‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 76 sur 125 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L'organisation religieuse agrège, coordonne et agglutine les pièces juxtaposées du corps de ville en formation. Les églises qui s'élèvent, les paroisses qui naissent autour du monastère sont rattachées à lui 1. Elles sont desservies par des frères qui, dans ce but, reçoivent la prêtrise. Fautil rappeler, en effet, que les paroisses monastiques ou incorporels ont joué un rôle capital dans l'histoire ecclésiastique de la France, à l'époque que nous étudions, et qu'elles ont prévalu dans beaucoup de régions sur les cures confiées au clergé séculier2.

Une poussée plus énergique encore était imprimée au développement de la ville monastique quand, par son importance déjà acquise ou par la faveur de sa position,; elle était érigée en siège d'un évêché3.

censu omnes liberi sunt a theloneo tam viri quam femine. Qua de causa multi concurrentes ad Ing. alterius legis, quovis modo hoc egerunt, ut eos annumeraret in hac servili conditione et protestaretur esse, et sic ut a theloneo liberarentur innumerabiles se obligaverunt hac adulterina servitute... » (Cartul. de Saint-Vaast d'Arras, p. 182).

« Quod si thelonearius vel minister abbatis super aliquem de civitate clamorem fecerit quod theloneum suum injuste retinuerit, si se debere negaverit per originem suam derationabit. Homo ex qualibet potestate qui se sponte S° Vedasto sive Se Marie dederit omni vita, sua theloneum dabit. Mulier, ancilla vel libéra, si se sponte dederit, tune heredem habens cum se dederit, ambo theloneum omni vita sua dabunt. Hères autem qui post dationem illam ex ea nascetur liber erit. » (1036. lbid., p. 171).

1 « Notet diligens lector et... certissime teneat quod universa civitas Attrebatensis in fundo S2' Vedasti sit, nihil que in toto civitatis ambitu absque abbatis et ecclesie consensu construi possit, nisi tan-: tum in vico strate in ea videlicet parte que episcopi est. Quamobrem satis mirandum est, quasdam in hac civitate ecclesias S1 Vedasti non esse, cum diligenter perscrutanti dubium non sit omnes hujus civiA tatis ecclesias vel ipsius debere esse, vel ab ipso teneri debere. » (Cartul. d'Arras, p. 239).

2 Consultez, par exemple, Benoît, Histoire de l'abbaye et de la terre de Saint-Claude (Montre uil-sur-Mer, 1890, I, p. 322 suiv.).

3 Ces érections de villes monastiques en villes épiscopales sont surtout nombreuses au xive siècle, mais elles se rencontrent dès le neuvième. En Bretagne, Saint-Brieuc, Dol , Tréguier en fournissent

Jj Après ce regard d'ensemble il serait aisé, en pénétrant dans le détail , de dresser une longue liste des bourgades idq des villes auxquelles les circonstances que je viens

: îd'esquisser ont donné naissance. Un tel relevé appartient

j là la géographie historique plus qu'il ne s'accorde avec le plan de cet ouvrage. Il me suffira, comme pour les châiteaux-forts , d'énumérer quelques exemples. Je les grouperai cette fois par province ou par pays et je m'attacherai

• ide préférence aux villes qui procèdent des monastères les

: iplus anciens :

En Alsace je signale Saint-Hippolyte, Massevaux, Munster, Wissembourg; dans YAngonmois , Cellefrouin; dans Y Armagnac, Saramon; en Artois, Saint-Omer; en Auvergne, Aurillac, Saint-Flour, Sauxillanges ; en Berry, Massay ; en Bourbonnais, Cusset; en Bourgogne, Charlieu, Cluny, Flavigny, Nantua, Paray-le-Monial , Tournus; en Bretagne, Saint-Brieuc, Dol, Quimperlé, Redon, Tréguier; en Champagne, Avenay, Bray-sur-Seine, Hautvillers, Montier-en-der, Orbais et Rebais; en Dauphiné , Romans; en Flandre, Cysoing, Marchiennes ; dans le pays de Foix, Pamiers; en Franche- Comté ', Baume-les-Dames, Saint-

\ Claude, Favernay, Lure, Luxeuil; dans le Gâtinais, Ferrières (Loiret); en Guyenne, Condom; dans le Hainaut,

i la preuve. — L'influence exercée par la présence d'un évêque sur

' l'activité prospère du commerce local est attestée par le texte suivant, relatif aux démêlés du comte et de l'évêque du Mans (1090) : « Hue

| accedebat quod ipsi etiam stabularii , caupones , macellarii atque pistores, sed et muliercula? quae vilioribus mercibus insidebant, aliique quamplurimi, quibus comprovincialium concarsus lucrum maximum conferre consueverat, adversus eos (adversarios Episcopi) intolerabiliter murmurabant, pro eo quod ipsorum causa negotiationis

î suae quaestu sese conspîcerent esse fraudatos. Quos dum ipse cornes adversum se quoque eàdem causa fremere cognovisset; cernens sibi

, periculosum esse, si contra omnium vota civitatem pateretur diutius Pastoris sui prœsentia desolari, inito cum optimatibus consilio, sibi Episcopum pacifîcare, eumque quantocius cum suis omnibus adEcclesiam revocare curavit. » (Gesta Pontifie, cenomannensium. D. Bouquet, xii, p. 544 g-d;.

Denain, Maubeuge; dans Y Ile-de-France , Chelles, Chevreuse, Saint-Denis, Lagny-sur-Marne ; dans le Languedoc, Alet, Aniane, Castres, Gaillac, Saint-Gilles, Moissac, Montolieu, Saint-Pons; en Limousin, Beaulieu, Tulle; en Lorraine, Saint-Dié, Saint-Mihiel , Remiremont ; en Nivernais, Corbigny, Vezelay; en Normandie, Caudebec, Fécamp, Jumièges; dans le Périgord, Sarlat; en Picardie, Chézy , Corbie, Montreuil-sur-Mer, Saint-Riquier, Saint- Valéry-sur-Somme; dans le Poitou, Charroux, Maillezais, Saint-Maixent; dans le Quercy , Souillac; dans le Rouergue, Conques, Vabres; en Saintonge, Saint-Jean-d'Angely; en Touraine, Cormery, Luynes.

Tous ces exemples ne sont pas également purs, parla simple raison que toutes les origines sont complexes : prétendre les ramener à une source unique est la plus téméraire des entreprises. Je Tai dit, je ne prétends pas établir des catégories rigoureuses et tranchées. Je m'attache seulement à la cause qui me semble avoir été ou déterminante ou décisive. Si comme à Pamiers et à Saint-Omer, à Saint- Claude et à Montolieu, un château s'élève plus tard à côté du monastère1, si un bourg seigneurial comme à Charroux2 se groupe à proximité du bourg monastique, si enfin des évêchés viennent apporter leur contingent de force attractive et de puissance d'expansion, il n'en demeure pas moins que le point initial3 et les principales coordonnées

1 Pour Pamiers voyez : Histoire du Languedoc, III, p. 596 et 784 etEug. deRozière, Le partage de Pamiers (Bibl.de l'École des Chartes, 1871, p. 1 suiv.); pour Saint-Omer, Giry, Histoire de la ville de Saint-Omer, p. 8 suiv.; pour Saint-Claude, Benoît, Histoire de l'abbaye et de la terre de Saint-Claude, I, p. 419 suiv.; pour Montolieu, Mahul, Cartulaire et archives de l'ancien diocèse de Carcassonne, I, p. 124).

2 Cf. de la Fonteneile de Vaudoré, Les Coutumes de Charroux (Poitiers, 1843), p. 8 suiv.

3 Je parle — qu'on veuille bien ne pas l'oublier — de la formation urbaine. Il est presque indifférent, à ce point de vue, que très anciennement il ait existé en un lieu, soit une villa comme à Cluny, soit

c'est dans l'établissement religieux qu'il faut les chercher. Ils impriment à la ville la physionomie qu'elle gardera à travers les siècles. Les éléments subsidiaires pourront la compléter, la diversifier; ils ne l'altéreront pas dans ses traits essentiels.

un palatium comme à Remiremont ou ailleurs. Jamais, ou presque jamais, une telle localité réduite à elle-même n'aurait pu, sans la fondation du monastère, devenir une ville.

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