X. lues puet coure .T. destrier crenu
Les champs sont délaissés ', la population se réfugie et se concentre dans les villages, défendus par des retranchements de terre, dans les enceintes des villes et des châteaux que protègent, à défaut d'obstacles naturels, des fossés et des remparts couronnés de palissades, flanqués de tours de pierre ou de tours en bois ^
Mais ce sont su rtout les invasions étrangères du neuvième et du dixième siècle qui font table rase dans les campagnes, provoquent l'afflux vers les lieux fortifiés % entraînent à leur suite une nouvelle répartition des terres. Leur importance, sous ce point de vue multiple, ne me semble pas avoir élé prisée à sa juste valeur. Embrassez-les d'un regard, voyez pendant deux siècles la France envahie coup sur coup par les Normands, les Sarrazins, les Hongrois, observez surtout avec quelle ténacité, avec quel acharnement ces hordes vont, viennent, reviennent, se répandent, et demandez-vous finalement quelle région, si petite qu'elle soit, a échappé à leur action destructive*.
Qui tant de bief n'i troveroit creu.
Dont .1. chevals fiist .1. jor repeu.
(Girard de Viane , p. 160).
En la terre al cunte Huun , Ne laisserrent charue arant, Maisun entière, coc chantant.
{Roman de Rou.ed. Andresen, Hcilbronn, 1877-1879, II, p. 117).
' Cf. Renaus de Moatauban, p. 92, v. 27 suiv. :
Jnsk'à .1. Hues pou aler errant,
Jà n'i troveroit home borgois ne païsant,
Fors ccus qui es cliastiaus se vont eschergaitant.
- D'anciens oppida celtiques, des castra et des castella de l'époque gallo-romaine se prêtèrent tout naturellement à cette mise en défense.
^ Peut-être même vers des demeures souterraines. En divers lieux de France se rencontrent des cavernes avec corridors, cliambres, magasins, ayant servi de refuges et remontant soit au neuvième siècle soit plus haut encore. Telle la caverne de Fauroux (canton de Targon, arrond. de La Réole) décrite par M. Léo Drouyn dans la Guienne militaire (Bordeaux, 1865), I, p. x-xi.
'* J'aurai dans les livres suivants à entrer dans plus de détails sur
Toutes les artères naturelles qui circulent à travers la France sont successivement parcourues par les Normands. Ils pénètrent par l'Escaut, la Seine, la Loire, la Garonne. Ce n'est pas le Nord seulement qu'ils ravagent et occupent, c'est l'Ouest et c'est le Centre, c'est le Midi et c'est l'Est. Non contents de dévaster les côtes, la Bretagne, le Poitou, la Saintonge, ne s'enfoncent-ils pas dans la Gascogne jusqu'aux Pyrénées, dans le Languedoc jusqu'à Toulouse et Nîmes, jusqu'à Arles en Provence, jusqu'à Valence en Dauphiné, jusqu'àClermont en Auvergne? A l'Est, ne les voyons-nous pas, à travers la Champagne et la Bourgogne, pousser jusqu'au Rhin? Une fois même que la Normandie a été cédée au plus puissant de leurs chefs, leurs invasions ne s'arrêtent pas. La Bretagne devient leur proie de par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Enfin, pendant plusieurs années (924-926), les rives de la Loire jusqu'en Bourgogne sont pour les bandes commandées par Ragnold ou Regnault comme un pays conquis'.
Dans le même temps, les Sarrazins sont fixement implantés en .Provence. Ils s'y sont établis à demeure vers 889; ils y ont construit, dans une position formidable, le château de Fraxinet ou Fressinet [Fraxinetum, sur le territoire
ces invasions. Comme ouvrages généraux on peut toujours encore consulter avec fruit : sur les invasions normandes : Depping, Histoire des expéditions maritimes des Normands (Paris, 1843) (ajoutez surtout Steenstrup, Études préliminaires pour servir à l'histoire des Normands et de leurs invasions, Gaen, 1880, et pour le Midi la note des nouveaux éditeurs de ï Histoire du Languedoc, II , p. 363-364) ; sur les invasions arabes : Reinaud, Invasions des Sarrazins en France (Paris, 1836) (pour le Mid., nouv. édit. de ÏHist. du Languedoc, II, p. 549 suiv.); sur les invasions hongroises : Dussieux, Essai historique sur les invasions des Hongrois en Europe et spécialement en France, Paris, 1839, 2 parties; Sayous, Les origines et l'époque païenne de i histoire des Hongrois (Paris, 1874), p. 93 suiv.; Dom Vaissette, Hist. du Languedoc, nouv. édit., III, p. 98 suiv.
^ Le pays nantais leur fut cédé en 927 pour obtenir la paix. « Concesso sibi pago Namnetico, pacem pepigere Francis. » (F/odoard, Chron., D. Bouquet, VIII, p. 184).
de la commune actuelle de la Garde-Freinel, Var, arr. de Draguignan). De ce repaire, ils subjuguent et la Provence et le Dauphiné, et la Savoie et la Suisse. Et cela dure près d'un siècle entier. Ce n'est qu'en l'an 975 que le château de Fraxinet tombe aux mains de Guillaume, comte de Provence, et que tombe avec lui la domination sarrazine.
Les Hongrois, enfin, coopèrent, cinquante années durant (910-935), à ce dépiècement de la France. Du Midi au Nord, de l'Est au Centre, ils amoncellent ruine sur ruine. L'Alsace et la Lorraine, la Flandre et le Hainaut, la Provence et le Languedoc, la Bourgogne, la Champagne, l'Orléanais, la Franche-Comté et le royaume d'Arles sont bouleversés, ravagés, incendiés par eux.
Voulons-nous connaître dans son vif l'état où le pays se trouvait partout réduit, consultons chroniques et chartes, nous verrons à quel point leurs témoignages s'accordent en un lugubre concert.
Voici d'abord Dudon de Saint-Quentin qui, par la bouche des Normands eux-mêmes et de leur chef Rollon, nous apprend que la terre où ils vont s'établir à demeure et qui prendra leur nom est abandonnée, déserte, sans habitants, sans culture et sans troupeaux ^
Même tableau dans toutes les parties de la France. Le ton seul du narrateur diffère, car ce ne sont plus les vainqueurs, ce sont les victimes qui parlent. — Prenons des exemples aux quatre points cardinaux, la Flandre et l'Artois, la Bretagne, la Guyenne, la Provence.
Pour la Flandre, l'Artois et la région circonvoisine, le tableau se déroule d'un bout à l'autre des annales de
' « Terra haec penitus desolata, mililibus privata, aratro non pxercila... si fuerit frequentia hominum usitata , valde erit fertilis et uberrima, nobisque ad habitandum sufficiens et congrua. » — « ... inculta est vomere, pecudum et pecorum grege omnino privata hominum que prœsentia frustrata. Non habelur in ea unde possit vivere, nisi rapina et preedatione. » (Dudo, De moribus et actis prim. Normannise ducum, II, cap. 26, cap. 28. Ed. Lair, p. 166-168).
Saint-Bertin et de Saint-Vaast. J'en détache un seul trait sur mille. En 880, les Normands brûlent la ville et le monastère de Saint-Vaast avec le viens qui y était attenant; ils brûlent toutes les villée dans le pays d'alentour, ils tuent les habitants \
La Bretagne a été transformée, dans le premier tiers du dixième siècle, par l'action simultanée des invasions et des guerres privées, en une vaste solitude, en un vaste désert. Villes, châteaux, églises, monastères, maisons ont été livrés aux flammes ^ Plus d'habitation humaine, plus d'hommes ^ C'est la destructio7i de tout un pays *.
^ (( Nortmanni cum inflnita mullitudine monasterium nostrutn ingressi 7 kal. januarii, ipsum monasterium et civitatem, exceptis ecclesiis, et vicum monasterii et omnes villas in circuitu 5 kal. jan., interfectis omnibus quos invenire poterant, igné cremaverunt, omnem que terram usque Summam pervagati sunt » [Annales Vedastini, éd. Dehaisnes, 1871, p. 306-307). — Les environs de Marchiennes eurent le même sort : « Ecclesiis circumquaque destructis» villuliset aliis civitatibus non pepercerunt... Marchianense cœnobium ... accolis terrae fugatis vei interfectis, deletum est » [Miracula sanctœ Rictrudis, D. Bouquet, IX, p. 152).
2 (( Dissenlibus inter seipsos Britannis , bellaque intestina gerentibus; aforis autera piratis Danorum universam Britanniam longé latèque depopulantibus... Itaque Britannia... eo tempore tam a suis quam ab extraneis, crudeli modo vastabatur. Civitates, castella, ecclesise, domus, monasteria virorum atque sanctimonialium igni tradebantur, donec in solitudinem et vaslum eremum omnino regio tota Dei judicio redigeretur » {Vie de saint Gildas publiée par Mabillon, ActaOrd. S. Bened.,SiËC. I,p. 147-148). — Cette vie a été écrite par un moine de Ruis vers l'an 1030, d'après des traditions encore vivantes et des documents puisés dans les archives de son couvent, lequel fut, lui aussi, victime des Normands (Voyez A. de la Borderie, Études historiques bretonnes, Paris, 1884, p. 33o-356;.
^ « NuUa ibi tune habitationis domus erat, nulla hominis conversatio » {Ibid., p. 149).
■* « Vir Deo plenus Catvallonus... perrexit ad quendam probum virum Gurki nomine, qui in insula quae vocalur insula S. Gutuali morabatur, quam ipse, post destructionem Britanniœ, edificaverat, quœ a Normannis destructa fuerat « (Charte de 1037, Cart. de Redon, ch. 373, p. 326).
Agion, abbé de Vabres en Rouergue (89.'S-922), plus tard évêque de Narbonne, nous dépeint l'état de la Guyenne de 860 à 906. Dans presque tous les pagi, le long de l'Océan, les églises^et les villes sont dévastées, les monastères détruits. Les habitants émigrent vers l'Est, abandonnant leurs domaines, les terres paternelles. Ceux qui ne peuvent s'y résigner n'échappent à la mort qu'en se mêlant aux barbares, qu'en rivalisant de cruauté avec eux. Des bois épais recouvrent jusqu'au faîte les églises abandonnées. La terre reste inculte; il est rare de rencontrer un homme ailleurs que dans les châteaux les plus sûrs et ]es mieux fortifiés. Les uns se sont enfuis au loin, les autres sont morts ou font cause commune avec les barbares; ceux qui ont échappé à ces cruelles alternatives se sont enfermés dans des lieux de refuge '.
Une nation barbare, nous dit en lOOo Ponce, évêque de Marseille, avait fait irruption dans le royaume de Provence. Elle s'était répandue partout, elle avait dominé
' « Per omnes pêne pagos juxla Gallicum Oceanum dispersas sunt ecclesiae urbesque depopulata; atque monasteria abjecta... Nonnulli equidem chrislianorum torvissimam expert! persecutionem, relinquentes prœdia et paternos abjicientes fundos, partes Orientis se incolatus dedere. Multi denique elegerant magis cuspidibus occumbere potius quam incolumes paternos linquere lares. Alii nempe plures.... paganorum latebrosas diligentes astutias, illorum se fœdari... truculentis manibus proximorum gaudebant fundere cruorem...
Tamdiu persisterai sevissima atque truculentissima Marcomaniorum atrocitas quatenus ecclesiae quae nobili fuerant constructione editae in heremum redigerentur et summa cacumina parietis lucus densissimus cooperiret.
Sed maxime vero juxta mare tellus inculta manebat accessusque hominum iilo rarus inerat, nisi in lutissimis ac munitissimis castellis, quia siculi supralaxavimus incola; et clade ingruente aut aliis regionibiis Iransvexi sunt aut qui remanserant pêne omnes interfecti aut videlicet barbaris sunt commixti. Ceteri qui evaserant in variis degebant praesidiis » [Eist. du Languedoc, nouv. édit., t. Il, Preuves, col. 323-324).
violemment. Occupant les postes les plus formidables, elle avait tout ravagé, détruit les églises et la plupart des monastères. Les lieux les plus enchanteurs n'étaient plus qu'un désert; les hommes avaient disparu, les bêtes sauvages avaient pris leur place '.
La conclusion qui découle de ce faisceau de témoignages ", d'une concordance si parfaite, est claire. Le système des villôB était brisé, les fermes étaient brûlées ', les limites perdues \ les tenanciers ou tués ou réfugiés dans les villes et les villages fortifiés.
Quand le mal fut arrivé à son comble, mais aussi à son terme, quand les invasions furent refoulées ou triomphèrent, il s'opéra une nouvelle prise de possession du sol, il s'introduisit dans les campagnes un régime nouveau,
' « Gens barbarica in regno Provinciae irruens, circumquaque diffusa, veiiementer invaluit, ac munilissima queque loca optinens et inhabilans cuncta vastavit, ecclesias ac monasteria plurima destruxil; et loca quae prius desiderabilia videbantur, in solitudine redacta sunt, et qua) dudum habitatio fuerat hominum, liabitatio postmodum cepit esse ferarum. » (Charte de 1005, Cart. de Saint- Victor de Marseille, ch. 15, I, p. 19).
2 Ajoutez-y comme témoignage général pour les états de Charles le Chauve l'édit de Pistes de 862: « Terra nosLra déserta est... habitatores terrœ occisi et fugati sunt... ecclesiae et villse incensae sunt » etcomrae description hyperbolique, ce passage de la chanson d'Ogier le Danois qui peut s'appliquer à l'ensemble des invasions :
D'Arle le blauche dusc' à Ais au jierron, Dès Loheraiiie desi à Besenchon, Dès Normandie à Saint Michel en Mont N'ia remels ne castiel ne doignon.
Bore ne recet, cité ne fort maison , Mostier n'abie, gent de relegion , Que tôt ne metent en fu et en carbon, En France entra la maisnie îlalion ; Des cres tiens fout grant confusion, Ocient femes , maint petit,enfanclion ; Et uns et autres ochient habandon.
(Ogier, V. 9834-9844.)
^ Les détails sur ce point abondent.
* L'évêque de Fréjus, Riculphe, déclare après l'expulsion des Sarrazins (973-990), qu'il ne lui reste que son titre nu d'évêque.
76 LIVRE in. CHAPITRE III.
En Normandie, Rollon partage la terre au cordeau ou au sort* entre ses compagnons, et il y attire des étrangers pour la repeupler et la remettre en culture ^ C'est la colonisation d'un sol redevenu vierge. Les avantages offerts aux cultivateurs appelés du dehors, l'indépendance farouche et l'esprit de guerre et d'aventure des nouveaux maîtres du pays lui donnent sa structure et ses traits distinctifs. Une classe rurale plus libre dans son groupement et son exploitation agricole, si libre même que dès le commencement du onzième siècle elle prétend vivre à son gré et jouir sans restriction des forêts et des eaux^; au-dessus d'elle des seigneurs qui sont bien moins des administrateurs et des propriétaires fonciers que des chefs militaires. Des châteaux forts oiî des tours leur servent de demeure,
qu'il ne lui est plus.possible de reconnaitreles limites de ses domaines, ni de justifier de ses droits de propriété :
« Civitas Forojuliensis... acerbitate Sarracenorum destructa, atque in solitudinem fuit redacta, habitatoresque ejus interfecti, seu timoré longius fuerunt effugati; non superest aliquis qui sciât, vel prœdia, vel possessiones quse precPatce ecclesise succedere debeant ; non sunt cartarum paginée, desunt regalia prœcepta , privilégia quoque, seu alia testimonia, aut vetustate consumpta, aut igné perierunt , nihil aliud nisi tantum solo Episcopatus nomine permanente » (Fluffi, Hist. des comtes de Provence, p. 52; Gallia Christiana, I, Instrum., p. 82;.
' Suivant M. Steenstrup (p. 157 suiv.), l'expression « funiculo divisU )) employée par Dudon n'aurait pas d'autre sens que celle de « sorte dedi » dont il se sert au livre suivant (Cap. 38, p. 182).
2 « Securitatem omnibus gentibus in sua terra manere cupientibus fecit. Illam terram suis fidelibus funiculo divisit , universamque diu desertam rea^dificavit, atque de suis militibus advenisque gentibus refertam restruxit >•> (Dudon, De moribus et actis Norm. Ducum, liv. II, cap. 31, p. 171).
3 « Nam rustici unanimes per diverses totius Northmannicte patriso comitatus plurima agentes conventicula , yua;to suos libitus vivere decernebant quatenus tam in silvarum compendiis quam in aquarum commerças, nullo obsistente ante statuti juris obice legibus uterentiir suis » (Willelmi Gemmet. Hist. Northm.,y, 2. Migne, t. 149, col. 823).
les guerres de champ d'activité, les impôts et les tributs, le butin et la solde de ressources permanentes. Ce régime s'étend même aux anciens domaines, aux anciennes villee qui ont échappé au naufrage. Les seigneurs normands s'en emparent et s'en font un point d'appui de leur domination guerrière'.
En Bretagne, les grands domaines qui, du septième au neuvième siècle, avaient pu se constituer aux mains des machtiern (chefs de clan héréditaires) et des corps religieux furent disloqués. Machtiern et moines prirent la fuile^ et furent remplacés par des Normands\ Tous ne revinrent pas quand la Bretagne eut été reconquise*; et ceux qui revinrent durent, pour repeupler les terres et les mettre en valeur, se plier aux exigences du régime seigneurial triomphant.
* En voici un exemple tiré de la Chronique de Saint-Bertin rédigée par Jean d'Ypres : >< Post hoc bellum cruentissimum et Normannorum conversionem, miles quidam de Danorum reliquiis, qui hoc monasterium et patriam cum Danorum exercitibus fréquenter affligendo destruxerat, nomine Sifridus Dacus, cum sua turma hue rediit, etGhisnas villam et patriam occupans, a nobis abstuUt, sibimet usurpavit, sedem suam in ea posuit, tuilionem et castrum in ea construxit, et se Ghisnarum dominum appellavit. . . Cumque a domno abbate nostro cornes Arnulfus frater suus fuisset requisitus, ut rem suam sic violenter ablatam, eo juvante, recuperare posset, A. cornes non solum non reddi fecit; sed ipsum SiTridum in facto suo penitus sustinuit , et eum ad fidelitatem et homagium de terra Ghisnensi recepit )> [Ex Chronico Sithiensi , D. Bouquet , IX , p. 76).
- « Fugientesque inde prae timoré Xormannorum territi Comités ac Mathiberni dispersi sunt perFranciam, Burgundiam et Aquitaniam » [Ex Chron. Ncimnetensi, D. Bouquet, VIII, p. 276 a).
^ « Pauperes vero Britanni terram colentes, sub potestate Normannorum remanserunt absque rectore et defensore » ( Ex Chron. ISamn., D. Bouquet, VIII, p. 276 b;.
'• « Comités, Vicecomites et Mathiberni fugitivi, et adhiic tune temporis super stites... fugatis Normannis, occurrerunt... valde laetificati » [loc. cit., p. 276 e). — Adde Loth , L'émigration bretonne, p. 194-195.
Si du Nord-Est nous passons au Sud-Est, nous assistons à un spectacle analogue.
En Dauphiné, l'évêque Isarn (vers 976) introduit de toute pièce le régime seigneurial dans ses domaines dépeuplés. Aux nobles qu'il attire des contrées lointaines il donne des châteaux à charge de foi et d'hommage, aux bourgeois et aux paysans des terres à charge de services et d'impôts '.
En Provence, enfin, quand les Sarrazins sont chassés, la terre est, en quelque sorte, à la merci du plus fort et du premier occupant. Il faut que le comte de Provence, Guillaume P"", procède à une nouvelle répartition du sol et assure à chacun ses limites-. Le même comte, après sa victoire, avait distribué de vastes étendues à ses vassaux militaires, à ses compagnons d'armes'.
* « Post destructionem paganorum, Isarnus, episcopus... quia paucos invertit habitatores in predicto episcopalu, coliegil nobiles, médiocres et pauperes, ex longinquis terris..., deditque predictus episcopus illis hominibus castra ad habilandum et terras ad laborandum, in quorum castra sive in terras episcopus jamdiclus retinuit dominationem et servilia, sicut utriusque partibus placuit » [Cart. de Saint-Hugues de Grenoble, ch. 16, p. 93). — Sur cette charte voyez T. F, p. 398-399.
^ « Cum gens pagana fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxeneto, expulsa, et terra Tolonensis cœpisset vestiri et a cultoribus coli , iinusquisque secundum proprîcnn virtutem rapiehat lerram, transgrediens terminos, ad suam possessionem. Quapropter, illi qui potentiores videbantur esse, altercalione facta, inpingebunt se ad invicem, rapientes terrain ad passe , videlicet Wilelmus vicecomes et Pontius de Fossis. Qui Ponlius pergens ad comitem, dixit ei : « Domine cornes, ecce terra, solula de vinculo paganœ gentis, tradita est in manu tua, donatione régis. Ideo rogamus ut pergas illuc, e*mittas terminos inler oppida et castra et terram sancluariam, nam luœ potestalis est eam terminare et unicuique distribuere quantum tibi placitum fuerit. » Quod ille ut audivil, concessit, et continuo ascendens in suis equis perrexit. Cumque fuisset infra fines Catedre villse, cœpit inquirere nomina montium et concava vallium et aquarum et foncium » (v. 993, Cart. de Saint-Victor de Marseille, ch. 77, I, p. 104-105 .
3 Voyez, par exemple, la donation des côtes de Saint-Tropez,
Ainsi, de quelque part qu'on dirige les yeux, le régime foncier a subi une refonte. Il sort du creuset adapté aux conditions nouvelles de la société renaissante.
Toutes les villœ furent-elles donc décomposées ou détruites par l'effet direct des invasions étrangères et des guerres privées? Assurément non; mais toutes en ressentirent le contre-coup irrésistible. Déchoir ou se transformer devint leur lot. C'est ailleurs, en effet, que la vie sociale se concentre, c'est dans les villes et les villages dont l'importance corporative grandit et s'étend chaque jour, c'est dans les châteaux [caslella] , les maisons fortes [firmitates), les couvents fortifiés, qui prennent la place de la villa comme centre de gravité de l'organisation domaniale.
faite à Gibalin de Grimault : » Cum itaque Gihallinus de Grimaldis... nostris in omnibus contra Agarenos et Mauros sive Sarracenos assistens agressionibus, invasionibus, fugationibus et periculis, sinum maris Gambracium, qui communiter rivus Scti Torpetis appellatur, propria virtute, ab eisdem... abstulerit, ejusque taie facinus peculiari principis munificentia recognosci debuerit. Nos Guillelmus comes... prœfato G. de G. prœtatum sinum maris... cum toto tractu et circuitu damus, donamus et ad possidendum integrum et deffendendum contra Aragenos et Mauros, sive Sarracenos tradimus... » (980. Ruffi, Hist. des comtes de Provence, p. 51;.