‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 120 sur 244 · LIVRE IV. § IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. § IV

Léon IX, pour négocier une entente, il demeura inébranlable dans une hostilité qui se prolongea jusqu’à sa morti

Si Henri I se départit momentanément de l’attitude de son père, on se tromperait du tout au tout en lui prêtant une renonciation quelconque aux droits du royaume de France sur la Lorraine. Par la paix qu’il conclut avec Conrad II à Deville-sur-Meuse (mai 1033) (paix qui fut, du reste, un acte de désastreuse politique suggéré par la guerre que la reine-mère Constance lui avait faite avec l’appui d’Eudes II), il s’engageait seulement à ne pas seconder son vassal Eudes dans ses revendications sur la Bourgogne ou sur la Lorraine. De fait, il observa la neutralité quand Eudes, évincé en Bourgogne, se jeta sur la Lorraine et s’attaqua au duc Gozelon, qui devait lui infliger la mortelle défaite de Bar (1037).

La preuve que Henri I n’avait jamais entendu abandonner les droits de la couronne sur les pays revendiqués par le comte de Chartres, en qui il voyait non un vassal, mais un rival, c’est que dix ans plus tard, tirant parti du départ de Henri III pour l’Italie (1047), il marche droit à la capitale de la Lorraine et, selon les propres termes d’un contemporain, cherche à ressaisir le royaume de Lorraine et. le palais d' Aix-la-Chapelle qui lui revenaient par droit ancestral 1 .

Il y a plus, Henri I a affirmé solennellement les droits de la couronne de France, à la face même de Henri III, lors de l’entrevue d’Ivois (1056). Le chroniqueur allemand

1 Anselme (chanoine de Saint-Lambert de Liège), Gesta pontificum Lcodiensium, lro recension : « Nichil obstare, quin possessa principali sede, in partem regni sui cætera deinceps cédât Lotharingia » — « velle sibi vindicare regnum et palatium ab antecessoribus hereditario jure sibi debitum » — « Sedes regni antecessoribus dolo circumventis sublata, tibi est jure hereditario repetenda » (SS. VII, p. 225-226); 2e recension : « Interea videntes Franci totius patriæ robur hac occasione fuisse imminutum... régi suo suggerunt Aquense oppidum quondam sui juris exstitisse in requirendo nullam difficultatem modo prepedire » (SS. XIV, p. 116).

qui rapporte sa protestation la déclare injurieuse et hostile ( contumeliose atque hostiliter objurgatus'). Pour nous, elle est le couronnement de la longue série des actes interruptifs de prescription que nous avons passés en revue. Cette protestation, la voici : Le roi de France reproche à l’empereur d’Allemagne « de lui avoir fréquemment menti en une foule de choses et d’avoir retardé jusque-là de lui restituer une grande partie du royaume de France ( partent maximum regni Franc or tan) que les ancêtres de l’empereur avaient dolosivement occupée » '.

Il me semble que je puis, sur ces paroles postérieures de plus de deux siècles au traité de Verdun, arrêter la démonstration que les premiers Capétiens ont su conserver et maintenir les droits que les Carolingiens leur avaient transmis sur la France médiane.

1 Lambert de HersPeld, Annales , ad an. 1056 : « Imperator... perrexit ad villam Civois, in confinio sitam regni Francorum ac regni Teulonicorum colloquium ibi habiturus cum rege Francorum. A quo contumeliose atque hostiliter objurgatus, quod multa sæpe sibi mentitus fuisset , et quod partem maximam regni Francorum, dolo a patribus ejus occupatam reddere tam diu distulisset » (Migne, 146, c. 1062; SS. V, p. 154).

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