidélité réciproque du seigneur et du vassal restaure, au sein des déchirements de la société, la notion de loyauté et de droit, le respect de la parole donnée, l'observation des pactes conclus, leur sanction par des cours de justice. Portée dans la chevalerie à sa suprême puissance, elle érige, sous l'influence de la vie des camps et de la vie de cour, l'honneur et la courtoisie en loi, elle fraie les voies à la sociabilité humaine.
Ainsi recule la force devant le droit , ainsi revit la ma-
« De douce France les honors guarderés. Bien iert de France qui vos i amerés , Qui vos hairés , mar i sera trovés, Ains s'en irat povres, desarités. »
(Gir. de Viane , p. 177.