LIVRE IV
sive qu’après avoir levé une armée de 30.000 hommes recrutée jusqu’en Italie. Cette armée, grâce à son nombre, a bien pu arriver jusqu’aux portes de Paris et chanter un alléluia sur les hauteurs de Montmartre1, mais elle a dû se retirer devant la poussée française et a subi sur les bords de l’Aisne une déroute que les historiens allemands ont cherché vainement à pallier2.
Au point de vue juridique, la campagne de Lothaire garde toute sa valeur. En réalité, le procès ne cesse de se rouvrir. La péremption d’instance n’est jamais acquise. En vain allègue-t-on, imagine-t-on, du côté allemand, une série fictive de désistements, les sources historiques chaque fois les démentent. En voici un nouvel exemple.
En 980, une révolte de Hugues Capet oblige Lothaire à s’appuyer sur Otton II , à s’allier avec lui à Margutsur-Chiers. La thèse germanique réapparaît, alors que les chroniques reflètent surtout l’intransigeance des deux parties adverses3. Prenez la moyenne entre les Annales
1 « Ad pompandam victoriæ suæ gloriam... accitis quampluribus clericis Alléluia te martirum in loco qui dicitur rnons Martirum, in tantum elatis vocibus decantari precepit, ut attonitis aurihus ipse Hugo et omnis Parisiorum plebs miraretur » ( Gesta pontif . Carrier ac. , I, 97, Migne, 149, c. 99).
2 Voyez les Gestes des évêques de Cambrai, I, 98, et les Ann . Altah. maj.y ad an. 978, p. 14). Les explications embarrassées de ces chroniqueurs cachent mal la défaite que Raoul Glaber raconte : « Lotharius ex omni Francia atque Burgundia militari manu inunum coacta, persecutus est Ottonis exercitum usque in fluvium Mosam (Àxonam) multosque ex ipsis fugientibus in eodem flumine contigit interire » (R. Glaber, I, 3, § 7).
3 Un seul point ressort avec évidence des sources : les deux souverains ont fait la paix (Ann. Laub. et Leocl ., ad an. 980 : « Lotharius rex cum imperatore pacem pactus est ». — Ann. Elnon. minores (980) : « Otto imperator et Hlotharius rex pacificantur ». — Gesta pontif . Camerac.y I, 104 : ce Ottoimp. et rex Lotharius inter se fœderati pacan tur et utrumque regnum, facta tranquillitate , quievit »). Tout le reste est interprétation, surtout des chroniqueurs postérieurs, dont certains, Sigebert de Gembloux de nouveau en tête, admettent une
de Hilde<heim qui parlent d’un hommage de Lothaire à Otton II et Y Historia Francorum Senonetisis qui veut que ce soit au contraire Otton II qui ait fait hommage à Lothaire, et vous serez dans le vrai, vous reconnaîtrez que la situation légale entre les deux rivaux n’a pas changé1.
Sitôt qu’Otton II meurt (7 décembre 9-83), la lice se rouvre. Otton III n’a que cinq ans, Henri le Querelleur cherche aie supplanter, les droits du roi de France sur la Lorraine s’affirment avec éclat.
Les comtes lorrains Renier et Lambert, l’archevêque de Trêves, le frère de Lothaire, Charles, que le roi de Germanie (peut-être pour légitimer par en-dessous sa position) avait institué duc de Basse- Lorraine , toute l’aristocratie du pays enfin se tournent vers le roi de France. L’esprit de la population lui est favorable; la fidélité aux Carolingiens a survécu, comme il apparut au siège de Verdun 2.
Lothaire, en effet, prend et reprend Verdun (985). Il se dispose à assiéger Liège et Cambrai. Son succès paraît inévitable malgré la trahison de l’archevêque de Reims, Adalberon, quand il est surpris par la mort (février 986).
Louis V ne vécut pas assez pour reprendre l’œuvre ainsi interrompue. 11 dut l’ajourner sous la menace d’une inva-
renonciation du roi de France à la Lorraine, alors que les plus fanatiques parlent d’un vasselage soit de l’un soit de l’autre des deux souverains.
1 Annales Hildesh., ad an. 980, p. 28 : « Lotbarius rex cum
magnis muneribus ad imperatorem veniens, sese cum filio suo subicit voluntati imperatoris et eodem anno firmata pace imperator Italiam penetravit ». — Historia Franc. Senon., Migne, 163, c. 860 : « Pacificatus est Hlotharius rex cum Ottone rege... Dédit autemHlotharius rex Ottoni régi in beneficium Hlotharium regnum ».
2 II existait, parmi les chevaliers même de l’évêque, un parti favorable à Lothaire, et prêt à lui livrer la ville : « Multis profecto episcopalium militum resistentibus, aliquot vero consentientibus , urbem cum presumpta vendicatione Lotharius ingreditur » ( Gcsta pontif. Camerac., I, 105, Migne, 149, c. 106).