LIVRE IV
- IV CHAPITRE 111
vise Liétaiicl II, de se rattacher directement au roi de France pour ne reconnaître, selon toute vraisemblance, que sa suprématie. Et plus clairement encore le manifestent les titres qu il s attribue lui-même ou se fait donner de cornes imperatoi'ins ou de cornes ceterorum nobilissvmus 1 .
Neveu du duc Gilbert par sa mère, le successeur de Liétaud 11, son (ils Aubri II, devint, par son mariage avec Ermentrude, fille de Renaud de Roucy et d’ A obérée, la sœur utérine de Lothaire, neveu par alliance du roi de f rance. Il date, dès 9/1 (14 janvier), des années du règne de Lothaire une donation en faveur de Cluny2, et, dans l’ensemble, ses liens avec le royaume de France, ont dû se resserrer. — Les documents, par contre, sont muets, a mon escient, sur ses relations avec Conrad le Pacifique (beau-frère, du reste, de Lothaire), quoique Aubri II possédât, a n’en pas douter, les comtés bisontins qui formaient le principat de son père sur la rive gauche de la Saône.
C’est postérieurement à la mort d’Aubri II (vers 982), que les destinées de ce principat vont se fixer, que va prendre corps définitivement le comté de Bourgogne, après qu’eut échoué une entreprise analogue à celle de Hugues le Noir, mais beaucoup plus éclatante, de réunir les deux Bourgognes en un vaste et puissant principat autonome, la tentative d’Otte-Guillaume.
Qu’il fût petit-fils de Liétaud 11 par sa mère Gerberge, et, en ce cas, petit-neveu du duc Gilbert, comme la plupart des historiens l’avaient admis3, ou bien, comme il me paraît infiniment plus probable, arrière-petit-fils du duc
1 « Maimbodus antistes... serenilatem domni Leutaldi, imperatorii cornitis... humillime expetiit.... Hanc notitiam prelibatus cornes fleri jussit fierique mandavit... »(Cartul. de Mâcon, n° 71, p. 60).-- «Ego Letaldus cœterorum comitum nobüissimus (951) (Dunod, Hist. du comté de Bourgogne, II, p. 110).
* Chartes de Cluny , n° 1291, II, p. 368.
8 Voy. suprà, p. 355.
LE COMTÉ DE BOURGOGNE
Gilbert et dès lors descendant direct de Richard le Justicier et d’Adélaïde, la sœur de Rodolfe 1er1, Otte-Guillaume pouvait, dans les deux hypothèses, se revendiquer de ses ancêtres pour prétendre commander sur les deux rives de la Saône. Mais ses Litres les plus décisifs, il les tient de l’adoption du duc Henri 1,2 et de son mariage avec Ermentrude, la veuve d’Aubri II, duquel il paraît avoir recueilli l’héritage 1 2 3.
Malgré les dangers que faisait courir à sa royauté le projet de réunion des deux Bourgognes, on ne voit pas que Rodolfe III se soit mêlé au long conflit d’Otte-Guillaume et du roi de France Robert le Pieux. Et quand Otte-Guillaume eut été contraint de renoncer au duché, tout en conservant le comté de Mâcon et les comtés d’Outre-Saône, c’est lui qui entre en lutte avec Rodolfe III et avec le roi de Germanie Henri II 4 * 6.
Mais, d’autre part, Otte-Guillaume, alors qu’il était aux prises avec le roi de France, prépara la scission d’où le comté proprement dit de Bourgogne allait émerger.
Il attribua le comté de Mâcon à l’un de ses fils, Gui, puis, après la mort de celui-ci (1005), à son petit-fils Otton , et les comtés du royaume de Bourgogne à son autre fils Renaud s. Il retint pour lui-même le titre générique de comte, de prince ou de duc °, mais après sa
1 Sa mère Gerberge étant fille d’Adélaïde, née elle-même du mariage du duc Gilbert avec Ermengarde, fille de Richard le Justicier, donc sœur du roi Raoul et de Hugues le Noir.
2 Suprà, p. 355-356.
3 A vrai dire, nous ignorons à quelle époque précise. La mention de la terra Alberici comitis (dans une charte de Cluny [981-982], u° 1582,11, p. 627), ne prouve pas nécessairement qu’Aubri II vivait encore à cette date.
4 Sur ces luttes, voy. infrà , VI, La domination impériale.
8 Voy. les actes cités par Poupardin ( Bourgogne ), p. 228.
6 Le nécrologe de l’évêque de Langres Brunon (cité dans l’édition de la Chronique de Saint-Bénigne, p. 229) l’appelle : « Maximus comitum Burgundie ». Son épitaphe, dit de lui : « Qui ducis et co-
mort, Renaud est le véritable « comte de Bourgogne » {cornes Burgundionum). Otton est exclusivement comte de Mâcon.
Renaud continue à entretenir des rapports suivis avec le royaume de France *, et il épouse la fille de Richard II, duc de Normandie. Il se montre partisan de la cause d’Eudes II de Blois, le compétiteur de Conrad le Salique, à la succession de Rodolfe III, et on le voit encore, en 1045, en rébellion contre Henri III.
Nous le retrouverons, à ce point de vue, en nous occupant de la domination impériale dans le royaume de Bourgogne-Provence. En fin de compte nous verrons qu’il ne s’y est en réalité jamais soumis. Son fils Guillaume Tête Hardie, ou le Grand, prendra plus tard le parti du pape dans la lutte du sacerdoce et de l’Empire, et redeviendra vassal du roi de France par l’acquisition du comté de Mâcon (1078), sans le moindre assentiment de l’Empereur. Enfin quand la dynastie franconienne disparaîtra du trône, le comte de Bourgogne Renaud III revendiquera sa pleine indépendance et refusera de reconnaître Lothaire de Supplinbourg.
mitis gemino ditatur honore » (Ibid., p. 229). — La plupart des textes le désignent par le titre de cornes tout court. On trouve néanmoins la qualification de cornes Burgundionum dans une charte de 1005 (Pérard, p. 169), et son contemporain Raoul Glaber le nomme « Cornes rnaæimæ partis Burgundiæ » ( Vit a S. Guillelmi abbatis , cap. 12, Mabillon, Acta SS. Ben., VI, I, p. 326).
1 Cf. Poupardin, op. cit., p. 230.
V. — Le royaume-uni de Bourgogne jurane. Viennois et Provence1 .