‹ Les Origines de l'ancienne France (volume 5)Chapitre 22 sur 82 · LA VILLA SE DÉMEMBRE AU PROFIT DU VILLAGE · texte numérisé non relu

LA VILLA SE DÉMEMBRE AU PROFIT DU VILLAGE

L'éloignement du maître e"htraîne à sa suite le morcellement par inféodation du domaine, le morcellement du droit de propriété par la constitution de droits seigneuriaux au profit de tiers ^ L'exploitation directe devient irréalisable; il faut traiter à forfait. Au risque de tout perdre, le seigneur doit se contenter de quotes-parts souvent minimes.

Des terres, des maisons, une portion des redevances et des services sont donnés en fief aux maires, aux villici, à charge de gérer le surplus. Pour se concilier des amitiés et des alliances, pour prévenir des hostilités, pour s'assurer mainforte, à l'occasion, contre des usurpateurs ou des rebelles, pour se procurer des auxiliaires en vue des besoins les plus multiples, voici que des parts indivises, des morceaux du domaine sont concédés , des droits seigneuriaux, des droits lucratifs sont distribués à titre de fief. De la sorte , Y indominicatiim parfois tout entier et la majeure partie des tenures sont inféodés à des seigneurs d'épée ou de robe, à des chevaliers, à des hommes

^ L'éloignement du maître est souvent allégué dans les chartes comme raison déterminante de ce double mode de morcellement. Je me borne à un exemple ; « Me matrem G. de PruUiaco Amelinam dudum habuisse terram apud B. ac illam tenuisse quasi patrimonium Ubenim. Sed quia contigua cetero meo non erat casamento, et ah illâ longe manebam ideo ad Odonem comitem accessi, qui me

valentior erat eam tueri Misit Amelina ... in commendasiam

Odoni comiti talem videlicet, ut unusquique qui in eâ terra bordam vel domumhaberet... minam avenaereddent illi ob tutamentum,etc. » [Gartul. de Vendôme, 1083, D. Rousseau, III, n°» 856 et 857).

d'armes, à des serviteurs de toute condition * ; lesquels les sous-inféodent à leur tour.

L'unité d'administration et de propriété est rompue. Les droits réunis précédemment dans une seule main passent dans les mains d'une multitude d'intermédiaires; le droit de propriété se fractionne en une série de droits à redevances, à rachats, à services (mobiles et sous-inféodables); il tombe en poussière : des droits seigneuriaux et féodaux naissent de ses débris.

Nous possédons un document très précieux où se reflètent avec une netteté merveilleuse les transformations que je viens d'esquisser. C'est l'œuvre d'un moine de Sainl- Vaast d'Arras, Guimann, qui, dans la seconde moitié du douzième siècle, a dressé l'inventaire des possessions de son abbaye, en les comparant avec ce qu'elles étaient en l'année 866, en les suivant même dans leurs vicissitudes à travers ce laps de trois siècles. Ouvrez le livre, vous verrez la villa se désorganiser sous vos yeux, par la dévastation, l'usurpation, l'inféodation.

Des villœ sont dépeuplées. L'abbaye les abandonne au comte de Flandre, ne retenant dans chacune d'elles qu'un manse pour y engranger les dîmes ^

' La prise de possession dut souvent même avoir lieu sans contrat préalable et par acte purement arbitraire. Ainsi me paraissent s'expliquer des mentions de cartulaires comme celles-ci : « R. de A. tenet de abbatissa boscum de Repentir et terram deforis boscum sed nescitur quomodo » {Cart. Trinité de Caen, MS. fo 65 v°). — R. M. occupavit circa IIII acras de dominico et adhuc tenet sed nesciunt quomodo nec finem inde audierunt (ibid., fos 79 v°, 80 r"). — De dominicis terris quantum habet et quid valeant inquirendum est » {Ibid., f° 70 vo).

2 « Très villas habebat sanctus Vedaslus, Boinviler, Basilica, Fontanas, ... quas insectatione predonum assidua a cultoribus destitutas et in solitudinem redactas penitus amiseramus. Robertus autem junior cornes Flandrie et uxor ejus Clementia nos convenerunt, ut eis easdem villas 1res sub digno concambio concederemus petierunt. Berquariam in Flandriis que nobis quotannis XX libras sol-

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