CHAPITRE II
l’exp.vnsion de la royauté transjurane.
La stérilité des sources n’est pas moindre pour les vingt premières années du règne de Rodolfe II (912-932) que pour les dix dernières du règne de son père. A peine pouvons-nous entrevoir, au milieu des . compétitions et des conflits où se disputent les Couronnes de France, de Germanie et d’Italie, la position que le roi de Bourgogne a prise au regard d’elles. Engagé directement lui-même dans des luttes ambitieuses, il semble s’être maintenu, tant bien que mal, entre les dynasties rivales, sans que rien n’indique qu’il ait méconnu ou dénié la suprématie du seul carolingien légitime survivant, Charles le Simple, suprématie que son cousin germain Raoul, devenu roi, a théoriquement au moins avouée lui-même 1 .
Ses rapports avec la Germanie sont fort énigmatiques ou ambigus. Il s’efforce d’empiéter sur elle, au delà de la Reuss, dans la Thurgovie et la Rhétie. Il se heurte ainsi au duc d’Alémanie ou de Souabe, Burchard II, qui le bat en 919, mais il s’accorde ensuite si bien avec lui qu’il obtient la main de sa fille Berthe (922- 923) et la possession d’une partie du territoire souabe. Cette possession [Suevorum pr ovine tæ pars non minima )2 lui est confirmée par le roi saxon Henri l’Oiseleur, et c’est
1 Yoy. T. III, p. 192.
* Liutprand, Antapodosis, IV, 24 : « Rex Heinricus... Suevorum provincie parte non minima honoravit » (Migne, 136, col. 869). Cf. la note 3 de la page suivante.