‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 109 sur 244 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’anarchie et les prétendues cessions de la lorraine.

Les tentatives réitérées du roi de Germanie Conrad pour conquérir la Lorraine échouèrent l’une après l’autre (912- 913) jusqu’à ce que les déchirements de la France portassent un coup fatal à l’autorité de Charles le Simple dans le royaume de Lorraine. La famille du lorrain Renier semble avoir voulu jouer alors dans la Francie médiane le même rôle que la famille de Robert le Fort dans la France occidentale; et son origine carolingienne, si elle est avérée, lui donnait plus de droits que n’en avaient les Robertiens d’accéder au trône. C’eût été en ce cas une dynastie nationale qui se serait intronisée en Lorraine.

Dès le premier soulèvement des seigneurs neustriens contre Charles le Simple (919-920), le fils du duc Renier, Giselbert, se soulève à son tour et se fait proclamer princeps, chef de la nation franco-lorraine, au lieu et place de Charles, par un grand nombre de Lorrains (plurimi)1 , bien que le roi de France ne cessât de compter des partisans fidèles dans les diverses parties du pays.

Dans les deux Francies, des négociations parallèles sont, poursuivies, des trêves sont conclues, des conciliations tentées, non seulement entre le roi de France et ses sujets rebelles, mais entre lui et le roi de Germanie, Henri l’Oiseleur, qui soutenait la rébellion des Lorrains, dans

1 « Gisleberto, quem pluômi Lotharienses principem, relicto Karolo rege, delegerant » (Flodoard, ad an. 920, p. 4).

F. Tome IV.

l’espoir de s’emparer ensuite de leur pays. L’entrevue des deux souverains à Bonn, le 7 novembre 921, a fourni le premier thème des cessions imaginaires que les rois de France auraient faites de la Lorraine aux rois de Germanie et qui furent inventées par les chroniqueurs ou historiens allemands pour le besoin des revendications teutonnes.

Le point de départ de l’erreur, si souvent répétée depuis1, que, par le traité de Bonn, la Lorraine a été cédée à Henri l’Oiseleur, paraît être dans une assertion ambiguë du continuateur deReginon, lequel écrivait après 967 2. Or, nous possédons le texte intégral du traité3. Dans le préambule se trouve la formule même dont Charles le Simple se servait dans ses diplômes : « Largiore hereclitate indepta ». C’est donc en sa qualité de rex Francorum , ayant récupéré la Lorraine en 911, qu’il traite 4 avec Henri, qualifié pour la circonstance par le rédacteur de l’acte rex Francorum orienta lium , bien qu’il fût Saxon 5 * * 8. Et le traité consiste tout uniment en un pacte

1 Voyez les auteurs allemands cités par M. Parisot, Le royaume de

la Lorraine , p. 645, note 5.

8 L’auteur de cette continuation, qui n’est qu’une histoire de la

dynastie saxonne, n’ose pas dire que Charles le Simple a cédé la Lor-

raine, mais, renversant les rôles, il représente le roi de France comme ayant quitté Bonn avec la résolution de ne plus Yùsurper : « Karolus et Heinricus reges apud Bonnam Castellum conveniunt et pacem inter se facientes fœdus ineunt, et Karolus nunquam sibi amplius Lotha-

riense regnum usurpaturus regreditur » ( Contin . Regin. ad an. 924,

éd. Kurze, p. 157). — Au xne siècle, Sigebert deGembloux sera plus catégorique, et ainsi des autres :'« Reges Henricus et Carolus apud Bonnam confœderantur : Carolusque reddit Henrico régi regnum Lotharingiæ, episcopis et comitibus utrique jurando rem confirmantibus » (Sigebert, ad an. 923;.

8 Pactum cum Karolo rege Francise occidentalis ( Constit . et acta imper, et regum , SS. (éd. Weiland [1893], I, p. 1-2).

* « Anno regni domni et gloriosissimi regis Francorum occidentalium Karoli XXIX... largiore vero hereditate indepta X ».

15 Charles le Simple dans son serment ne le qualifie que rex orientais. Cf. T. III, p. 194-195.

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