CHAPITRE VII
LA FRATERNITÉ FICTIVE
Les liens créés par la parenté, par la maisnie, par le compagnonnage que j'ai appelé « d'aventure » se renforcent, soit entre chef et compagnon, soit entre compagnons d'un même chef, par des pactes d'une énergie croissante. Les mêmes pactes font naître des rapports individuels d'une rare étroitesse entre des hommes jusque-là étrangers l'un à l'autre. C'est la fraternité fictive par le sang qui survit, comme a survécu le comitatus dans son ensemble.
§ I. — Formes et stipulations.
Dans le Roman de Lancelot du Lac, trois chevaliers se font saigner en commun et mêlent leur sang pour contracter une fraternité1. Je retrouve la même cérémonie dans le Waltharius. Gauthier et Haganon avaient été compagnons. Sous la forme où le poème nous est parvenu, il n'est même que l'histoire de leur compagnonnage 2. Ils s'étaient voués leur foi par un pacte solennel plusieurs fois confirmé3. Ce pacte, Haganon ne le rompit qu'à la der-
1 Lacurne de Sainte-Palaye , Mémoires sur Vancienne chevalerie, 3e partie, p. 227.
2 Aussi le manuscrit de Bruxelles contient-il cet explicit :
« Terminât liber duorum sodalium Waltharii et Haganonis. »
(De Reiffenberg, Annuaire de la Bibliothèque royale de Bruxelles, 5e année, 1844, p. 72.)
;i « Nunquid mente fidem abradis saspissime pactam. »
[Waltharius , v. 1259.) « Sitque inconvulsum nobis per tempora fœdus. »