LIVRE IV
L’abandon ainsi fait par Hugues d’Arles de ses droits réels ou prétendus ne pouvait porter aucune atteinte à la suprématie des rois de France, qu’il avait reconnue luimême, et à laquelle son cessionnaire, Rodolfe II, devait donc être soumis pour le principal cédé, comme il l’était déjà, selon le droit public traditionnel pour son royaume de Bourgogne jurane. Et, en effet, nous le voyons en 935 figurer dans une entrevue de Raoul avec le roi de Germanie, Henri l’Oiseleur1, à un moment où ce dernier ne pouvait élever aucune prétention sérieuse à une suprématie sur le royaume de Bourgogne2.
Mais les' rois de France réclamaient davantage. Ils revendiquaient la souveraineté, soit sur la marche viennoise, en vertu de la cession faite par Hugues en 928, soit sur l’ensemble des deux duchés, comme ayant droit à l’héritage de Louis l’Aveugle, dont Raoul était le cousin germain du côté paternel, et Charles le Simple, cousin plus éloigné, mais en lignée carolingienne, du côté maternel.
Que cette souveraineté ait été non seulement affirmée, mais réalisée et reconnue, c’est ce que prouvent, d’une part, les chartes des deux régions3, d’autre part, les actes
droit de disposer de ce duché. — Voici le texte de Liutprand : « His temporibus Italienses in Burgundiam ob Rodolfum, ut adveniat, mit- .tunt. Quod Hugo rex ut agnovit, nuntiis ad eum direetis, omnem terrain quam in Gallia ante regni susceptionem tenuit, Rodulfo dédit, atque ab eo jusjurandum, ne aliquando in Italiam veniret, accepit » (Liutprand, Antapodosis, III, 47; Migne, 136, c. 855).
1 « Bex placitum Suessionis cum regni primatibus habuit; deinde locutus cum missis Heinrici ad ejus properat colloquium, ubi etiam Rodoli'us rex Jurensis interfuit; pactaque inter ipsos amicitia, etiam Heribertum cum Hugone pacarunt » (Flodoard, ad an. 935, p. 60). L’entrevue eut lieu en France, sur les bords du Chiers, ainsi qu’il résulte d’un diplôme de Henri Ier, daté du 8 juin ( Dipl . reçjurn Germanise, éd. Sickel, I, p. 73, n° 40), et de la chronique de Widukind, I, 39, Migne, 137, c. 150).
2 Voy. plus haut.
* Pour le Lyonnais , je relève les chartes suivantes, datées de Louis IV : Chartes de Cluny, 938, n° 482, p. 466 et n° 491 , p. 475 ; —
de fidélité ou d’hommage au roi de France de leurs chefs, de Charles Constantin en 941 et 931 des comtes d’Arles
— 947, n° 701, p. 656; — 936-954, n° 463, p. 450. — Cartul. de Savigny, 937, n° 68, p. 58; — 942, n° 33, p. 33; — 944, n° 51, p. 47;
En 939 (20 juin), Louis IV confirme à l’abbaye cle Cluny la possession de biens dans Je Lyonnais, en même temps que l’immunité (' Chartes de Cluny , n° 499, I, p. 483; H. F., IX, p. 590). En 941 (8 novembre), le roi accorde une confirmation analogue à l’abbaye de Tournus, avec dispense de tonlieu et autres droits sur le Rhône, la Saône et le Doubs (H. F., IX, p. 593).
l’our le Viennois, la charte de Charles Constantin de janvier 952 ( Chartes de Cluny , n° 797, p. 748, et Diplomatique de Bourgogne de Rivaz [Ui. Chevalier], pièces justif., p. 69), ne porte pas seulement régnante Ludovico rege, mais « qui de eadem donatione preceptum jussit fieri et sigillo suo insigniri ». Elle est évidemment en rapport avec l’acte de fidélité de 951 (Cf. Manteyer, Provence , p. 149). Voy. note suivante.
Pour le Vivarais, Chartes de Cluny , 948, n° 725, p. 680 (ajoutez une charte datée du règne du roi de France Henri Ier [1034, Cartul. de Saint-Chaffre, n° 383, p. 134]).
Pour VUzège , Chartes de Cluny , 951-952, n° 817, p. 770.
Sans vouloir dresser une liste complète à ce sujet, je remarque que pour ie Lyonnais , Jes chartes datées encore du règne de Lothaire sont très nombreuses dans le Cartul. de Savigny (957, p. 79; — 959, p. 189; — 960, p. 189, 191; — 966, p. 81; — 968, p. 82; — 970, p. 174, 191; — 980, p. 181, 182, 186; — 955-986, p. 161), rex Francorum seu Aquitanorum (ajoutez une charte datée de Hugues Capet, 992, p. 270).
Il s’en rencontre aussi, pour le Lïjonnais, dans les Chartes de Cluny fpar exemple, 954-985, n° 890, II, p. 7); dans le Cartul. de Chamaliêr es- sur-Loir e (967-968, nos 127-128), et dans le Cartul. de Saint-Chaffre (par exemple, 961, n° 345, p. 115).
Dans ce dernier cartulaire, j’en trouve pour le Forez (par exemple, n° 85, p. 60), et pour le Vivarais : 945, n° 305, p. 102 ; — 956, n» 277, p. 95; — 963, n° 312, p. 104; — 985, n° 161, p. 74, n° 378, n° 133 (ajoutez une charte datée du roi Robert, 1021, n° 382). Le règne de Louis V est représenté, pour le Vivarais, par une charte du Cartul. de Saint- Barnard-de-Romans (t. I [1856], n° 69, p. 123), datée : « Mense junio, anno quando Loïcus cepit regnare ».
1 Flodoard, ad an. 941, p. 83 : « Ludowicus rex a Karlo Constan-