CHAPITRE IV
lier est datée de l’année où Lothaire a mis l’empereur en fuite 1 .
Le roi de France s’empara en effet d’Aix-la-Chapelle, d’où Otton II et sa femme durent s’enfuir en hâte si précipitée que les Français trouvèrent les tables mises et mangèrent les repas préparés pour le couple impérial. Pendant trois jours Lothaire occupa le palais d’Aix 2 et pour symboliser la prise de possession de la Lorraine, il fit retourner vers l’Est l’aigle d’airain qui déployait ses ailes sur le faite, et que les Ottoniens avaient tourné vers l’Ouest pour défier les Francs 3.
Ce ne sont pas seulement les chroniqueurs français, tels que l’auteur de V Historia Francorum Senonensis , qui nous disent que Lothaire s’est dans cette campagne rendu maître de la Lorraine4, les Annales de Saint-Gall ne tiennent pas un autre langage5.
Est-il vrai que le roi de France soit entré à Metz et y ait reçu la soumission des chefs lorrains, comme le racontera plus tard Guillaume de Nangis6? Cela n’a rien d’in-
1 « Mense marcio, sub magno rege Hlothario anno scilicet XXVI, quando impetum fecit contra Saxones et fugavit impcratorem » (Col-
lection Moreau, t. XII, f° 126).
3 « Lotharius rex hortatu et consilio filiorum Reginharii, qui fuit princeps et dux in regno Lotharii, cum electo numéro mîlitum repente invasit Aquisgrani palatium, seciit que tribus diebus ibi, ordinans atque constituons quæ sibi congrua videbantur » ( Annales Attah. majores, ad an. 978, éd. OEfele, p. 13-14).
3 Richer, III, 71. — Cf. Thietmar, III, 8.
4 « Hlotharius rex congregans exercitum copiosum valde renovavit in ditione sua fllotharium regnum » ( Hist . Franc. Senon., Migné, 163, c. 859).
3 « Lotharius rex Francorum, contentione agens adversus Ottonem imperatorem de finibus regni, Aquisgrani tamquam sedem regni patium suorum invasit, terram quoque inter Mosellam et Renura, quæ erat in Ottonis imperio, affectare cœpit » ( Ann . Sangall. maj., ad an. 984).
6 « Lotharius rex Francorum... Lotharingiam intrat, et eam sub ditione sua redigit; in civitaleque Metensi baronum recepit homagia »
vraisemblable en soi, puisque c’était au secours des Lorrains révoltés et notamment des fils de Renier que Lothaire s’était porté. Il me semble donc que nos historiens récents se sont trop empressés de suivre les historiens allemands, dont ils reconnaissaient pourtant la partialitéchauvine1, en révoquant en doute l’assertion de Guillaume de Nangis. Il n’est aucunement exact que ce chroniqueur se soit borné à copier, pour le surplus, mot à mot , 1 Historia Francorum Senonensis, et rien ne nous dit qu’il n’eut pas à sa disposition d’autres textes aujourd’hui perdus, tels par exemple que les Gesta JRemensium episcoporum. L’affirmation qu’on lui oppose du moine Alpert, suivant lequel Lothaire aurait essayé en vain de s’emparer de Metz2, prouve tout au moins que le roi de France a poussé jusqu’à cette ville (ce que les autres chroniques ne nous apprennent pas) et elle est conçue en termes trop vagues, elle est trop manifestement émise dans l’intérêt de l'évêque Thierry, dont le moine veut faire le panégyrique, pour qu’on puisse lui accorder une créance décisive.
Il est à noter, du reste, que la retraite de Lothaire ne s’explique que par la soumission obtenue de la Lorraine, puisque Otton II, réfugié à Cologne, n’a pu prendre l’offen-
(Guillaume de Nangis, ad an. 978, H. F., IX, p. 81). — L'anachronisme est évident dans la l'orme, mais ne vicie pas le fond.
1 « 1 es historiens allemands, remarque M. F. Lot ( Derniers Carolingiens, p. 106, note 3), en rapportant la lutte de Lothaire et d’Otton II en 978, obéissent à des considérations patriotiques regrettables au point de vue critique ».
2 « Lotharius rex Francorum in partem Belgarum regni... animum intendit, ut suæ ditioni Hrenum usque sibi subjugarct... Hac félicitât e (la fuite d’Otton 11) sublevatus, spem suis augere et audacius crebras incursiones agere, Mettimque usque profiscitur ; sed nulla re navefacta probrosus rediit... Præsul itaque Deodericus, quamvis inanes incursus regis forent,... litteri s cum legatis ad Ottonem Cæsarem missis,... dicit... non debere eum hanc contumeliam diutius pati sibi populisque ejus fieri » (Alperlus, De cpiscopis Metensibus, Migne, 140, c. 445).