LIVRE IV
à ce titre que Rodolfe II a pu faire serment de fidélité au roi de Germanie, encore bien qu’il ne s’en trouve nul indice dans les textes. Il me paraît, en tout cas, impossible d’admettre davantage.
M. Poupardin s’est demandé, après Leibniz, si le don de la sainte lance, que Liutprand rapporte avoir été fait par Rodolfe II à Henri Ier (922), n’était pas le signe d’une suzeraineté de la Germanie sur le royaume de Bourgogne1? Je ne saurais le croire. La sainte lance dont il s’agit n’est pas celle de Saint Maurice, mais une sainte lance de Constantin que les Italiens avaient envoyée à Rodolfe II2 en l’invitant à se faire couronner roi d’Italie. Henri Ier avait tenté d’abord en vain de se la faire remettre par Rodolfe, à l’aide de menaces, puis il avait fini par l’obtenir à prix d’argent et moyennant abandon d’une partie de la Souabe3. Mais pour que l’on pût songer à une investiture symbolique, il aurait fallu que la remise de cette lance eût été faite non par Rodolfe à Henri, mais par celui-ci au roi de Bourgogne.
On s’expliquerait mieux une cession, sous cette forme, des droits éventuels de Rodolfe II sur l’Italie, mais une
1 Poupardin, Bourgogne , p. 32 et suiv. Cf. p. 40, p. 380.
2 « Burgundionum rex Rodulfus, qui nonnullis annis Italicis impe-
ravit, lanceam illam a Samson comité dono accepit Hanc Constan-
tin! magni, sanctæ filii Helenæ, vivifîcæ crucis inventricis, fuisse' adfîrmant, quæ media in spina... ex clavis, manibus, pedibusque domini et redemptoris nostri J. C. adfixis, cruces habet » (Liutprand, Antapodosis, IV, 24, Migne, 136, 868).
3 « Ileinricus rex... audito Rodulfum tam inestimabile donum habere cæleste, nuntiis directis temptavit, si præviis aliquibus id posset adquirere. Quod cum... mollire hune muneribus non potuit, minis terrere magnopere curavit. Omne quippe regnum ejus cede atque incendiis se depopulaturum esse promisit... Deus... Rodulfi regis
cor emollivit... cominus tradidit Quanto autem amore rex H. præ-
fatum inæstimabile donum acceperit... in hoc præsertim claruit quod non solum eo dantem se auri argenti que muneribus verum etiam Suevorum provincie parte non minima honoravit >» [Ibid.).
l’expansion de la royauté transjurane.
telle cession, Roclolfe n’était évidemment pas disposé à la consentir au moment où il allait se mettre en campagne pour revendiquer ses droits ou réaliser ses prétentions. Tout se ramène à l’abandon d’une relique que la tradition italienne faisait remonter à Constantin et qui était de nature à servir un jour T ambition que nourrissaient les rois de Germanie d’opérer une restauration impériale en Italie1.
C’est peut-être quelque visée analogue qui poussa Rodolfe II à franchir les Alpes, pour entrer en lutte avec Bérenger, et finalement avec Hugues d’Arles ou de Provence. — Cette dernière circonstance doit nous retenir un instant, car elle est en connexité étroite avec l’extension de la royauté de Bourgogne jurane au Viennois et à la Provence.
Hugues d’Arles avait essayé, en 923 et 924, d’évincer à la fois Rodolfe II et Bérenger que Rodolfe venait de battre à Fiorenzuola (17 juill. 923), mais il fut battu luimême par Bérenger et retourna dans son duché de Provence. Il s’entend alors avec le roi de Bourgogne pour chasser de concert les envahisseurs hongrois, puis, après que Rodolfe eut recueilli en Italie l’héritage de Bérenger (924), il réussit, grâce à une révolte fomentée et conduite par sa sœur utérine Erm en garde, femme du marquis d’Ivrée, à se faire couronner roi d’Italie (juillet 926).
Nous verrons les rapports' nouveaux qui s’établirent entre les deux souverains, et entre eux et le roi Raoul, après la mort de Louis l’Aveugle (juin 928). Quant à la Germanie, les liens personnels assez ténus déjà qui y rattachaient Rodolfe 11 ont dû se relâcher par la mort de son beau-père, Burcbard, lequel l’avait accompagné dans son expédition, et par sa brutale jactance avaiL contribué à lui aliéner ses sujets italiens2.
1 Voy. infrà, VI, La domination impériale.
- M. Poupardin {Bourgogne, p. 57, note 1) attribue un caractère légendaire à l’anecdote, que raconte Liutprand, de lourdes et mépri-
F. — Tome IV.