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CHAPITRE VII

Plus encore que le château-fort, le monastère a été une semence de ville. Centre religieux, centre domanial, centre commerçant et industriel, il le cédait à peine au château comme centre militaire. Beaucoup d'abbayes étaient fortifiées, et entretenaient dans leur enceinte des hommes d'armes pour les défendre; d'autres, malgré leur répugnance, firent construire des castels qui leur servaient de boulevard1.

1 Diplôme du roi Eudes en faveur de l'abbaye d'Arras (890) : « Castrum propter munimen loci, Karolo imperatore, petentibus monachis, consentiente et permittente, in ipso monasterio ab eis constructum est, ideo de antiqua clausura reticemus... Denique sub occasione castelli, nolumus nomen monasterii deperire , nec ordo monasticus in eo a saecularibus perturbetur, sed pristinus honor eis servetur ac potestas in omnibus, atque loci immunitas... » (D. Bouquet, IX, p. 453, B.-C).

Diplôme de Charles le Simple en faveur de l'abbaye de Corbie (901) : « Ut nullus judex publicus m castello propriis sumptibus ac juribus infrà ipsa monasterii mœnia constructo, nullam ibi quasi potestative licentiam* habeat discutiendi aut ordinandi aliquid aut disponendi, sed sicut reliquee res ejusdem monasterii absque ullius judiciaria persona, immunitate... sancitae noscuntur... praefatum consistât castellum. » (D. Bouquet, IX, p. 494, D.-E.).

Privilège en faveur de l'abbaye de Saint -Julien de Brioude : « Gum ecclesia S. Juliani , sive cum eedificiis qua3 sunt juxta ecclesiam et in antea facta fuerint , seu cum castello quod est in circuîtu ecclesiae vel cum adjacenti burgo... in mansionibus quae sunt infrà muros castelli bastimentum non faciam per castellum ut suprà muros appareat... » (Cartul. de Brioude, p. 42-43).

« Ego Gauffridus Andegavensium divinâ gratiâ cornes... Avus

A la protection matérielle qui couvrait ainsi les abords du couvent, venait se joindre, pour paysans ou bourgeois, la protection religieuse dont j'ai traité en parlant des sauvetés1. S'agissait-il d'une sauveté proprement dite, le bourg tout entier jouissant de l'asile, l'accroissement de sa population était d'autant plus rapide, sa transformation en ville d'autant plus aisée. Mais, par contre, l'abornement hiératique faisait obstacle à l'extension du territoire urbain. Une grande ville ne pouvait naître que

meus et avunculus castellum terrœque cumulo ac lignis magnae altitudinis asilum circa monasterium B* Florentii quod vêtus dicitur construxerunt, annuente... abbate Frederico et... monachis, eo tamen tenore ut eis eorumque successoribus non noceret, sed potius prodesset... Licet ab ejus principîo castellum et per quinque lustra monachorum milites et famuli conservassent asylum, tamen dicebant quidam ex nostris quod meum erat eum sive tenere seu cui vellem tradere, contradicentibus autem hoc monachis...

Concedo abbati et monachis... prsefatam fortitudinem castelli et preedictse munitionis eo tenus ut eam nec mihi nec alicui comiti liceat unquam cuilibet tribuere, neque nesciant milites quod eam non debeant dari sibi petere quia hoc esset fidem suo domino promissam violare. Igitur munitio semper custodiatur ab hominibus monachorum nec absque eorum voluntate quisquam in ea aliquando habitet, similiter quoque castellum... tantum liceat Andegavensium comiti si nécessitas expetit, ceu in aliis firmitatibus quas in beneficium habent ab eo principes comitatus sui , in eo ponere milites qui patriam deffendant et non super monachorum homines potestatem exerceant... » (CartuL noir de Saint-Florent de Saumur, fos 57-58. Dom Housseau, II2, no 635). — Voyez aussi plus haut, p. 85-86.

1 Avant que l'abbaye de Saint-Trond et la ville qui s'était formée autour d'elle ne fussent munis de ces remparts et de ces tours dont l'aspect nous est dépeint si formidable à la fin du xie siècle (Rodulphi Gesta abbat. Trudon. Pertz, Scriptores 9 X, p. 242), l'asile religieux les protégeait plus efficacement que ces fortifications plus tard ne le purent faire. L'auteur de la Chronique de Saint-Trond, l'abbé Rodolphe (1108-1138) expose avec grande force, en un langage vif et imagé, les bienfaits de cet asile lors de l'élévation au siège abbatial de son prédécesseur Adelard II (1055) :

« Quantacunque esset werra in patria, quantacunque discordia in regno, securus ambulabat, securus terram suam inhabitabat quicun-

par la juxtaposition d'autres bourgs dotés d'une moindre | franchise.

Plus ordinairement l'asile se restreignait à l'aître du monastère. Tout réduit qu'il était alors, il avait assez de prix pour attirer des habitants. La preuve en est dans les confirmations de cet asile que les abbayes ne man- ? quent pas dans l'intérêt de leur ville de demander aux seigneurs laïques1, et dans l'empressement avec lequel la population recherche le droit d'occuper cette enceinte

que Sancti Trudonis sive servum sive ancillam se esse dicebat. Milites vero, qui de circumadjacentibus villis ob infestationem inimicorum suorum oppidum nostrum incolebant, cum adhuc esset sine omni vallo et munitione, tanta tamen pacis securitate in eo manebant, ut si forte contigisset aliquando eos super hostes suos longius processisse et fugientes, ut plerumque assolet , redire, hanc prestantis benefîcii gratiam ex meritis et reverentia beati Trudonis haberent, quatenus ex eo loco cessarent eos inimici eorum insequi, quo primum poterat altior pars turris monasterii no stri vider i. » (Gesta abb. Trudonensium, Pertz, Scriptores, X, p. 234).

i Vers l'an 1050, la comtesse d'Anjou Agnès, veuve du duc d'Aquitaine Guillaume le Grand, et ses deux fils, dont l'un était Guillaume V d'Aquitaine, dans la charte si pre'cieuse aujourd'hui pour nous qu'ils accordent à l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely (T. I, p. 299-301), lui confirment notamment l'asile dont jouissait son enceinte, sa cour : « Curtem S. Joannis et cuncta quee in ea fuerint, et omnes qui ad eam confugerint, cujuscumque criminis rei sint, securos ab omnibus et tutos esse prœcipimus, et nullus his quicumque intra ambitum ejus fuerint, aliquam violentiam inferre prsesumat. »

En l'an 1131 , confirmation nouvelle par le duc d'Angoulême Guillaume VIII :

«Ego Willelmus Aquitanorum dux... dono et concedo... caméras meas, et domum et plateas et fossatum , quee omnia in aspectu ipsius monasterii habuerant et possederant antecessores mei... Consuetudines etiam quas ecclesia S. Johannis antiquitus solebat habere in burgo illo concedo, et volo ut libère et intègre ecclesia illa deinceps et quiete possideat. Et quicunque obnoxius in aliquibus infrà curiam S. Joannis confugiens se miserit, nemo inde îllum extrahere audeat qualicunque culpa reus teneatur, sed securus in illa immunitate, sicut in ecclesia ab omni invasione permaneat. » (1131. Cartul. S.-Jeand'Angely,î° 98 r°-v°; Gallia Christiana, II, Instr. col. 469).

privilégiée1. Ceux-là mêmes qui habitaient en dehors pouvaient y trouver un refuge temporaire. Ils participaient en outre à l'immunité dont le territoire était armé contre les exactions justicières 2.

N'oublions pas non plus que l'intérêt des moines les poussait à prendre, en toute circonstance, fait et cause pour leurs sujets et à mettre ainsi à leur service leur redoutable prestige.

Grâce à ce prestige, le monastère ne tient pas seulement lieu du château-fort considéré comme élément protecteur. Il lui fait front, il l'évincé, comme instrument de domination ou de tyrannie. Obtenir qu'aucun castel seigneurial ne soit établi dans un rayon déterminé de la ville, c'est une liberté au sens du moyen-âge (Jibertas civitatis), une liberté qu'abbés et évêques s'efforcent d'obtenir pour celles qui relèvent de leur autorité 3.

1 (c ... Descripsimus conventionem quam fecimus cum Parrochianis villae Talannaci, de atrio Ecclesiee Scti Valerii. Timentes enim hostiles impetus, ad nos venere unanimes, poscentes ipsum atrium sibi dari in auxilium ad construenda domicilia, et condenda propria. Horum itaque evicti importunitate, atrium in commune censûs sub ratiocinio indulsimus; eo videlicet conditionis ordine, ut qui senûm pedum vel vu mensuram usurparet in dominio, duorum ; qui vero aut duodecim, aut tredecim, quatuor denariorum censum die festivitatis Scti Benigni solveret. Qui vero statutum transiret terminum, jam sciret cum usurâ secundum legem reddendum. » (xie siècle. CartuL de Bèze, Dachery, II, p. 416. — Analecta Divionensia, p. 300).

2 Le bourg de Saint-Jean-d'Angely , qui peut passer pour un type des villes nées sous l'aile d'un monastère, bénéficiait déjà de l'immunité accordée à l'abbaye par Louis d'Outremer en 942. (D. Bouquet, IX, p. 596). Cette immunité fut reconnue et proclamée explicitexnent par la charte d'Agnès et de ses fils. (T. I, p. 300-301).

3 Diplôme du roi Arnoul en faveur de l'église de Toul (vers 894) : « Arnaldus S. Tullensis Ecclesiee Episcopus... conquestus est quod

cornes Stephanus et Gerardus frater suus et Matfridus munitiones

castelli infrà quatuor leucas ab urbe contra statutum Dagoberti régis aedificaverant , per quas ex toto perierat antiqua libertas civitatis, quam cum banno regali ex integro omnes Tullenses Episcopos a regno nostro jure perpetuo manifestum est possidere... antiquam libertatem

La puissance et la richesse d'un monastère étaient en raison directe du rang qu'occupait dans la hiérarchie céleste le saint auquel il était consacré, du nombre, de la qualité , et de la vertu miraculeuse des reliques que renfermaient ses châsses. De là ces opulentes donations en biens-fonds et en droits seigneuriaux, de là ce concours

a glorioso Rege Dagoberto nos corroborando perpetuo observare praecepimus, scilicet ut infrà quatuor leucas ab urbe Tullensi nulla munîtio castellaris œdificata maneat , excepta immunitate Liberduni, quod proprium tutamen civitatis est, et locus pacis in quo Sanctus Eucharius Martyr veneratur, et obsessus a Vandalis remansit indestructus. » (D. Bouquet, IX, p. 367-368).

Charte du comte de Champagne Eudes II, en faveur de Roger II, évèque de Châlons-sur-Marne (1048-1063). « Vir venerabilis Rotgerus, Cathalaunensis ecclesie episcopus, culminis nostri adiens sublimitatem (videbat enim circumquaque inexplebilis avaricie causa quorumdam Francorum inter se dissidentium malitiam paulatim sic crescere , et in construendis castellis ad dampnationem populi et ad direptionem potius S. Dei ecclesie, quam ad defensionem ejus, passim bacchante insania, unumquemque eorum animum inflammare) timens ne Cath. ecclesia... hujuscemodi malum contingeret, humiliter peciit, ut infrà spacium octo leugarum a mûris ejusdem civitatis Catalaunis in circuitu, nec ego neque successores meiper succedentia tempora aliquid municipium fîrmari permitteremus... assensum sibi preebuisse cunctis notum esse volumus... » (D'Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et des comtes de Champagne , I, p. 486).

Diplôme du roi Philippe I en faveur de l'abbaye de Compiègue : « Philippus Dei providentia Francorum rex piissimus... Ante tempora nostra fuere perversi homines quorum violentia ad id vesanie prorupit ut Sctam predictam ecclesiam (Saint-Corneille de Compiègne) insurgèrent, predia diriperent ad ultimum vero... etiam munitionem et turrim quamdam ante ipsam ecclesiam construerunt... Fecimus predictam turrim fundotenus sufïbdere , post hoc vero ne in aliquo tempore... inciperet radix preteriti mali pululare, transtulimus jus régie potestatis et dominationis in jus ecclesie post excessum nostrum... et ne aliquis possit aut présumât construere turrim aut munitionem sive domum defensabilem in toto territorio et convicinio Gompendii seu infrà pontem sive extra pontem nec in aqua aut in insulis nec infra villam aut extra villam, nec in toto, ut diximus, convicinio vel territorio Gompendii... » (1092. Moreau, 37, f° 5).

de pèlerins 1 qui viennent chercher un remède aux maux du corps et aux troubles de Famé, et qui s'en retournent, qu'ils soient ou non consolés et guéris, l'escarcelle légère ou vide. Regardez ces millions qui se déversent de nos jours sur une petite ville des Pyrénées devenu un lieu de pèlerinage fameux, ces somptueuses basiliques que des milliers de bras édifient, ces hôtels, ces comptoirs, ces bazars, ces usines même qui sortent de terre et pullulent, vous comprendrez sans «effort que les monastères aient pu s'enrichir au moyen-âge et se transformer, pour les laïques, en un foyer d'activité commerçante et industrielle. Ne voyons-nous pas, en l'an 1008, la ville de Sens parvenir à un état de prospérité dont s'émerveillent les contemporains, grâce à la foule de pèlerins qui accourt de toutes les provinces de la France, de l'Italie, des régions transmarines, à la nouvelle qu'on vient d'y découvrir des reliques extraordinaires , un fragment entre autres de la verge de Moïse 2?

Les reliques attirent les pèlerins, les pèlerins attirent les marchands 3. L'argent circule, les maisons s'élèvent, les

1 « Cum Vizeliacensis Ecclesia ex dono fundatoris et ex dignitate Romanae auctoritatis prerogativa libertatis polleret, et oraculo beatae dilectricis atque famulatricis Dei Marise Magdalenae, quae ibidem condita toto orbe prœdicatur et adoratur, fortissima emineret, multis ex partibus ad eam plures convolaverunt et tam sui copia quam rerum affluentia iliud oppidum illustre conspicuumque reddiderunt. » (Histoire de l'abbaye de Vezelay, rédigée par Hugues de Poitiers, dans les années 1156 et suivantes, Dachery, Spicilegium, II, p. 523, col. 2).

2 In/Và.p. 333, note 2.

3 Récit de la fondation de l'abbaye de la Charité-sur-Loire : « Anno 1056... religionis fama multis in locis audita, adibant Dei locum qui et de tota provincia et de regione conveniebant longinqua. Unde et mercatores , ementium et vendentium, fama percepta, intuentes quia longe esset oppidum quod praetetigimus, id est Marcha, et multum se lucraturos sperantes, si sua illuc comportarent commercîa, veniebant afférentes quee videbant peregrinis esse necessaria. » (Notitia

boutiques s'ouvrent. La ville se construit d'autant mieux et plus vite que beaucoup de couvents ont été fondés sur remplacement ou à proximité de villes romaines détruites1 dont les ruines formaient d'admirables carrières 2.

Le monastère a trop d'intérêt, par les revenus qu'il en tire et par les produits qu'il peut y écouler, à la tenue des marchés et des foires pour ne pas les favoriser de toutes ses forces. Le marché est déclaré franc, il se tient près de l'église3, il participe à son asile. Des saufs-conduits sont

de fundatione Monasterii de Caritate ad Ligerim, D. Bouquet, XIV, p. 42 G).

Chronique de Saint-Trond : « Accedebat quoque ad augendam illi (abbati Adelardo secundo, an. 1055 seq.) divitiarum magnitudinem sepulchrum beati Trudonis frequentissimis cotidie mirabilibusque choruscans miraculis, quae tanta toto orbe terrarum fama resperserat, ut multitudinem peregrinorum non solum templi ambitus sed et ipse quoque totus oppidi nostri locus ferre minime posset.

Namque ab oppido nostro paene usque ad dimidium miliare per omnes in circuitu populares vias ad nos se dirigentes, necnon et per campos atque per prata tantus peregrinorum cœtus, nobilium videlicet liberorumque atque popularium sexus utriusque pene cotidie, maxime vero diebus solempnibus confluebat, ut in papilionibus tabernaculisque frondeis cortinatisque habitantes, totum ipsum oppidum circumsedisse obsidionis specie viderentur, quos pra3 multitudine ipsœ oppidanorum domus aliis refertse capere non poterant; tummercatorum copia, qui vix in equis et curribus , plaustris et animalibus tanta poterant advehere quœ sufficerent multitudini peregrinx. » (Rodulfî, Gesta abb. Trudonensium, I, Pertz, Scriptores, X, p. 234).

1 L'abbaye de Watten, par exemple, près d'une antique cité batave « antiquissimum oppidum Menaporum. » (Chronique d'Eberhard (xie-xne s.). Migne, T. 149, p. 1513 smv. D. Bouquet, XI, p. 104), l'abbaye de Loc Maria de Quimper sur l'emplacement de l'ancienne ville romaine d' Aquilonia (A. de la Borderie, Recueil d'actes inédits des ducs de Bretagne, p. 20).

2 Voyez infrà, p. 331, notel. — Adde, D. Bouquet, XI, p. 150 D.- E. (1066. Agrandissement de l'abbaye de Saint-Hubert en Ardennes).

3 Marché tenu dans l'aître de l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen : « Notum esse volumus... quod dominus noster Guilielmus Normannorum dux et filius ejus Robertus macellum penitus donant et reddunt, pro abolitione delictorum suorum ac vitse œternae merito, quod

procurés aux marchands qui s'y rendent, comme des privilèges considérables sont obtenus au profit de ceux qui

in atrio Sancti Audoeni habetur... » (Vers 1060. Archives del'abb. de Saint-Ouen, Moreau, 26, f° 102).

Marché tenu près de l'église de Danjeau : « Herlebaldum de Domniolo ad mortem vulneratum devenisse monachum nostrum atque donasse S0 Martino... dimidiam ecclesiam de eodem Castro... ita ut quamvis alii ex illa sint fevali, noster sit tamen totus in eadem ecclesia senioratus (suzeraineté) sicut erat Herlebaldi. Nostre etiam sint reliquie et libri. Annuit huic donationi Odo frater ipsius H. adeo ut monachum nostrum... gratia reservande nobis a se super hac re fidei oscularetur... Post hœc idem Odo abiit et eidem monacho Ecclesiam ipsam per cordam signi tradidit monachusque suscipiens cordam traxit et signum insonuit quod parochia omnis audivit et vidit... Odo autem... unum a nobis pellitionem grisum accepit. Qui tamen abstulit postea nobis presentem que nos contingebat de foro quod apud eandem ecclesiam agitur ad festum Scti Georgii. Sed pro hoc quoque 60 solidos accipiens... reddidit... » (1064. Moreau, 28, fos 77-78. — Cartul. de Marmoutier pour le Dunois, ch. 25, p. 26-27).

Marché tenu près de la cathédrale de Saint-Pierre de Poitiers : (Remise faite de laleude par le duc d'Aquitaine Gui Gefïroi, 10 juillet 1081.)

« Ipse dux G. vendam totius et solius diei cœnae Domini , quam sui servientes capiebant de mercatoribus vendentibus illa die ante portam S. Pétri et ad arcum et circum circa pênes Scti Pétri monasterium... dimisit. (Moreau, 32, f° 32 v°).

Marché de Saint-Arnould de Metz : « Herimannus gratia Dei Sctse Mettensis presul Ecclesise... Walo abbas cenobii Scti Arnulfî... conquestus est quod ab improbis hominibus multa pateretur dispendia pred. locus, addèns annale mercatum quorumdam factione... in presentiarum maie sublatum temporibus predecessoris Scte memorie Adelberonis jam quadriennio habitum in dedicatione ipsius Ecclesiœ... Restituimus et reddidimus ipsum forum in solempnitate ipsius dedicat. perpetualiter habendum... quicquid nostri juris in ipso foro haberi comperimus, deputatis X solidis inter pnmicerium thesaurarium atque canonicos Scti Stephani et advocatum civitatis... Jam dictus advocatus accipit X solidos et très decani atque scabinio ternos solidos singuli in mercedem sui offîcii quatinus neque inferri a quolibet neque sinant injustitiam vel injuriam pati quemlibet... Si qua vero injustitia, ut in talibus assolet, vel injuria contigerit, summa pretii quam lex pro vindicta culpe exigent, nullo renitente, abbas

f 'fréquentent les foires périodiques. Qui n'a présent à la ; jmémoire la célèbre foire du Lendit et la prospérité qu'elle a valu à l'abbaye de Saint-Denis?

A mesure que s'accroît la richesse du monastère, les ; 'artisans, les ouvriers, les artistes, accourent plus nomïjbreux. Parfois la seule nouvelle de la fondation d'un cou- 1 vent suffît pour les appeler \ C'est qu'ils sont assurés de l [trouver l'emploi de leurs bras et de leur talent : architectes, charpentiers et maçons, peintres, orfèvres et sculp- Iteurs pour les constructions monastiques; peaussiers et i jparcheminiers, cordonniers, selliers, foulons, tous les corps j ide métier en un mot, pour les besoins quotidiens des religieux et de leurs serviteurs.

Voyez leur importance et leur nombre dès le neuvième llsiècle tout autour du monastère de Saint-Riquier, comme Mils s'y assemblent et s'y fixent, comme ils s'y groupent par quartiers et par rues, tels qu'ils continueront aie faire durant tout le moyen-âge; rue des marchands, rue des [ ouvriers en métaux, rue des cordonniers, rue des selliers, etc. 2. A côté de ce commun peuple (populus vulga-

accipere debebit... Sign. Burchardi advocati — S. Johannis scabinionis...)) (Vers 1075. Arch. de Saint- Arnould de Metz, Moreau, t. 31, fos 76-77).

1 Fondation dans une forêt de l'abbaye de Tiron par Bernard (février 1114) : <( ... In loco silvestri qui Tiron dicitur, cœnobium in honore Sanctî Salvatoris construxit. Illuc multitudo fîdelium utriusque ordinis abunde confluxit, et prsedictus pater omnes ad conversionem properantes, charitativo amplexu suscepit, et singulis artes, quas noverant , légitimas in monasterio exercere prœcepit. Unde libenter convenerunt ad eum fabri, tam lignarii, quam ferrarii, sculptores et aurifabri, pictores et csementarii , vinitores et agricolae, multorum que offîciorum artifices peritissimi. » (Orderic Vital, III, p. 448).

f 2 « Item ibidem vicus negotiantium omni anno pallium unum valens C. solidos. Vicus fabrorum cuncta persolvit ferramenta, valet

| per annum libras très. Vicus scutariorum omnia voluminum indumenta tribuit, conficit, consuit, valet XXX solidos. Vicus seilariorum cunctas abbati etfratribus ibi degentibus obsoniat sellas. Vicus

ris) qui a ses quatre chapelles, les nobles ont leur chapelle et leur quartier1, et tous ensemble forment une agglomération de deux mille cinq cents maisons 2.

Les artisans, il est vrai, doivent des services gratuits au monastère : la prestation pour eux est une des formes de l'impôt, de même que le service militaire en est une autre pour les hommes d'armes3. Mais ces obligations n'absorbent qu'une faible partie de leur activité et elles les affranchissent, en revanche, des charges communes au reste de la population4.

pistorum C. panes per hebdomadam. Vicus servientium per omnia liber est. Vicus sutorum cuncta famulorum et coquorum calceamenta tribuit. Vicus lanistarum omni anno XV sextarios sagiminis persolvit. Vicus fullonum cuncta fratribus filtra administrât. Vicus pellifîcum cunctas fratribus pelles confîcit et consuit. Vicus vinitorum XVI sextarios vini unumque olei persolvit per hebdomadam. Vicus cauponum unaquaque die XXX sextarios cerviciœ. » (Dénombrement (descriptio) fait par l'abbé Héric en l'an 831 , par ordre de Louis le Débonnaire, Acta SS. Bened. Saec, IV, I, p. 104).

1 « Vicus militum CX, unusquisque semper equum, scutum,gla-; dium, lanceam, ceteraque arma exhibet. Gapella nobilium solvit omni anno libras XII thuris et thymiamatis. Gapellae populi vulgaris quatuor, unaqueeque solvit G libras cerae, incensi très. Oblatio ad sepulcrum Scti Rîcharii valet omni hebd. marcas GG aut CGC libras prseter alia donaria » (Ibid.).

2 « Pro vero valore oppidi Gentulensis quod nunc dicitur vulgariter villa S. Richarii, descrîpsit ipse dominus abbas Hericus quod in ambitu erant 2500 domus saecularium, et unusquisque tenebatur! reddere annuatim huic ecclesia? 12 denarios 4 cappones aut pullos per œquales portiones et triginta ova cum subjectione omni neces-i saria et famulatu fratribus in necessitate. » (Jean de la Chapelle, Chronique abrégée de Saint -Riquier, publiée par Prarond (Abbeville, 1856), p. 40).

3 Voyez la note 1.

4 Ainsi, dans l'ancienne constitution de Strasbourg, il y a une correspondance parfaite entre l'immunité de corvée dont jouissent les corps de métiers et les services ou prestations qu'ils doivent à l'évêque :

Immunité de corvées. Art. 93. « Debent etiam singuli burgenses in singulis annis quinquies operari numéro dierum in dominico

Souvent même il s'écoule un long intervalle avant qu'on les astreigne à des services non rétribués. A Redon, par exemple, nous savons que jusque vers Tan 1062 les artisans s'en trouvaient affranchis, en même temps que les marchands établis à demeure étaient dispensés du tonlieu ou de la leude de marché. C'était évidemment là une condition privilégiée, car au dixième siècle elle est étendue comme une faveur à trois autres localités bretonnes1 et

opère, exceptis monetariis omnibus, qui sunt de familia ecclesie, et exceptis duodecim inter pellifices, et exceptis sellariis omnibus et quatuor inter cyrothecarios et quatuor inter panifiées et octo inter sutores et fabris omnibus et carpentariis omnibus et carnificibus et cupariis vinariorum vasorum. »

Services. Art. 102 : « Inter pellifices duodecim sunt, qui cum expensis episcopi facere debent pelles etpellicia, quantum episcopus habuerit necesse. »

Art. 110. « Sellarii episcopo euntî ad curiam duas sellas soumarias dabunt... etc.

Art. 109. « Quatuor inter cyrothecarios eunti episcopo ad curiam vel expeditionem dabunt quantumcunque fuerit necessarium de albo coreo. »

Art. 108. « Inter sutores octo sunt, qui episcopo eunti... dabunt thecas candelabrorum... etc. » (Urkundenbuch der Stadt Strasburg, I, p. 473-475).

Cf. Coutumes de la Réole (après 977), art. 8 (Giraud, Essai sur l'histoire du droit français, II, p. 512. — Sur le caractère de ces coutumes infrà, chap. XII in fine) : « Statutum est quod omnes sutores unoquoque anno in festo S. Martini reddant optimos solutares ; similiter omnes pelliparii debent priori bonam pelliciam unoquoque anno in ramis palmarum, et in festivitate apostolorum Pétri et Pauli, et in Vincula B. Pétri : nec miles nec burgensis, vel aliquis hominum erit liber in his tribus diebus quin persolvant de his quae vendiderint, vel emerint, tributa priori et monachis. »

1 «Dédit... Conan Britannorum princeps... villas très quas Main nepos archiepiscopi tenebat de eo en pheun eo tempore... et sic date sunt he ville Scto Michaeli a supradicto domino cum territorio de ipsis villis... De servitio Redonis civitatis erunt, taillam auxillum reservata reddent et insuper ipsa lege et ipso servitio quo serviunt Redones habitatores sub ratione servient hiî qui in his villis habitaverint , excepto quod nominatim bic legitur... » (990. Cartul. du Mont Saint-Michel, MS., fos 49-50 v°).

F. - Tome IL 21

quand, par contre, le duc de Bretagne Conan II intervient, sur la demande des moines de Redon, pour soumettre artisans et marchands à des impôts, il déclare les faire rentrer sous la loi commune, sous la loi qui régit un grand nombre d'autres villes : « redderent débita sicat et nonnullx aliœ villes totius patrix. » Désormais , toute marchandise, pain, viande ou denrée quelconque, vendue à l'intérieur du bourg, sera sujette au tonlieu. Sur le vin et l'hydromel, la cervoise et le claret (vin épicé), l'abbaye prélèvera une bouteille par muid. Les drapiers lui devront diverses fournitures au cours de l'année, et à Noël une tunique à l'abbé; les cordouanniers douze deniers et des souliers à Noël et à Pâques, les fabricants de chaussures en peau d'agneau et de mouton [sueurs) seront tenus de plus d'exécuter à ces deux époques de l'année tous les travaux de leur métier que leur commanderont les moines ; les selliers, enfin , auront à fournir une selle à Pâques et une autre à Noël \

1 « Census hujus villse quam S. Salvatoris monachi debent habere, non ante ex toto illis reddebatur, quousque Conanus cornes gubernacula Britanniee sumpsit... Tune monachi... indignati sunt super hac re... quos contra instabat vulgus totius ville, repugnans ne fieret sub tributo. Cornes autem tune omnes optimates qui cum eo vénérant (Roton) convocans, preecepit ut heec animadverterent et rectum inde judicium tenerent. Optimates vero... judicaverunt , comité prsesente, ut amplius villa hsec et ejus habitatores S. Salvatori et monachis ejus redderent débita, sicut et nonnullse alise villœ totius patriee.

Itaque, sedata contentione , statuerunt quae débita amplius hœc villa redderet, et insuper ob memoriam jussit saepedictus cornes ut haec cartula illa contineret débita in se scripta , quse ab officialibus cunctis hujus villœ amplius exigerentur.

Imprimis ergo... quidquid negotii intra burgum fuerit, hoc est de pane, de carne et de aliis rébus omnibus venalibus , monachorum telonarius suum jus S. Salvatori recipiat; vinum si vénale fuerit, ibi de modio uno lagena una S0 recipiatur Salvatori. Simili ter de medone, de selegia et de pigmento, si fuerit; de illis etiam qui pannos vendunt ante Natale Domini, tunicauna cum aliis redditibus

Les serviteurs et les censitaires du couvent bénéficiaient, ni-je dit, d'exemptions d'impôts, de remises de droits seigneuriaux1. Ainsi à Arras, comme nous l'apprennent de précieux tarifs de tonlieu de l'onzième siècle, les censitaires quand ils habitaient la ville ou la banlieue étaient affranchis des droits de marché que payaient tous autres commerçants, qu'ils fussent clercs ou laïques2. Il en sortait une double conséquence : les censitaires de l'abbaye affluaient vers le centre, et les étrangers se présentaient en si grand nombre pour se réduire volontairement à la condition de censitaires résidant, qu'il fallut limiter la dispense aux censitaires de naissance, ne l'accorder qu'aux ^ •enfants des oblats nés postérieurement à Toblation 3.

oer annum. De cordonibus vero duodecim nummi et subtalares in Vatale Domini et in Pascha. De sutoribus vervecum vel agnorum ;imiliter et uterque illorum ante Natale Domini et Pascha, si forte )pus in monasterio fuerit et abbas jusserit, operentur ea quse sibi njuncta fuerint a fratribus. De sellariis et lora facientibus sellam jnam in Pascha et altéra in Natalibus Domini. » (Vers 1062, Cartul. îïe Redon, p. 383-384).

|[ Cf. la charte de Saint-Jean-d'Angely : « Concedimus etiam ut )mnes... sutores et pelletarii et molendinarii et hortulani et omnes

amuli proprii... quieti et liberi sint ad servitium eorum Venda et

aummularium et tabulée ejus abbatis sunt proprise, quicumque îabere voluerit ab ipso habebit et ipse cuicumque voluerit dabit. Pabulus nummulariorum ubicumque et quomodo voluerit , ipse dis- >onet et ubi eas esse prœceperit, ibi erunt. » [Cartul. de Saint-Jean- VAngely, fo 1 et suiv., Gallia Christ., II, col. 467-468).

1 La description de Saint-Riquier par l'abbé Heric porte : « Vicus ;ervientium per omnia liber est. » Voyez aussi Ane. Constit. de

: Strasbourg, etc.

j 2 « Omnes illi debent theloneum qui manent extra terminos istos, hâve sint de censu S. Vedasti sive non, scilicet ultra pontem de R... It omnes illi qui manent infrahos terminos, tam clerici quam laici qui unt mercatores, debent theloneum S0 Vedasto nisi sint de censu S1 /edasti, vel Se Marie de civitate, tam qui vendit quam qui émit. » ! Cartul. de Saint-Vaast d' Arras, p. 165 suiv.). • 3 « Ingelberti féodale ministerium est , censum capitalem a familia ; V1 Vedasti servis et ancillis annuatim cum monacho colligere..., quo

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