‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 119 sur 244 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

meurt en 4 024 (13 juillet), à une époque où Gozelon avait succédé à son frère Godefroi de Verdun dans le duché de Basse-Lorraine, et où, dans la Haute-Lorraine, Frédéric II, gendre du duc de Souabe et d’Alsace, avait été associé à son père Thierry I.

Il semblerait que Gozelon dût hériter de l’inimitié qui avait longtemps régné entre son frère Godefroi et la famille des Renier, les fidèles partisans du roi de France. Thierry I, de son côté, s’était trouvé en violent et prolongé conflit avec Eudes II de Chartres, à qui des possessions étaient provenues en Haute-Lorraine du traité par lequel Godefroi l’Ancien de Verdun avait dû racheter sa délivrance des mains d’Eudes I et de Herbert de Vermandois.

Eh bien ! toutes ces luttes allaient s’apaiser comme par enchantement pour faire place à une entente des ducs de Basse et de Haute-Lorraine avec le roi de France Robert.

Les deux compétiteurs franconiens à la succession de Henri II se rattachaient par leur parenté à la Lorraine. L’un était Conrad l’Ancien, le neveu de Gérard, comte de Metz, l’autre Conrad le Jeune, le beau-fils de Frédéric IL Les ducs des deux Lorraines se mirent d’accord pour donner la préférence à Conrad le Jeune : Gozelon, apparemment, parce que Conrad l’Ancien avait soutenu les Renier, Thierry et Frédéric parce qu’ils attendaient un surcroît de puissance de l’avènement de leur jeune parent. Or, à l’assemblée réunie à Cambon le 4 septembre 1024, c’est la candidature de Conrad l’Ancien qui l’emporta. A qui alors les ducs lorrains s’adressent-ils? Au roi de France Robert. Et à quelle fin ? Ce ne peut pas être pour lui demander aide et secours, en faveur de leur candidat, puisque non seulement l’élection est faite et Conrad l’Ancien couronné, mais puisque Conrad le Jeune s’est solennellement désisté à son profit et soumis à son autorité. Il faut donc admettre qu’ils ont voulu reconnaître Robert comme légitime souverain à titre de chef du regnum Francorum et successeur des Carolingiens.

Cela ressort clairement, en effet, de la lettre écrite à Robert par le comte d’Anjou Foulque Nerra, au nom de Guillaume d’Aquitaine'. Guillaume demande au roi d’agir sur les ducs de Lorraine (comme sur ses fidèles) pour qu’ils le soutiennent dans sa lutte contre Conrad l’Ancien, auquel il disputait pour son fils le royaume d’Italie1.

Pour avoir raison de Conrad en Lorraine, Robert devait à la fois réduire les seigneurs lorrains qui restaient fidèles au roi de Germanie, et prêter main-forte à ses propres partisans.

Il commence par s’assurer le concours d’Eudes II en se réconciliant avec ce puissant vassal, puis il pénètre en Lorraine afin de réduire Cambrai, dont l’évêque Gérard était douteux, et Metz, dont l’évêque Thierry était rallié à Conrad. Gérard paraît s’être soumis, mais Metz résista2, et Robert dut se replier sans l’avoir pris (juillet-août 1025). Deux événements graves suivirent cet échec et arrêtèrent le roi. La mort de son fils Hugues (17 septembre 1025) le plongea dans une sorte de prostration morale, et Guillaume d’Aquitaine ne put se maintenir en Italie. Abandonnés à eux-mêmes et trop faibles pour résister seuls, les ducs de Lorraine se virent réduits à faire la paix avec Conrad, mais Robert se garda bien de ratifier leur soumission. Malgré les efforts de Conrad, qui lui envoya l’Alsacien Brunon d’Eguisheim, le futur

1 « Mandat vobis, postulans suppliciter gratiam veslram ut detineatis homines de Loiharingia, et Fredericum ducem, atque alios quos poteritis, ne concordent cum rege Cono, inflectando eos quantum quiveritis ad auxilium ejus. Dabit vobis pro hoc negotio mille libras denariorum et centum pallia, et dominæ reginæ Constantiæ quingentas libras nummorum » (Migne, 141, c. 938).

2 Tandis que les autres chroniqueurs ne parlent que d’une invasion de la Lorraine, une chronique ms. découverte à la Bibliothèque impériale de Vienne, par Aug. Prost, relate spécialement une expédition contre Metz : « Robertus Francorum rex ad invadendam Mettim animum intendit, sed Corardus imperator ei resistit » (Cf. Parisot, op. cit., p. 423).

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