‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 22 sur 125 · LÀ VILLA DU NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LÀ VILLA DU NEUVIÈME SIÈCLE

Représentons-nous Ja villa seigneuriale telle qu'elle se présente au neuvième siècle 1 et telle que plus tard encore on pourra l'observer quand des circonstances propices auront sauvé son intégrité.

Voici la maison d'habitation du maître. Elle est entourée, dans le même enclos (curlis), des bâtiments d'exploitation rurale et d'industrie domestique : écuries, étables, granges, ateliers, four, pressoir ou brasserie, puis des demeures du villicus et de ceux des serfs placés sous ses ordres, artisans ou agriculteurs, qui ne sont pas répartis, comme il arrive pour la plupart, dans les bâtiments mêmes d'exploitation. Voici le jardin et le verger ; plus loin l'église du domaine; sur un cours d'eau, le moulin; voici, enfin, les terres mises en culture pour l'entretien du maître et de ses gens.

Tout cet ensemble constitue la partie proprement seigneuriale, Yindominicatum, le mansus dominicatas.

Au delà et tout autour s'étend la terre occupée par les tenanciers de toute condition. Ils doivent soit des corvées sur les terres exploitées pour le compte du maître, des charrois, des labours, des travaux de fenaison ou de moisson , soit des services de toute sorte (servitium), message à porter, guet, main-forte à prêter, offices divers2, soit

1 M. Fustel de Coulanges en a tracé un tableau généralement exact dans le ch. 18 de son livre Y Alleu et le domaine rural

2 En voici des exemples tirés de la description des villœ de l'abbaye de S.-Bertin (Breviatio villarum monachorum victus) faite de 844 à 859 par ordre de l'abbé Adalard. « Habet in Vuidengaham mansum cum castitiis... Servit unaquaque die fratribus ad condimentumcibi in coquina. Item habet inter M. et H. bunaria XXX. Servit unaquaque

des redevances en nature ou en argent, casuels ou fixes! Les uns habitent sur le champ même qu'ils exploitent, la plupart se groupent en villages ou en hameaux, àproxi-; mité de la ferme seigneuriale \

J'aperçois enfin, aux extrémités du domaine et dam; son pourtour, des terres vaines et vagues, des bois ou des forêts, des pâturages ou des marais, qui servent à l'usage commun de Yindominicatum , d'une part, des tenures, de l'autre.

Ces villx, nous le savons par tous les témoignages: des chroniques et des histoires, servaient de séjour àleui propriétaire, qu'il fût roi, évêque ou comte, ou bier homme privé. Il se transportait de l'une à l'autre, il s\ refaisait de ses expéditions ou de ses voyages 2, il en tirai grâce à l'administration assez savamment organisée don le capitulaire De villis nous offre le modèle, sa subsistance et les objets nécessaires à l'entretien de sa maison, Les couvents y faisaient résider les moines à qui ils confiaient la haute main sur la gestion du domaine, les decani, procuratores , prœpositi, provisores villarum.

die ad pistrinum et ad bracitorium in adducendis lignis. Item habein B. mansa IIII per bunaria XII. Nichil aliud faciunt per totum an* num nisi emendant tecta monasterii. Item habet ad portam mansum uaum per bunaria XIIII. Servit unaquaque die ad portam » (Gartul. de Saint-Bertin , p. 107).

1 Sur ce point, M. Fustel de Couianges est d'accord avec nous, op. cit., p. 445 : « Il ne semble pas que les tenanciers eussent l'habitude de vivre épars, chacun sur un manse. Ils se rapprochaient plutôt les uns des autres pour former un vicus, c'est-à-dire un village. Ce village s'établissait ordinairement à peu de distance de la maison du maître et un peu au-dessous d'elle. » Voilà précisément les villages de tenanciers dont il a eu le tort, dans d'autres chapitres, de méconnaître l'existence.

2 Charles le Chauve dans l'édit de Pistes, de 862, emploie une! comparaison qui fait tableau : « Sicut quando solemus de istis frequentibus itineribus reverti ad mansiones nostras detonsi et delavati cum drappis et calciamentis depannatis, et tune nos reficimus et reparamus , ita — »

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