LE CHATEAU FORT COMME RÉSIDENCE DU MAÎTRE
de se construire des châteaux forts. Ils se construisaient alors des tours de bois capables de résister aux simples assaillants. La partie supérieure leur servait de demeure (solier); la partie inférieure de magasins (cellier) '.
A l'exemple des seigneurs laïques , les seigneurs ecclésiastiques durent renoncer de vivre au milieu de leurs paysans. Les celles devinrent plus rares; le moine administrateur se borna à faire des tournées , il habita le couvent ou le prieuré transformés l'un et l'autre en forteresses^.
* Raoul Tortaire dans le huitième livre des Miracles de S. Benoît, nous dépeint une de ces tours. C'est la demeure de Seguin, de la famille des seigneurs de Châtillon-sur-Loing. Son frère Albéric, l'un des maîtres de Chàtillon, avait dévasté les domaines des moines de Fleury. Seguin se livre à des déprédations analogues. Il vient d'en commettre une en razziant un troupeau de porcs, puis il s'est retiré dans sa tour où des émissaires des moines vont le trouver. Entrons avec eux : « Erat autem ipsa domus lignea turris, quippe vir potens erat... Turris ergo illa in superioribus suis solarium habebat, ubi idem Seguinus cum sua manebat familia, colloquebatur, convivabatur et noctibus quiescebat. Porro in ejus inferioribus habebatur cellarium, diversi generis retinens apothecas, ad recipienda et conservanda humani victus necessaria idoneas. Solarii vero pavimentum, ut moris est, compactum erat dolatilibus trabeculis, quse parum quidem habebant spissitudinis, sed aliquantum latitudinis, plurimum autem longitudinis » [Miracles de S. Benoît, éd. E. de Certain, p. 299).
2 L'histoire d'un domaine ecclésiastique dont les diverses phases nous sont racontées successivement par des contemporains, nous présente en raccourci l'image de ce changement des mœurs et du régime.
L'abbaye de Fleury-sur-Loire possédait dans le Berry un domaine [possessio, prœdium, villa) dont elle faisait remonter l'acquisition au temps de Clotaire III. Dans la seconde moitié du neuvième siècle, le moine Adrevald nous apprend qu'une celle y fut établie pour veiller à la conservation des biens et que deux à trois moines l'habitèrent. Cent ans plus tard , au témoignage d'Aimoin , la celle a dû être abandonnée et la résidence des moines transférée de Saceirges , lieu ouvert, à Saint-Benoît-du-Sault , enceinte fortifiée. C'est une forteresse imposante où les tenanciers des moines
comme les moines eux-mêmes mettront leurs personnes et leurs biens en sûreté.
Miracula Scmcti Benedicti , 1. I, cap. 38, p. 80-81 (830-878) : '( Consilium necessarie repertum est, ut habitalione congrua monachis quoquo modo inibi constructa, assidue monachi duo vel très ibidem persistèrent, quousque faciles Aquitanorum animi ad nova quseque leviter molienda, instantia fratrum ab hac potjendarum rerum quiescerent fiducia. Mittitur ad id enitendum Raganarius monachus, magnfn religionis vir, qui olim ab imperatore Ludovico cum aliis Hierosolimam missus fuerat, atque cum eo Segevertus, presbyter ac monachus. Qui cellulam in prsedicto compingentes loco (Caput Cervium, Sacierges) omnem Aquitanicse genti abstulere harum repetendarum rerum fiduciam. »
Liv. II, cap. 13, p. 117 (fin du x" à commenc. du xi<= siècle) : « Caput Cervium possessio quœdam est Sancti Benedicti, de qua... narraturi sumus ... quomodo inde habitatio monachorum ad Salense castrum mutata sit. »
Au livre III, cap. o, p. 136 (fin du x'' siècle-commenc. du xi^ siècle), le Salense castrum est appelé municipium patris Benedicti. Aimoin décrit ainsi son aspect, en l'an mille : « Mons est non multse altitudinis, in cujus declivio castrum constitutum est, quod quidem, ab orientali auslraliv^e parte, difûcilem ad se venientibus praestat accessum. Ab aquilonali sane latere, devexus montis machinamentorum omnium inliibet evectionem; at occidentem versus, ubi hostium facilis formidabatur progressus, domus erat lapidibus firmissime constructa, ad austrum in longum porrecta , ad repellendos iinmicos salis idonea » (p. 139). Adémar, fils du vicomte de Limoges Guy P' s'efforça d'y pénétrer <( ut copiis frumenti ac vini, quae a circumjacentibus incolis inibi ob tutamen sanctorum locorum aggregata erant, pervasîE Brucciae inopiam subie varet » ;p. 136-137).
CHAPITHE V.