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L ACTION DISSOLVANTE DES MAIRES ET DES AVOUÉS

L'administration domaniale qui survit , on l'a vu par les deux exemples que j'ai donnés au chapitre précédent, a perdu sa cohésion; surtout, l'ennemi est fortement installé dans la place. L'avoué possède la moitié de l'une des villâs, les maires sont de puissants feudataires dans l'autre.

Leur influence , leur autorité, leur richesse n'ont cessé et ne cesseront de s'agrandir, leur condition sociale de s'élever aux dépens du véritable propriétaire du domaine, qui essaie en vain d'arrêter leurs empiétements et leurs usurpations. C'est qu'il est loin et qu'ils sont près, c'est que le recours à la justice est illusoire et l'autorité spirituelle souvent impuissante contre la force brutale, c'est que le temps se charge promptement, en pareil cas, de légitimer la spoliation.

Les cartulaires et les chroniques offrent à chaque instant le spectacle des luttes qui s'agitent entre les maires et leurs seigneurs. On assiste du même coup à la marche ascendante de ces officiers.

Simples agents serviles au onzième siècle, chargés de percevoir pour le compte du maître les redevances foncières, de veiller à la culture des terres, aux travaux de ferme, au maintien du bon ordre, ils deviennent des vassaux quand l'inféodation s'impose au seigneur terrien comme mode d'exploitation de ses domaines1. Ils s'effor-

1 <( Ego W... abbas... Gaufrido de Arro majoratum terre de Bosco Rufîni... concessi, eumque, secundum pacta que subscripta sunt, de eodem majoratu in capitulo nostro investivi... ipse vero michi hominium... et toti capitulo nostro fidelitatem legitimam fecit » (1101-

cent alors de rendre leurs charges héréditaires et de réduire au strict minimum leurs obligations et leurs services. Ils se heurtent naturellement à des résistances, et parfois sont obligés de céder1, mais d'ordinaire ils l'emportent2.

1129, Cart. Saint-Père de Chartres, II, p. 484-485). — Voyez, du reste, suprà, p. 87, ce que j'ai dit de la nécessité de l'inféodation.

1 « Ugo de Corma preposituram de Corma tenebat ex gratia et beneplacito Agnetis ven. abbatisse ecclesie S. Marie. Quam cum in jus proprium juste transferre non posset, id ipsum injuria quavis voluit machinari. Confinxit itaque preposituram illam, quam sub conditione deposîti tenebat, jure sibi hereditario provenir e... Gonvocatis itaque ad diem et locum obtimatibus et discretioribus terre clericis ac laieis , ... processit sententia in hune modum : ut omni scilicet deinceps submota reclamatione, preposituram de Corma ecclesia B. Marie liberam et quietam in pace perpétua possideret... Et statim abbatissa edicto communi per totam villam de Corma prohibuit, ne amplius de jure prepositure Ugoni responderetur... Cum post aliquot annos idem Ugo gravi laboraret infîrmitate ... publica confessione cognovit se injuste vexasse ecclesiam , et preposituram predictam esse de libero jure ecclesie B. Marie...» (comm. du xne s., Cartul. de Notre-Dame de Saintes, Cart. de la Saintonge, II, p. 92).

La sentence et l'acquiescement n'empêchèrent pas les parents du maire défunt de relever ses prétentions et d'obtenir de l'abbaye une forte indemnité (huit livres et une vigne) pour s'en désister (Voir les deux chartes suivantes du même eartulaire).

Cf. Cartul. de Quimperlé, MS. fo 27 r°-v°.

2 « Gualterius Aletrudis , qui monachorum Relliaci prepositus steterat, eandem prefecturam jure hereditario sibi reclamabat. Quod cum monachi ejusdem loci audissent, cum eo inde ad placitum in : curia monachorum ipsorum, coram vavasoribus ipsius castri id est Relliaci, venerunt; ibique prior W. cum ceteris monachis qui aderant, veris rationibus predictum G. nichil in ea juris habere evidenter probaverunt. Sed ad ultimum monachi idem , precibus virorum qui aderunt annuentes, eam judicio sibi ablatam reddiderunt » {Chartes de Rillé, v. 1100. Archives d'Anjou, II, p. 39-40).

« Rivallonus et ejus successores post eum debent singulo anno ad nativ. Domini de preconio Kemperelegii très solidos monachis ejusdem loci » {Cart. de Quimperlé, MS. fo 35 v°).

« G. de Pomeria ville preerat major, licet cuidam nepoti suo

eadem majoria justius jure competeret hereditario » (Cart. Saint-Père de Chartres, 1109-1129, II, p. 500, ch. 44).

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Les voici donc investis, à perpétuité, du droit de rentre la justice foncière, d'exercer la police, de percevoir es redevances des tenanciers et de retenir par devers 3ux une notable partie tant des amendes que des pressions ou des rentes. Ils ne s'en contentent pas. Soit directement, soit par des subordonnés, leurs propres vassaux1, ils empiètent sur les droits du seigneur, ils restreignent sa quote-part, ils occupent comme leur appartenant une partie des terres2, ils les vendent à leur

1 Le cartulaire de Saint-Bertin nous raconte en détail de pareils empiétements. Ni objurgations ni menaces ne les arrêtent. L'insolence semble au contraire s'en accroître. Au moine qui lui reproche ; d'avoir employé les bœufs du domaine à des corvées indues l'usurjpateur répond : « Si votre saint Bertin était un bœuf je le mettrais

sous le joug et vous vous plaignez que j'y mette vos bœufs! »

I « Quidam, Bodora nomine, subministerialem agebat causam cujusdam majoris, prediti potestate advocationeque , sibi vindicantis ville (villam) proprii juris Sancti Bertini, Calmont nomine. Hic, quia una et timeri et placere desiderabat,nimium nimiumque vicicolas labore usque impense acto premebat... Nam apprehendit boves illius (monachi) in agro pascentes, et servitio domini sui subdidit , eosque per totum triduum tenuit... Inde adeo motus siquidem monachus, nequam hune verbis aggreditur : « Usque ad id tempus libéra extitit nostra curtis ab omni servitio, fuitque sue potestatis; nec quis priorum ausus fuit in ea sibi vendicare aliquod jus sivevim invasionis. Quamobrem ergo

. nostras boves abegisti, et in servitium alterius vendieasti? » Non mirum quidem si nequam prava ore profert... « Si tuus, inquit, sanctus Bertinus bos esset, jugo meo jungeretur, subque labore in-

) gemeret, qui tuos quereris meo labori insudasse... » (xie siècle, Cart. de S.-Bertin, p. 190 191,)

2 « Hec est commemoratio placiti quod fecit dompnus Iterius abbas... cum Rotberto Seguini de villicatione P. Placitum habuit suprad. abbas cum suo preposito multis vicibus de hoc quod non erat fidelis beato Stephano et accipiebat quodeumque poterat ad suam partent hoc quod non procedebat ad suum fevum et inquisivit abbas

. hoc quod maie agebat et per rectum dédit vadimonia ejus. » (1075- 1080, Cart. de Saint-Êtienne de Baigne, p. 173, ch. 429.) « A. de Trahento, prepositus de Vix, faciebat injuriam Sancte Marie ; de furno ville, et de medietaria ansterii (asterii), et de receptu vi-

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