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CHAPITRE I

les évêques lorrains présentèrent le roi de France comme l 'élu de Dieu el du peuple, l’élu de V unanimité populaire,. et, à ce titre, Y héritier légitime de la couronne, choisi qu’il était dans la famille carolingienne b Charles le Chauve fut par eux solennellement couronné et sacré roi des Lorrains, le 9 septembre 869 2, dans la cathédrale de Saint-Pierre de Metz, puis il se fit acclamer en Alsace3.

S’il dut ensuite, sous la menace d’une invasion, céder par le traité de Mersen (8-9 août 870) à son frère Louis le Germanique le cours du Rhin avec Metz, Trêves et le diocèse de Strasbourg, alors qu’il retenait Toul et Cambrai4, ce morcellement anormal de la Francie médiane, qui faisait violence aux groupements ethniques, ne put être qu’éphémère.

La France médiane n’était pas morte. Charles le Chauve continua à dater ses diplômes lorrains du jour de son couronnement à Metz, tandis que Louis le Germanique ne se fit pas couronner roi de la Lorraine orientale et ne data que très rarement ses actes de l’annexion qu’il devait au traité de Mersen.

La Lorraine orientale, Charles le Chauve tenta de la

jugum sui antecessores nostris antecessoribus non imposuerunt, et nos illud portare non possumus, qui scriptum esse in sanctis libris audimus, ut pro libertate et hæreditate nostra usque ad mortem certare debeamus » (Migne, 126, c. 180-181).

1 Déclaration d’Advence, évêque de Metz : « Quia denique voluntatem Dei... in concordi unanimitate nostra videmus , hune regni hujus heredem esse legitimum , ei nos sponte commisimus... ilium a Deo electum et nobis datum principem credimus »... ( Electio Karoli , Capit. II, p. 339). Cf. T. III, p. 237 et suiv.

2 La reine Ermentrude étant morte peu de temps après, Charles le Chauve épousa une Lorraine, Richiide, sœur de Boson.

3 « Karolus... iter in Elisacias partes arripuit, ut Hugonem Liutrridi Hlium (Hugues, comte d’Alsace, neveu de Lothaire I) et Bernardum Bernardi filium obtineret, sicut et fecit » ( Annales Saint-Bertin, ad an. 869, p. 201).

4 Voyez pour le détail Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens (Paris, 1898), p. 370 et suiv.

LORRAINE ET ALSACE

ressaisir à la mort de Louis le Germanique, mais il se heurta à la résistance victorieuse, à Andernach, de Louis le Jeune. Celui-ci poursuivit même la reconstitution à son profit d’une Francie intégrale. Il n’abandonna à son frère Charles le Gros que l’Alsace et le pays de Bàle, et aussitôt après la mort du fils unique de Charles le Chauve, Louis le Bègue (10 avril 879), il entreprit, avec la complicité de deux traîtres, l’abbé de Saint-Denis Gozlin et Conrad, comte de Paris1, de s’emparer de la couronne de la France occidentale. Il s’avança, en 879, jusqu’à Verdun, et l’année suivante jusqu’à Ribémont, avec des armées allemandes qui commirent les pires atrocités 2, et parvint, grâce aux dangers que faisaient courir au royaume de France les invasions normandes sur l’Escaut, à se faire abandonner par les conseillers de Louis III et de Carloman la Lorraine occidentale que le traité de Mersen avait conservé à Charles le Chauve3. L’Alsace restait à Charles le Gros, qui devait bientôt, succédant à la fois à son frère Louis le Jeune et à son cousin Carloman de France, restaurer la plénière unité du regnum Franc or um.

Cette unité ne fut que de courte durée. La déposition de Charles le Gros à la diète de Tibur (11 novembre 887) y mit fin. Seule la Francie orientale reconnut le bâtard de Louis le Jeune, Arnulf. La Francie médiane lui résiste, et le nou-

1 « Gozlenus abbas... Chuonradum Parisiaci comitem... sibi conjunxit... acceleraverunt dicli Goslenus et Conradus quoscumque potuerunt episcopos et abbates atque potentes homines ad conventum vocare... persuaserunt ut Hludowieum Germaniæ regem in hoc regno convocarent » (Ann. Saint-Bertin , ad an. 879, p. 279-280).

2 « Veniens autem Hludowicus usque ad Virdunum, tanta mala exercitus ejus in omnibus nequitiis egit, ut paganorum mala facta illorum vincere viderentur » (Ibid.). — Pour les excès commis en 880, voyez une note d’un ms. de Munich publiée dans les Mon. Germ. (SS. III, p. 569, note 2).

3 ^4nn. Saint-Bertin, ad an. 880, éd. Dehaisnes, p. 281 et 283, Ann. Saint-Vaast, ad an. 880, p. 302. Ann. Fuld., ad an. 880, éd. Kurze, p. 94.

veau roi de Bourgogne transjurane, Rodolphe, exploite cette résistance. Il envoie des émissaires par tout le royaume de Lorraine et, grâce à l’épiscopat et à l’aristocratie qu’il gagne, disposé les esprits à l’accepter pour souverain1. De là semble être né pour ses sujets transjurassiens la possibilité — malgré l’absence d’une élection régulière par les Lorrains — de le faire sacrer à Toul par l’évêque Arnaud (mars 888) 2, non seulement roi de la Transjurane, mais roi de la France médiane, dont celle-ci n’avait été qu’une dépendance3.

Par le sacre de Toul, ainsi que jadis Charles le Chauve par le sacre de Metz, Rodolphe poursuivait une résurrection du royaume de Lorraine ( regnum. Lothariense) ; mais il heurtait de front les droits carolingiens. Fut-ce ou non le motif que le nombre de ses partisans se trouva moins grand que Reginon le laisse entendre? le fait certain est que Rodolphe ne put se maintenir dans la Lorraine franque. L’Alsace, qui n’était ni franque ni teutonne, lui offrit seule un point d’appui solide. Arnulfse mit en marche pour l’y poursuivre, et finalement se contenta d’envoyer contre lui une armée d’Alamans4. Rodolphe lui tint tête, grâce aux défenses naturelles que lui offraient les montagnes d’Alsace 5, mais apprenant sans doute que ses chances

1 Reginon, ad an. 880, éd. Kurze, p. 130 : « Ruodolfus... mittit legatos per universum regnum Lotharii et suasionibus pollicitationibusque episeoporum ac nobilium virorum mentes in sui favorem demulcet ».

2 Ann. Saint- Vaast, ad an. 888, p. 331 : « At hi qui ultra Jurum atque eirca Alpes consislunt, Tullo adunati, Hrodulfum, nepotem Hugonis abbatis, per episcopum dictæ civitatis benedici in regem pctierunt ; qui et ita egit ».

3 Je rectifie légèrement en ce sens la note du T. III, p. 182.

4 « Rex contra Rodulfum Elisaciam progreditur; inde ad eum misso Alammico exercitu ipse per Franciam Baiowariam reversus est » (Ann. Fuld., ad an. 888 [octobre], p. 116).

B II n’y a nulle raison de rapporter aux campagnes ultérieures (comme le propose M. Poupardin, Le royaume de Bourgogne, Paris,

LORRAINE ET ALSACE

de succès étaient trop faibles en Lorraine, il consentit à conclure un armistice avec les chefs du l’ armée adverse, et à se rendre à Ratisbonne pour négocier avec Arnulf1. L’accord dut se faire sur la double base d’un abandon par Rodolphe de ses prétentions au royaume de Lorraine et d’Alsace et de la légitimation consentie par le carolingien Arnulf de la royauté transjurane.

1907, p. 16, note 6) la résistance de Rodolphe que Réginon décrit ainsi en 888 : « Ille per artissima itinera fug'a dilapsus in tutissimis rupium locis salutis présidium quæsivit » (Reginon, p. 130).

1 « Rodolfus initio consilio cum primoribus Alamannorum sponte sua ad regem urBem Radasbonam usque pervenit multaque inter illos convenienter adunata ipse a rege cum pace permissus, sicuti venit, ad sua remeavit » (Ann. Fuld., ad. an. 888, p. 116).

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