‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 161 sur 244 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ainsi que nous venons cle le faire pour la Bourgogne jurane, nous avons à suivre, en leur cours, les destinées

1 C’est très improprement que les historiens ont donné à ce royaume !e titre de Royaume d'Arles. Ce titre n’apparaît qu’à l'extrême fin du xne siècle ou au début du xin® (voy. les témoignages réunis par Paul Fournier, Le royaume d'Arles et de Vienne , 1138-1378 [Paris, 1891],

р. xxi, note 1). Jusque-là la qualification prédominante était regnum Burgundiæ ou regnum Burgundionum , mais à vrai dire le royaume était sans nom. Il a donné naissance à une nomenclature aussi factice que l’était sa propre formation. La désignation de royaume d' Arles a été inventée par des écrivains éblouis parle prestige de l’antique cité.

L’alsacien Gunther dans son Ligurinus appelle Arles : « Caput regni sedesque vetusti, priscorum curia regum... » (éd. Schott, Strasbourg, 1531, p. 114-115), et c’est Vienne, qu’Odilon de Cluny nomme « nobilis sedes regia »(Epitaph. Adalheidæ c. 6, Aligne, 142,

с. 975). — Il est d’autant plus anormal d’appliquer la qualification Arelatensis au royaume du xe-xi° siècle que depuis Conrad le Pacifique le souverain n’a plus paru à Arles.

Voici un aperçu sommaire des principales dénominations :

Regnum Burgundie. — Chron. de Saint-Bénigne de Dijon, p. 188.

Burgundia ou regnum Burgundiæ. — Gerbert, Lettres, n°138, p. 124 (éd. Havet). Il est à noter qu’une charte de 967 place Cluny dans le regnum Borgundie {Chartes de Cluny, n° 1229, II, p. 317). La dénomination s’étendait donc au duché de Bourgogne.

Regnum Burgundionum. — Vit a Deicoli, cap. 19 et 20 (2® moitié xe siècle) (Mabillon, Acta SS. Ben. II, p* 109).

Burgundia régna. — Tbietmar V, ProL, p. 107.

Rex Burgundionum. — Reginou, ad an. 937, p. 159; Liutprand,

des deux régions méridionales qui lui furent unies, plus ou moins effectivement, sous le sceptre des Rodolfîens,

Antapodosis, IV, 12 (Migne, 136, col. 863); Alpertus, De cliver sitate temporum, II, 14 (Migne, 140, c. 418).

Vit a Uclalrici, cap. 5 (Mabillon, A. SS. Ben. V, p. 443).

Thietmar, VIII, 30, p. 210; IX, 7, p. 243. — Cartul. Saint-Victor cle Marseille (1025, n° 100, I, p. 125) ; etc.

Rex Burgundiæ. — Ademar de Chabannes, III, 37, p. 160. — Vita Bernwardi, cap. 27 (Mabillon, A. SS. Ben. VI, I, p. 218); etc.

Rex in Burgundia. — Cartul. de Savigny, n° 96, p. 72 : « Régnante Conrado rege in Burgundia » (991).

Regnum Austrasiorum. — Raoul Glaber, III, 9, 38, p. 87; V, 1, 17, p. 127; V, 4, 22, p. 131.

Regnum Austrasiæ. — Wibert, Vita Leonis, cap. 14 (Mabillon, Acta SS. Ben., Sæc. VI, 2, p. 65) (Il est de nouveau à noter que dans les Miracles de Saint Benoit, VI, 15, p. 240, c’est le duché de Bourgogne qui est appelé Austrasia) ( ducamcn Austrasiæ ).

Rex Austrasiorum. — Raoul Glaber, III, 2, 8, p. 59; IV, 9, 37,

Regnum Alamannorum. — 1016. Cartul. de Grenoble, p. 77. Alamania seu Provintia. — 1020. Cartul. Saint-Victor cle Marseille, I, p. 25.

Alamannorum rex. — 1014. Cartul. Saint-Victor (p. 284-285, 576; 1015, ibicl., p. 206-285); 1018. Chantelou, Hist. cle Montmajour, éd. du Rouvre, p. 56-57.

Alamandorum rex. — 979. Charte du comte Roubaud, publiée par Manteyer, Provence , p. 514; 1018. Cartul. Saint-Victor, II, p. 531; 1011. Cartul. de Nice, p. 10; 1002, ibicl., p. 19, 20 : « rex Alamandorum in dictione Provincic ».

Rex Alamannorum vel Provinciarum. — 959. Gallia Christ. Novissima. Arles, n° 260; 961. Chantelou, p. 37-38; 965. Cartul. Saint- Victor, I, p. 41 ; 1012, Cartul. de Lerins, éd. de Flammare, p. 190; 1016, ibid., p. 172, 196.

Rex Alamannorum et (seu) Provincie. — 949, Chantelou, p. 25- 27; 950, ibid., p. 29-30; 971, ibicl., p. 46-47; 1005. Cartul. Saint- Victor, I, p. 19, 21, 24; 1008, p. 142; 1019, p. 103 ; 1021-32, p. 64, 110, 122, 156; etc. — Cartul. de Lérins, p. 66, 180, 297; 1033-37. Cartul. Saint-Victor, p. 92.

Rex Jurensium. — 994. Cartul. d'Ainay, n° 7, p. 556 ; 997, n° 63, p. 601; 1000, n° 66, p. 603; 1015, n° 70, p. 606; 993-1032, n° 40, p. 582.

pour assister en pleine connaissance de cause à cette convergence politique, en mesurer la portée et en retenir les conséquences au regard de la Couronne de France.

La province de Vienne avait formé le ducatus Lngdiinensis , duché ou marquisat de Girard de Roussillon, régent du royaume de Charles de Provence. Girard est resté en possession de ce duché sous Lothaire il (863-869), à qui il fut attribué à la mort de Charles de Provence, tandis que le duché ou marquisat des Provençaux, dont le comte Fulcrad était le chef, passait à Louis II, roi d’Italie et empereur, qui en garda la souveraineté jusqu’à sa mort (875).

A la mort de Lothaire II (869), Girard de Roussillon s’est opposé à la mainmise sur son duché de Charles le Chauve, lequel, d’accord avec Louis le Germanique, voulait

Rex Jurensis. — Cartul. de Savigny, Conrad, p. 38, 76, 85, 86, 94, 95, 99, 122, 137, 143, 173. — Cartul. d’Ainay, p. 566, 569. — Chartes de Cluny, 966, n° 1210, p. 293.

Rex Jurensis in Gallia. — Cartul. d’Ainay, 980, p. 592. — Cartul. de Saint-André-le-Bas, Conrad le Pacifique, p. 57, 58, 59. — Flodoard, ad. an. 937 (p. 68). « Rod. jurensis et Cisalpinæ Galliæ rex ».

Rex Viennensis. — Cartul. de Saint-André-le-Bas, 937-940, p. 39, 48, 74, 76, 83, 86; 966-967, p. 18, 53, 81 ; 970, p. 43; 994-5, p. 85. — Chartes de Cluny, 956, n° 998, II, p. 93.

Regnum Galliæ. — Cartul. d’Ainay , n° 22, p. 568 (vers 1035).

Rex Galliarum. — Cartul. de Savigny, 969, p. 113. — Cartul. d'Ainay, 1003, p. 565.

Cisalpinæ Galliæ rex (Conrad). Flodoard, ad an. 946, p. 102 (Cf. Otton de Fri singe n , VI, 30, p. 282 : Rudolfus, Burgundiæ seu Galliæ Lugduncnsis rex).

Rex in Galliis. — Cartul. de Savigny, 970, p. 101,110. — Cartul. d'Ainay, 937-993, p. 590; 993, p. 624 ; 1020, p. 610; 1023, p. 562, etc. (fréquent). — Cartxd. de Saint- Chaffre, 1012, p. 118.

Rex in Gallia. — Cartul. de Savigny, 978, p. 127 ; 980, p. 174; 1020, p. 338; 1028, p. 311 ( lioberto rege in Francia et Rodulfo in Gallia)-, 1030, p. 323. — Cartul. d'Ainay, 937, p. 551 ; 1002, p. 586; 1015, p. 585, etc. (très fréquent). — Chartes de Cluny, 979, II, p. 547, 552, etc. — Cartul. de Saint-André-le-Bas, p. 3, 6, 19, 24, 25, 27, 40, 46, etc. (très fréquent).

F. — Tome IV.

dépouiller son neveu Louis II de l’héritage viennois et, dans le partage de Mersen (870), s’était fait attribuer pour sa part le Lyonnais et le Viennois. Que cette résistance fût dictée par la fidélité intéressée à Louis II, ou inspirée par l’ambition de se rendre indépendant, elle fut brisée par Charles le Chauve. Le roi s’empara de Vienne sur la femme de Girard, Berthe (décembre 870), et obligea le ménage, célèbre dans l’épopée, à chercher refuge dans les États de Louis II, où Girard sans doute finit ses jours.

Il fut remplacé par Boson, beau-frère de Charles le Chauve. Boson obtiendra également le duché de Provence quand Charles le Chauve s’en sera emparé, à la mort de Louis II, et il épousera la même année (876-877) Ermengarde, fille du souverain défunt. La disparition prématurée de Louis le Bègue (879) permit à Boson de se faire élire [et couronner roi des deux duchés méridionaux réunis dans sa main1.

Boson était ainsi tout à la fois le successeur de Girard de Roussillon et de Fulcrad comme princeps, et, comme roi, le successeur de son oncle Charles de Provence et de Louis II son beau-père. Il dépossédait par le fait Louis le Jeune de la Bourgogne méridionale, qui lui avait été cédée par Louis III et Carloman de France, et ceux-ci de la Provence dont leur grand-père Charles le Chauve s’était emparé.

Les souverains .évincés se liguent contre Boson et lui enlèvent Vienne, sa capitale, en septembre 882. Carloman de France ressaisit de la sorte son autorité sur le duché des Provençauxcomme dépendance du regnum Francorum. Il y fait frapper monnaie et y procède à des restitutions ou concessions domaniales2. Quant au Viennois et

1 Voy. T. III, p. 175 et suiv.

* Voy. Poupardin, Royaume de Provence, p. 134, et Manteyer, Provence, p. 92.

Page 1