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CONDITION DE LA POPULATION URBATNE

| tion de leur état de dispersion. Dépendant de seigneurs [ différents, leur condition, leurs intérêts se trouvaient sé- | parés ou divergents, leurs points de contact rares ou plus \ propres à provoquer la division qu'à cimenter l'entente. : Vassaux, bourgeois ou hommes de corps, du comte, du vi- ; guier, du châtelain, de l'évêque, de l'abbé, de tel seigneur I particulier, se solidarisent avec leur maître plus facilei ment qu'avec leurs voisins, sujets d'un autre seigneur, i Chacune de ces classes d'hommes, au sein de chaque seigneurie, avait, elle aussi, sa condition, ses intérêts, et, J à certains égards, sa représentation distincte. Prenez tel bourg, le bourg franc d'un immuniste, par exemple, vous I y trouverez des chevaliers, des clercs, des hommes libres, f des artisans, des hommes de corps, des serfs proprement ; dits. Non seulement chaque catégorie de ces habitants est [ soumise à des obligations personnelles ou réelles qui lui : sont propres, mais en outre, suivant l'usage du moyen i âge et dans l'intérêt même de son pouvoir, le seigneur la juge ou la consulte à part. Les chevaliers sont jugés par des chevaliers présidés par le seigneur ou son locum tenens, les clercs par leur supérieur ecclésiastique assisté de clercs, les hommes libres par des échevins ou des juges pris parmi eux ou traditionnellement dans les mêmes familles et présidés parle viguier; de même le villicus ou maire rend la justice aux tenanciers et aux hôtes avec l'assistance de leurs pairs. S'agit-il d'une opération militaire ou d'une mesure de défense, le seigneur appellera au conseil les chevaliers, d'intérêts temporels ou spirituels de l'Église les clercs; de questions de viabilité, d'impôts, de marché, de travaux de fortification, il prendra l'avis des bourgeois libres ou des échevins; naît-il des difficultés sur le mode de perception ou l'assiette de redevances coutumières, il consultera les principaux habitants qui y sont assujettis1.

Les divers groupes de population relevant d'un même 1 Tel est l'un des objets des trois plaids périodiques.

seigneur sont , du reste, loin d'être compacts. La personnalité remporte sur la territorialité. Dans tel quartier ou tel bourg de l'évêque habitent des hommes nombreux appartenant au comte, au vicomte, au châtelain. Parfois le bourgeois a trois ou quatre maîtres auxquels il doit des services , d'autres fois il est affranchi de toute obligation envers le seigneur du lieu; il est cédé, donné ou vendu à un seigneur étranger1.

Fixez les yeux sur cette disparité et cette incohérence, vous jugerez d'un seul coup d'œil à quel point les partisans d'une prétendue persistance du régime municipal romain ont peu connu les conditions vraies où vivaient les habitants des bourgs et des villes du moyen âge.

1 A la fin du xie siècle, le seigneur de Breteuil, Guillaume, fils de Guillaume Fitz Osberne, donne à l'abbaye de Saint-Evroul un de ses bourgeois de Breteuil (1071-1103). (Orderic Vital, II, p. 406).

En 1050, Guillaume Giroie, fils de Guillaume, donne à la même abbaye un bourgeois à Montreuil l'Argillé [op. cit., II, p. 37); en 1079, Baudri de Guitri lui en donne un autre de Dieppe. (Ibid., III,

De 1087 à 1106, le pelit-fîls de Richard, fondateur d'Auffay, cède six bourgeois de cette ville à l'abbé de Saint-Evroul, en retenant sur eux la semonce du service général dû au duc de Normandie. (Ibid., III, p. 39-40).

Quatre bourgeois sont cédés libres de droits à l'abbaye de Redon par Payen, fils de Droaloi. L'abbaye les choisira à son gré dans le bourg de Sainte-Marie-de-Frossay, et elle possédera de même en pleine franchise les hommes qu'elle pourra y amener du dehors : « Ut ipsi monachi habeant burgenses quatuor, quos potius elegerent in burgo S. Mariée, immunes tocius servicii et debiti. Eadem libertate fruantur in burgo preedicto omnes illi quos monachi non de illa sed de extranea parrochia poterint ibi adducere. » (Vers 1070, Cartul. de Redon, p. 270).

L'an 1121, le vicomte de Nîmes et de Béziers, Bernard Aton, donne en dot à sa fille Ermessinde un bourgeois et un juif de Béziers, tous deux avec leurs possessions : « i judeum et i burgensem in Biterris, burgensem Raimundum Duranti, judeum Benjamin, ambos cum tenezonibus eorum et successores eorum in eisdem et cum eîsdem tenezonibus. » (Hist. du Languedoc, V, col. 895).

Ces exemples doivent suffire.

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